Un questionnaire portant notamment sur le genre, actuellement discuté au sein des instances dirigeantes de l'audiovisuel public suisse (SSR), fait débat dans l'émission «Le poinG» de Laetitia Guinand qui sera diffusée mercredi à 20h sur la chaîne Léman Bleu.
L'un des participants de cette émission, Jonas Follonier, auteur de l'essai La diffusion du wokisme en Suisse, édité chez Slatkine, dénonce un cas de «wokisme» à la SSR, face au directeur du Département stratégie et programmation de la RTS, Thierry Zweifel, présent sur le plateau.
Le cas dénoncé est une «checklist diversité» jointe à un «Pacte pour les conditions d’octroi de financement de la SSR à des productions aussi bien fictionnelles que non-fictionnelles».
Il est demandé à toute personne souhaitant obtenir un financement de la SSR pour la réalisation d’une œuvre, qu’elle soit ou non de fiction, de remplir un questionnaire renseignant sur la «diversité» parmi les personnes devant apparaître à l’écran, ainsi qu’au sein de l’équipe de tournage.
Ce questionnaire fait débat depuis au moins un an au sein de la SSR, comme le relatait la Neue Zürcher Zeitung en 2023.
Les cases proposées au cochage sont notamment les suivantes: «Rôles des genres», «Couleur de peau/personnes racisées», «Vie avec une atteinte de la santé ou de l’intégrité corporelle», «Orientation et/ou identité sexuelle», «Migration», «Vivre-ensemble plurigénérationnel», «La diversité des genres est-elle représentée?», «La distribution compte-t-elle des personnes issues de groupes de population tendanciellement sous-représentées dans le [domaine du] film?», c’est-à-dire: «personnes racisées, personnes non hétérosexuelles, atteintes dans leur santé ou leur physique, d’un milieu économique défavorisé, avec une expérience migratoire ou autre.»
«Existe-t-il des offres spéciales pour encourager des collaborateurs.trices issu.es de groupes de population sous-représentées (réd: les mêmes groupes que pour les personnes apparaissant à l’écran) à rejoindre l’équipe?», «Des possibilités sont-elles offertes aux collaborateurs.trices pour concilier les vies professionnelle et privée durant la période de production?»
La troisième partie du questionnaire porte sur le genre. Les «membres dirigeants de l’équipe» (production, réalisation, scénario, direction de production, animation, etc.) sont invités à se définir, au choix, comme:
Dans «Le poingG» qui sera diffusé mercredi soir, Thierry Zweifel, le directeur du Département stratégie et programmation de la RTS, questionné sur la «checklist diversité», affirme qu'«une discussion a lieu en ce moment» au sein de la SSR à propos de ce questionnaire, «suite aux critiques émises (...), rappelés [par Jonas Follonier]». Il ajoute que «la RTS n'a jamais utilisé la checklist».
Selon Thierry Zweifel, à l’avenir, la «checklist diversité» pourrait être utilisée une fois les productions fictionnelles ou non-fictionnelles terminées et non pas en amont de celles-ci. Il précise: la «checklist diversité», «utilisée à un certain moment par la SRF», la radio-télévision alémanique, «n’a jamais fait obstruction au choix d’un projet, c'était principalement à des fins statistiques».
Les choses à présent peuvent sembler plus claires. Il reste à savoir si le questionnaire en demeurera un ou s’il fera office de grille d'analyse sur la base des œuvres produites, afin de veiller d’une manière générale au respect de l’«inclusion et de la diversité», des valeurs chères à la RTS, comme le rappelle Thierry Zweifel dans «Le poinG».
Cela étant dit, qu’est-ce que le wokisme, un terme qui électrise? Les wokes étant pour les uns des libérateurs, pour d’autres, des flics déguisés en libérateurs. Dans son essai qui se veut la critique d’une idéologie ayant une dimension «totalitaire», Jonas Follonier en donne une définition en trois points, avec le concours du professeur de philosophie de l’Université de Neuchâtel Olivier Massin, qui signe la préface.
Selon eux, le wokisme est une «idéologie politique qui endosse les trois thèses suivantes»:
Le livre de Jonas Follonier fourmille d’exemples de «wokisme» tirés de cas romands, dans les universités, les écoles, les médias étatiques et la culture. A chacun de se faire un avis sur ces questions.