Les notices des médicaments vont disparaître pour une bonne raison
Quiconque a besoin d’un médicament contre la maladie de Parkinson ou l’épilepsie se heurte de plus en plus souvent à des pénuries en pharmacie. Comme l’a expliqué vendredi devant la presse la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, même certains antibiotiques courants ne sont plus disponibles. En cause: une pénurie de médicaments à bas prix; environ 520 produits font actuellement défaut.
Une spirale mêlant pression sur les prix, délocalisation de la production vers l’Inde ou la Chine et dépendance à des chaînes d’approvisionnement internationales aggrave le problème. Dès qu’une usine est à l’arrêt ou que des problèmes de qualité apparaissent, la pénurie surgit brutalement et à l’échelle mondiale.
Depuis douze ans, le pharmacien hospitalier Enea Martinelli alerte sur cette évolution et sur le fait que l’approvisionnement en médicaments essentiels n’est plus garanti. Il collecte lui-même des données sur les ruptures de livraison, les classe et propose des alternatives.
Longtemps, il a mené ce combat presque seul: ni l’industrie pharmaceutique ni l’administration fédérale ne reconnaissaient la pénurie comme un problème. Sur le terrain, seuls les médecins et les pharmaciens cherchaient, par des détours toujours plus nombreux, à fournir aux patients les médicaments nécessaires. Pour donner plus de poids à leur revendication, les associations concernées ont donc lancé une initiative.
Le lanceur d’alerte finit par être entendu
Depuis la pandémie de Covid-19, la prise de conscience s’est imposée: les lacunes dans l’approvisionnement en médicaments constituent aussi un risque pour la sécurité.
Aujourd’hui, le Conseil fédéral reconnaît non seulement le problème, mais il a déjà engagé des mesures pour améliorer la situation. Il s’agit notamment de faciliter le remboursement des médicaments fabriqués en pharmacie ou d’autoriser, en cas de pénurie, la délivrance à l’unité. Le gouvernement entend également étendre les stocks obligatoires.
Malgré ces mesures, la conseillère fédérale Baume-Schneider constate:
De nouvelles approches sont donc nécessaires. Certes, le Conseil fédéral rejette l’initiative sur l’approvisionnement, mais uniquement parce qu’elle est jugée trop générale. Dans son contre-projet, il propose toutefois une série de mesures allant au-delà des revendications des initiants. Point central: la Confédération veut assumer la responsabilité de l’approvisionnement et s’octroyer les compétences nécessaires.
Jusqu’ici, le gouvernement se contentait de renvoyer aux fabricants et aux cantons, responsables de l’approvisionnement. Désormais, la Confédération veut surveiller la disponibilité des médicaments et les classer selon leur degré d’urgence afin de pouvoir intervenir si nécessaire. En dernier recours, elle entend se procurer elle-même des médicaments ou en faire produire.
Le ton est inédit au sein du Conseil fédéral. Les principales revendications des initiants sont satisfaites. Enea Martinelli se réjouit de cette avancée, tout en soulignant que la prise de conscience a été tardive:
Martinelli cite la fermeture de la production pharmaceutique de l’entreprise Bichsel: la fabrication de solutions pour perfusion et d’antalgiques cessera fin 2026, et l’usine sera fermée. Cela aggravera la situation, estime-t-il. D’autant que l’autre fabricant suisse, l’entreprise Streuli, produit actuellement en équipes de nuit pour approvisionner les hôpitaux.
La directrice de l’OFSP, Anne Lévy, reconnaît cette situation précaire. Elle affirme qu’aujourd’hui, la Confédération a les mains liées pour intervenir activement. Seules des compétences supplémentaires permettraient de soutenir les entreprises, par exemple via des politiques d’implantation ou la construction de sites de production.
Mais pour instaurer ces nouvelles compétences fédérales, la Constitution doit être modifiée, un processus long. Elisabeth Baume-Schneider s’emploie donc à tempérer les attentes:
La combinaison de normes de sécurité élevées, d’une politique de prix complexe et de chaînes d’approvisionnement internationales empêche toute solution immédiate. La conseillère fédérale veut donc agir aussi sur d’autres leviers.
A court terme: faciliter les importations depuis l’UE
Inspirées par un groupe d’experts réunis autour de l’ancien conseiller d’Etat bernois Bernhard Pulver, des modifications à court terme doivent apporter une amélioration rapide: les médicaments autorisés sur le marché européen devraient pouvoir être importés plus facilement, et les obstacles à leur homologation levés. Par ailleurs, les exigences spécifiques aux emballages suisses seront supprimées, comme l’indique Elisabeth Baume-Schneider. Et la notice trilingue disparaîtra également, remplacée par un simple code QR.
Ce qui peut sembler être de petits ajustements constitue, dans le contexte suisse, une petite révolution. Pendant longtemps, l’autorité d’homologation Swissmedic et les contraintes administratives en matière de sécurité des médicaments étaient considérées comme intouchables. Cela a aggravé la pénurie en Suisse: pour de nombreuses entreprises, il n’est tout simplement pas rentable de proposer un médicament sur un marché relativement restreint et trilingue.
Il s’agit de mesures qu'Enea Martinelli réclamait déjà il y a des années. Et même s’il a réussi à pousser le Conseil fédéral à agir, il n’entend pas abandonner son engagement de sitôt. Il continuera à tenir sa liste des pénuries jusqu’à ce que la Confédération en établisse une équivalente. Ou jusqu’à son départ à la retraite dans quatre ans. (trad. hun)
