Ça ne faisait pas partie des projets de cette Suissesse
«Je n'enfile une combinaison de protection que lorsque les insectes commencent à grimper sur moi», explique Anita Reichenbach. Si ses clients supportent la situation dans leur logement sans protection, elle estime devoir en être capable elle aussi. Sa clientèle est composée de personnes atteintes du syndrome de Diogène.
D'apparence soignée, Anita est élégamment vêtue et dégage une grande vivacité. Elle raconte avec force détails les appartements de personnes atteintes du syndrome de Diogène qu'elle vide. Parallèlement, elle tient une brocante à Wohlen (AG), où nous la rencontrons. Nous sommes assis au comptoir, habituellement lieu de négociation des prix. En fond sonore résonnent des airs de schlager, sa musique préférée.
Sa première expérience du Syndrome de Diogène
Désencombrer des appartements envahis par les déchets ne faisait pas partie des projets initiaux d'Anita Reichenbach. En 2014, elle a fondé l'entreprise «Umzugsengel» (réd. L'ange du ménage) avec son partenaire de l'époque.
Un an plus tard, ils ont été sollicités par hasard pour une intervention chez une personne atteinte du syndrome de Diogène. Confrontée aux conditions de vie précaires de ces personnes, Anita a alors décidé de leur venir en aide. Elle se souvient:
Voici un exemple d'intervention
Souvent, la porte ne s'ouvre même plus correctement, tant les déchets s'accumulent. Elle poursuit:
Après quelques minutes d'adaptation, elle dit ne plus vraiment percevoir l'odeur âcre. Entre-temps, elle s'est entourée d'une petite équipe pour ces interventions, complétée au besoin par du personnel temporaire.
Anita regorge d'anecdotes:
Un autre avait disposé d'innombrables bouteilles de vin vides sur le sol, formant une sorte de mosaïque. Lorsqu'elle en a saisi une, toutes se sont renversées à la suite, comme des dominos.
Là où le rangement croise des destins
Il arrive que les clientes et clients participent eux-mêmes au débarras. Ils racontent alors leur histoire:
Une de ses clientes a perdu son enfant et a ensuite sombré dans une profonde détresse. Une autre a été maltraitée durant son enfance. Anita est confrontée à de nombreuses situations difficiles. Mais elle parvient généralement à y faire face, tant qu'il s'agit d'adultes:
L'essentiel, selon elle, est de traiter les personnes avec respect et à leur hauteur. Il existe toujours des «points sensibles» propres à chacun. Un simple chiffon, apparemment anodin, peut déclencher une réaction chez la personne concernée lorsqu'il est jeté. Il s'agit d'un objet qui a fait partie de sa vie et auquel elle est attachée émotionnellement. Cela peut provoquer un effondrement, avec larmes et éclats de colère.
«Je suis toujours étonnée de voir à quoi une personne peut s'habituer», confie l'ange du ménage. Pour les personnes concernées, cet espace reste avant tout un chez-soi, et il mérite d'être respecté.
Entre les affaires et la conviction d'aider
Le débarras d'un appartement coûte en moyenne entre 4000 et 6000 francs, à condition que les déchets ne s'empilent pas jusqu'au plafond. A cela s'ajoute le prix du nettoyage approfondi, assuré par une entreprise spécialisée. Il faut également repeindre entièrement les lieux pour éliminer les mauvaises odeurs.
Le débarras complet d'une maison peut coûter jusqu'à 30 000 francs. Il est donc probable que ce soient surtout des personnes disposant des moyens financiers nécessaires qui font appel à ses services.
Il existe différentes formes de ce trouble ; celle qui est principalement abordée dans cet article est le trouble d’accumulation compulsive. Il s’agit de la forme extrême : outre l’accumulation compulsive, il implique une négligence massive et un isolement social.
Lorsque l'Autorité de protection de l'enfant et de l'adulte ordonne un débarras, les frais sont pris en charge par l'institution. Dans la limite du raisonnable, Anita propose également des tarifs adaptés à ses clients. Une autre option consiste en des dons attribués par des institutions pour ce type d'interventions.
Mais il y a également eu des appartements qui n'ont pas pu être vidés faute de moyens financiers. «Cela me peine beaucoup», confie Anita Reichenbach, «mais j'essaie toujours de trouver une solution et de m'adapter au budget de mes clients.»
Un sujet tabou dans la société
Chez de nombreuses personnes concernées, le syndrome de Diogène n'est pas visible. La clientèle d'Anita est variée. Elle a déjà vidé des appartements de cadres très respectés, toujours soignés et impeccables
Ce sont des aperçus intimes de la vie privée des gens. Pour la plupart, le pas à franchir pour demander de l'aide est difficile. A ce sujet, Anita explique:
Le désencombrement comme mode de vie
Depuis qu'elle intervient dans ces appartements, son propre logement a également changé. Il n'est pas surchargé et reste aménagé de façon simple, car, pour elle, moins il y a d'objets, plus l'espace est agréable. Mais ce qui compte par-dessus tout, c'est que tout soit toujours parfaitement propre.
Après un débarras, le plus beau pour elle reste bien sûr l'appartement vidé de tout encombrement. Il n'est pas rare que son équipe et elle parviennent à évacuer jusqu'à quatre tonnes de déchets en deux ou trois jours. Voir ensuite l'espace libéré la remplit de satisfaction et voir ses clients aussi:
C'est un mélange de gratitude et de soulagement. «Avec beaucoup d'entre eux, je suis encore en contact aujourd'hui», ajoute-t-elle.
En même temps, subsiste la crainte que la personne concernée rechute. Dans ces moments-là, Anita apprécie cependant de pouvoir circuler librement dans l'appartement, de voir la porte d’entrée s'ouvrir à nouveau et de constater que ses clients retrouvent leur bien-être.
Après un débarras, elle rentre chez elle, passe l'aspirateur dans son propre appartement et prend une douche. Ce rituel lui permet de séparer clairement son travail de sa vie privée.
Traduit et adapté par Noëline Flippe
