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Santé

La France va produire son paracétamol: quel impact en Suisse?

Pénurie de médicaments: la France rapatrie une usine, et la Suisse?

La pandémie de Covid a révélé à quel point l'Europe dépend de l'Asie pour son approvisionnement en médicaments. La France a par conséquent décidé de rapatrier entièrement la production des analgésiques sur son territoire.
17.12.2024, 18:58
Pascal Michel / ch media
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Paracétamol ou ibuprofène? Le choix de l'analgésique révèle des différences culturelles. Le premier est très apprécié en Suisse. L'année dernière, les caisses d'assurance maladie ont déboursé un total de 430 millions pour des analgésiques, dont 56 millions pour des articles à base de paracétamol, comme le Dafalgan.

Ce principe actif est encore plus populaire en France, où on le retrouve systématiquement dans les pharmacies familiales. Nos voisins achètent 538 millions de boîtes par an. La situation s'avère bien différente en Allemagne, où le médicament le plus vendu reste l'ibuprofène.

On a compris durant la pandémie à quel point ces préférences nationales en matière de remèdes étaient ancrées. Au début de la crise sanitaire, le ministre français de la Santé recommandait sur Twitter de ne pas avaler d'ibuprofène en cas de maladie, car celui-ci pourrait constituer «un facteur d'aggravation de l'infection». Il s'est justifié en expliquant que l'ibuprofène est plus efficace contre les inflammations que le paracétamol.

Mais cet argument s'est, par la suite, révélé être faux. Qu'importe, l'annonce des autorités avait, elle, fait tout son effet: au printemps 2020, les Français ont acheté encore plus de paracétamol. Et pour éviter un effondrement de l'approvisionnement, il a fallu limiter à deux boîtes par personne.

Deux ans plus tard, alors que l'obligation de porter un masque était tombée et que toutes sortes d'agents pathogènes avaient retrouvé leur liberté, la situation en matière d'approvisionnement restait précaire. Il manquait toujours des analgésiques, surtout sous forme de sirop pour les enfants. En Suisse aussi, il y a eu parfois des manques. La situation s'est quelque peu améliorée dans notre pays depuis. Mais la situation pourrait à nouveau rapidement empirer à l'approche de la saison des rhumes et autres refroidissements.

Alors que Berne recourt aux réserves obligatoires pour éviter les pénuries, le président Emmanuel Macron a choisi une autre voie. Il avait déjà annoncé pendant la pandémie qu'il ramènerait sur son sol la production de paracétamol. Il devrait à nouveau se fabriquer en France, du principe actif à l'emballage, à partir de 2026. Actuellement, la base du médicament, une poudre blanche et cristalline, provient principalement de Chine et d'Inde. Ce qui crée une forte dépendance vis-à-vis de ces pays. En cas de crise, ils privilégieront leur propre population, comme on l'a vu récemment. L'Europe n'aura que les miettes.

Baisse de prix à la trappe

Le laboratoire pharmaceutique Upsa joue un rôle central dans le plan Macron de «souveraineté sanitaire». Il produit chaque année 450 millions d'emballages de son médicament phare Dafalgan dans le sud, à Agen. Avec une matière première importée principalement des Etats-Unis, d'Inde et de Chine. Cela devrait bientôt changer. L'Etat français investit 120 millions d'euros dans une nouvelle usine de paracétamol à Rousillon, en collaboration avec les firmes Upsa, Sanofi et Sequens. En outre, Paris renonce pendant deux ans à une baisse des prix. Aujourd'hui, une boîte de Dafalgan coûte 2,18 euros en pharmacie. Le fabricant touche 76 centimes.

La Suisse pourrait profiter de cette relocalisation vers l'Europe. Dans notre pays aussi, on apprécie les boîtes rouges et blanches, analgésiques parmi les plus vendus. Toutefois, la pression sur les prix est massive. L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) contrôle cela régulièrement et pousse à la baisse – pour le bien des assurés. Mais cela provoque un effet secondaire: l'industrie pharmaceutique finit par renoncer à produire un remède, lorsque celui-ci ne rapporte plus suffisamment. En Suisse, une boîte de 30 comprimés de Dafalgan (500 mg) coûte 11,60 francs en pharmacie. Seuls 2,19 francs terminent dans la poche du fabricant. Pour le sirop pour enfants, ce montant n'est même que de 1,38 franc.

«Nous ne gagnons plus rien», déclare Patrick Leimgruber, chef d'Upsa Suisse, à CH Media. Selon lui, continuer à réduire les prix de références critiques comme le Dafalgan n'est pas sans risque. Aujourd'hui déjà, les fabricants doivent regarder à la dépense. «Si la situation perdure, les analgésiques risquent même de disparaître du marché à terme malgré une forte demande». Le cadre souligne que son entreprise a à cœur d'approvisionner la Suisse conformément à ses besoins. Mais cela ne fonctionne pas toujours, comme le montre un coup d'œil dans la base de données du pharmacien hospitalier Enea Martinelli. Depuis le Covid, on observe des pénuries régulières de certains types de Dafalgan.

Le Conseil fédéral a fini par entendre les appels à l'aide de la pharma. Pour sécuriser l'approvisionnement, le gouvernement a récemment ordonné différentes mesures: outre des facilités d'importation et une extension des réserves obligatoires, il entend mettre un terme à la politique des bas tarifs. Concrètement, l'exécutif doit obtenir la compétence de définir les médicaments critiques, alors exclus des vagues de baisses de prix. Le Parlement se penche actuellement sur cette modification de la loi.

Patrick Leimgruber salue ces initiatives. Tout comme l'idée de conclure des «contrats de capacité» avec les fabricants. La Confédération s'engagerait ainsi à acheter des quantités prédéfinies. En contrepartie, les industriels garantissent la livraison.

«Nous sommes toujours prêts à discuter pour améliorer la sécurité d'approvisionnement»
Patrick Leimgruber

Intervient auprès des entreprises

Le Conseil fédéral va certes beaucoup moins loin que les plans de réimplantation d'Emmanuel Macron ou que la demande du Parti socialiste suisse de nationaliser le géant des génériques Sandoz. Il en coûterait des milliards. Mais Berne peut sans doute passer de la parole aux actes plus rapidement, et à moindre coût.

Car la politique française ne peut pas non plus contrecarrer les forces des marchés mondiaux. C'est ce qu'a montré récemment une annonce du deuxième grand producteur hexagonal de paracétamol, Sanofi. Le groupe souhaite vendre la majorité de sa division Opella, qui produit entre autres le Doliprane, à un fonds d'investissement américain.

Ce projet alimente les craintes de délocalisation pour le fameux comprimé. Par mesure de sécurité, Emmanuel Macron a déjà imposé des conditions à la transaction et rachète l'entreprise avec des fonds publics d'environ 150 millions d'euros. Tout ça pour que les Français trouvent encore leur cher paracétamol à la pharmacie.

(Traduit et adapté par Valentine Zenker)

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source: keystone / jean-christophe bott
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