Erection et massage des seins: ce masseur suisse a des soucis avec la justice
«Pourquoi cette femme a-t-elle déposé une plainte si tout s’est si bien passé?», a demandé à l'accusé le président du tribunal de Muttenz, dans le canton de Bâle-Campagne. Le prévenu, présumé innocent, a répondu que la victime n’avait envisagé de porter plainte qu’après avoir consulté l’aide aux victimes.
«On lui a dit qu’il était possible de demander des indemnités. On cherche à obtenir de l’argent pour quelque chose qui n’a jamais eu lieu», a rétorqué le masseur.
Les versions des faits, entre l'accusation et la défense, divergent nettement. Deux femmes accusent, indépendamment l'une de l'autre, l’homme d’agressions sexuelles survenues lors de séances de massage.
L’accusé, quant à lui, insiste sur son comportement irréprochable. Mais il a aujourd'hui cessé d’exercer dans le canton de Bâle-Campagne et ne travaille plus qu’avec quelques clients réguliers.
Le pénis de l’accusé contre elle
Le premier incident aurait eu lieu en janvier 2024. La victime déclare, face au tribunal, qu’au cours du massage, elle a soudainement senti le pénis de l’accusé contre elle, puis ce dernier a massé ses seins — sous la serviette qui était sensée les envelopper. Elle affirme aussi que ses mains ont clairement touché ses parties intimes.
Après la séance, l’homme a tenté de reprendre contact avec elle à plusieurs reprises via les réseaux sociaux, lui écrivant des choses telles que: «Tu es une femme très intéressante et belle». L'accusé a admis que cette démarche était une erreur: «Aujourd’hui, je dirais plutôt: ‘Tu as de bons muscles pour masser. Comme tout coiffeur pourrait dire: ‘Tu as de beaux cheveux’».
Le prévenu soutient qu’il gardait toujours une distance d’une main par rapport à la zone intime. «C’est là que se trouvent les adducteurs, qui mènent vers l’aine. Ils sont tendus, c’est pour cela qu’on masse cette zone», a-t-il expliqué. Quant au massage des seins, il affirme avoir discuté de ce point avec la cliente, mais cette dernière le nie formellement.
Le deuxième cas
La deuxième victime supposée a elle aussi été entendue par le tribunal. Elle explique que, lors d’un massage en mars 2024, la main du masseur s’est glissée à trois reprises jusqu’à ses lèvres (génitales), ce qui l’a poussée à quitter la séance. Après cela, elle a été mise en arrêt de travail pendant quelques temps, et a dû suivre une thérapie.
«Ce n’est tout simplement pas vrai», rétorque à cela le prévenu. Les témoignages des deux plaignantes ont été suivis par l’accusé et son épouse depuis une pièce séparée, car les victimes ont demandé à ne pas être confrontées directement à lui.
Les peines requises
Les faits sont poursuivis sous la qualification juridique « abus sexuel d’une personne incapable de résister» — désigné jusqu’au 30 juin 2024, avant l'entrée en vigueur du nouveau droit pénal en matière sexuelle, dans le droit suisse alémanique par le terme Schändung . Cette infraction vise des situations où une personne est abusée sexuellement alors qu’elle ne peut objectivement pas s’opposer directement aux actes en raison de son état de relaxation, d’impuissance ou d’incapacité à se défendre.
La procureure, Ludovica Del Giudice, a souligné que, compte tenu du contexte et des gestes rapportés, les faits devraient être qualifiés selon cette disposition légale. Elle a requis une peine de prison avec sursis de 18 mois, ainsi qu’une interdiction à vie d’exercer toute activité dans le domaine de la santé. Les deux victimes, représentées par leurs avocates, demandent des indemnités pour tort moral et le remboursement des frais d’avocat, qui dépasseraient les 10 000 francs.
L’avocat de la défense, Benjamin Appius, a plaidé pour un acquittement, estimant que les accusations des plaignantes étaient motivées par des intérêts financiers. Le tribunal rendra son verdict la semaine prochaine.
(bzbasel.ch)
