Piégée, elle est forcée à se prostituer dans un lieu dégueulasse à Bienne
Plusieurs années de prison pour traite d’êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle, entre autres chefs d'accusation. C'est ce dont ont écopé une tenancière de maison close biennoise et son complice mai 2025, peut-on dans 24 heures.
Sept femmes, dont Vera L. (nom d'emprunt), ont été victimes de ce réseau. Toutes originaires d'Espagne et de Cuba, elles avaient entre 23 et 36 ans lors des faits en 2021. L'acte d'accusation, consulté par notre consoeur, détaille comment la tenancière et son acolyte ciblaient des femmes en détresse financière et sociale aiguë, originaires d’Espagne et de Cuba.
«Sortir de sa détresse»
Vera correspondait exactement à ce profil. Exploitée depuis l'enfance, elle dit ensuite avoir subi des années de violences dans des relations abusives. Deux enfants sont nés de ces unions. Puis le Covid est arrivé. «J'ai perdu mon travail. J'ai perdu mon appartement», raconte-t-elle. C'est là qu'un proche de son ex-mari lui propose de la «sortir de sa détresse». A terme, il l'aidera à y retrouver un emploi dans son domaine de prédilection, l'organisation d'événements musicaux, lui assure-t-il.
Mais la réalité sera toute autre. Vera arrive à Bienne en 2021. Ce qui l'y attend? Une maison située près d'un bar-club. Et, derrière ces quatre murs, un véritable cauchemar.
Tellement sale qu'elle a attrapé la gale
Les proxénètes surveillaient les femmes 24 heures sur 24, selon les dires de l'ex-prostituée. Elles devaient financer elles-mêmes préservatifs, produits d'hygiène et leur nourriture.
La tenancière se faisait passer pour elles au téléphone et négociait des pratiques avec les clients sans les consulter. Elles dormaient dans le même lit que celui où elles faisaient leurs passes. Les draps n'étaient jamais changés, selon Vera. Le chauffage ne fonctionnait pas. L'eau était froide. Bref, la chambre était si sale que Vera a contracté la gale — et n'a pas eu d'aide pour obtenir des soins médicaux.
La fuite salvatrice
L'enfer a pris fin par un heureux hasard: une dispute violente entre l'acolyte de la tenancière et une autre victime a attiré l'attention de la police. Les proxénètes se sont donc cachés. «J'ai dit à mon amie: c'est maintenant ou jamais», raconte Vera. Profitant du chaos, elles ont fui en courant.
Pendant les cinq semaines où elle a dû vivre dans ces conditions, Vera a reçu au total 70 à 80 clients, pour un chiffre d'affaires de 8000 à 9000 francs. Elle aurait dû toucher 50% de ces recettes. «Mais à la fin, je me suis retrouvée presque sans argent», explique-t-elle. (dag)
