Ce phénomène méconnu menace davantage les hommes après 60 ans
Le récent décès de la chanteuse Dolly Parton à 80 ans, moins d'un an et demi après son mari Carl Dean, pourrait servir d'exemple pour illustrer un phénomène connu sous le nom d'«effet de veuvage», bien qu'aucun lien n'ait été établi entre les deux à ce jour. Les données démographiques font en effet apparaître une tendance frappante: les personnes qui perdent leur conjoint courent ensuite un risque plus élevé de mourir à leur tour dans les années qui suivent.
C’est ce qu’a révélé une étude de l’Université de Genève publiée en 2025 et qui se base sur les données démographiques et les registres d'état civil suisses de 2011 à 2022. Les chercheurs ont notamment analysé les différences de mortalité en fonction de l’état civil et comparé les personnes mariées à celles qui avaient perdu leur conjoint afin de déterminer si le veuvage a des conséquences sur l’espérance de vie.
Les hommes plus touchés que les femmes
La différence est particulièrement nette chez les 60 à 69 ans: parmi les hommes restés mariés, 4,3% sont décédés dans les cinq ans, contre 6,7% chez les veufs. Chez les femmes, ces proportions s’élevaient respectivement à 2,5 et 4,2%. Les personnes veuves présentaient même un risque de mortalité supérieur à celui des divorcées.
Les personnes veuves ne sont cependant pas systématiquement celles qui présentent le risque de mortalité le plus élevé. L’écart est encore plus marqué chez les célibataires: parmi les hommes de 65 ans, le risque de mourir était plus de deux fois supérieur à celui des hommes mariés. La même tendance est observée chez les femmes.
Les données ne permettent pas de déterminer clairement pourquoi les personnes veuves meurent plus fréquemment. Les scientifiques avancent cependant que le mariage peut protéger la santé de différentes manières.
Les partenaires se soutiennent émotionnellement et concrètement, notamment lorsque l’un des deux tombe malade. La vie commune pourrait en outre favoriser des comportements plus sains. Ce soutien disparaît toutefois à la mort du partenaire. Les auteurs soulignent également la charge psychologique que peut entraîner le veuvage.
Une hausse des maladies cardiovasculaires
Mais de quelles causes le conjoint survivant meurt-il plus fréquemment? Une seconde étude de l'Université de Copenhague, également publiée en 2025, s’est penchée sur cette question. Des chercheurs ont analysé les données des registres nationaux danois portant sur 223 500 personnes mariées âgées de 65 ans ou plus, dont 12 940 avaient perdu leur moitié.
Les scientifiques les ont comparées à des personnes aussi semblables que possible qui étaient restées mariées, puis ont examiné les causes de leur décès au cours des trois années suivantes. La différence la plus nette concerne les maladies cardiovasculaires.
Sur 1000 hommes mariés, 52 en sont morts dans les trois ans. Chez les veufs, ce nombre atteignait 60, soit huit décès supplémentaires. L’écart était plus faible chez les femmes: 20 décès contre 25 pour 1000 personnes. Chez les hommes, la même tendance apparaissait également pour d’autres causes de décès. Après un veuvage, quatre décès supplémentaires dus à des maladies respiratoires ont été enregistrés pour 1000 personnes, trois autres dus à des maladies de l’appareil digestif et trois pour des troubles psychiques ou des suicides.
Chez les femmes, outre les maladies cardiovasculaires, une nette augmentation n’était observable que pour les troubles psychiques ou le suicide. Selon les deux études, l’effet de veuvage est donc plus marqué chez les hommes que chez les femmes. On ignore toutefois pourquoi les hommes semblent plus vulnérables après la mort de leur partenaire.
La répartition des rôles comme explication?
Pro Senectute voit une explication possible dans la répartition traditionnelle des rôles au sein des générations les plus âgées. Peter Burri Follath, responsable communication de l'association, explique:
Lorsque leur partenaire meurt, certains hommes perdent donc non seulement leur principale personne de référence, mais aussi une grande partie de leur structure sociale et quotidienne. Pour le communicant:
Cette situation pourrait évoluer, puisque les rôles sont désormais souvent répartis de manière moins tranchée au sein d'un couple. Les hommes comme les femmes sont plus autonomes et davantage habitués à organiser ensemble le ménage, les finances et les relations sociales. Selon Peter Burri Follath:
Les futures recherches nous diront si ces modifications sociétales auront ou non un impact sur l'effet de veuvage ou si d'autres explications devront être avancées. (btr/az)
