«Une génération a été décimée»: avec les jeunes endeuillés de Lutry
«On a une génération ici qui a été décimée et ça va être très, très difficile pour ceux qui restent de s'en relever», confie le président du FC Lutry, Stéphane Bise.
A quelques centaines de mètres du club, des dizaines de personnes sont venues faire leur dernier adieu jeudi soir à Arthur, junior et coach du club, au temple protestant de cette petite ville proche de Lausanne, sur les bords du Léman.
Des dizaines de bougies et de fleurs sont posées sur le parvis, ainsi que quelques petits ballons de foot portant des coeurs. De l'autre côté de la porte d'entrée, on peut voir, sur une très grande affiche, un dessin représentant Arthur avec son petit frère l'enlaçant dans le dos, souriant, et ces mots:
Il allait fêter ses 17 ans. Sa mère, Laetitia Brodard-Sitre, elle-même coach au FC Lutry, est apparue dans de nombreux médias après le drame, affichant son désespoir de ne pas avoir de nouvelles après avoir écumé les hôpitaux pour retrouver son fils.
A la sortie du temple, six jeunes ont porté son cercueil en bois clair, avec l'aide de son petit frère fermant la marche. Sa mère a alors tendrement chanté «Une chanson douce». Les secouristes et policiers étaient au garde-à-vous au passage du véhicule le transportant.
«Des scènes vraiment difficiles»
«C'était très important que les jeunes soient là» et qu'ils puissent prendre la parole et «partager leur affection pour Arthur, parce que c'est eux qui sont en première ligne», témoigne après la cérémonie le pasteur, Alain Brouze.
Ces adolescents participent à des services religieux «à répétition» car plusieurs jeunes de la communauté de Lutry sont décédés, en plus des sept jouant au FC Lutry.
Se désole l'homme de foi.
Résume-t-il, au sujet de cette petite ville d'environ 10 500 habitants aux allures de village, à la périphérie de Lausanne. Plusieurs jeunes de la commune font également partie des blessés, dont certains grièvement.
Le terrible drame a fait 40 morts et 116 blessés.
Rapidement après le drame qui s'est déroulé la nuit du nouvel an, les paroissiens se sont mobilisés pour installer une permanence afin que les gens puissent apposer des mots de soutien ou des prières sur le mur derrière l'autel.
«Tu es mon coach préféré»
On peut ainsi lire sur ces petits papiers: «A jamais dans nos coeurs», «Pour que vous puissiez reposer en paix petits anges», «Je pense à vous», ou encore:
Cinq autres joueurs du FC Lutry sont encore hospitalisés, et la petite amie d'un joueur est décédée. L'école privée de Champittet compte aussi trois décès parmi ses élèves, et quatre anciens étudiants, dont certains jouaient au club de foot, selon la presse suisse.
«On vit un drame inimaginable» mais «c'est une communauté heureusement très soudée», fait remarquer le président du FC Lutry.
Le club a mis en place une permanence quotidienne et met à disposition des rubans qui ont été découpés dans la voile d'un bateau mythique du port de Lutry, sur le Lac Léman, pour que l'on puisse accrocher des messages au grillage du terrain de foot.
«Volez libres vers le paradis»
«Vous êtes des enfants, volez libres vers le paradis», peut-on lire sur un message, qui est accompagné du dessin d'une colombe de la paix et de deux coeurs.
Le fils du président du club connaît bien tous ces jeunes, et assiste aussi aux obsèques. Comme l'explique sa mère, Sophie Bise, «c'est des jeunes qu'ils côtoient depuis qu'ils ont 4 ans. Ils se sont tous croisés à l'école plus ou moins, et puis sur les terrains de foot, et maintenant dans les soirées».
