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Drame

Crans-Montana: voici ce que redoutent les restaurateurs suisses

Les mesures suisses de protection contre les incendies sont-elles efficaces? C'est la question qui fait débat après l'incendie dramatique de Crans-Montana.
Les mesures suisses de protection contre les incendies sont-elles efficaces? C'est la question qui fait débat après l'incendie dramatique de Crans-Montana.Getty Images

Voici ce que redoutent les restaurateurs suisses après Crans-Montana

Les politiciens de tout bord réagissent aux critiques visant le dispositif suisse de protection contre l’incendie. Trop tôt, estiment les professionnels de la gastronomie.
08.01.2026, 20:5308.01.2026, 20:53
Benjamin Rosch / ch media

La catastrophe survenue à Crans-Montana, qui a fait 40 morts et 116 blessé dans la nuit du Nouvel An, jette une lumière crue sur la protection incendie en Suisse. Ici, comme à l’étranger, des critiques s’élèvent contre des prescriptions et des contrôles jugés trop laxistes.

Les propos les plus virulents sont sans doute venus du vice-président du Conseil italien, Matteo Salvini, qui a fustigé les «criminels» de Suisse.

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Une approche qui varie d'un canton à l'autre

Depuis la tragédie, les règles de sécurité destinées à prévenir les incendies alimentent le débat. Leur base repose sur les prescriptions suisses de protection incendie (PPI), applicables de manière uniforme à l’échelle nationale. Elles régissent les voies d’évacuation, les installations de sprinklers et l’utilisation des matériaux de construction pour tous les bâtiments, de la maison individuelle à la discothèque.

Leur mise en œuvre, en revanche, varie fortement d’un canton à l’autre. Dans certains cas, elle relève de l’assurance immobilière cantonale, ailleurs, ce sont les communes qui en ont la responsabilité.

Ces dernières années, les conseillers d’Etat en charge des travaux publics ont œuvré à un assouplissement des prescriptions en vigueur. Mais des voix exigent désormais une marche arrière. Jacqueline De Quattro, conseillère nationale (PLR/VD), a même réclamé une autorité nationale unique chargée des contrôles en matière de protection incendie. La Vaudoise a déclaré à la SRF:

«Il faut un meilleur système»

Le conseiller national Ueli Schmezer (PS/BE) a, quant à lui, déploré que la Suisse mise trop fortement sur la responsabilité individuelle des propriétaires.

La crainte des décisions prises à la hâte

Alexander Bücheli est porte-parole de la Commission suisse des bars et clubs. Bien que le milieu soit profondément ému par la catastrophe de Crans-Montana, on observe le débat actuel avec une certaine appréhension. Il explique:

«Sous la pression de l’opinion publique, nous craignons que la politique ne tire des conclusions trop rapides»

Du point de vue de l'association, la Suisse se situe à un bon niveau en comparaison internationale. «Par mètre de sortie de secours, on autorise par exemple moins de personnes dans un club en Suisse qu’en Allemagne.» Le même constat est dressé par l’association de la branche Gastrosuisse, comme l'indique un porte-parole:

«Les prescriptions en matière de protection incendie sont strictes en Suisse, y compris en comparaison mondiale.»

Gastrosuisse reconnaît, toutefois, d’importantes disparités régionales dans l’application des règles. La Constitution ne confère aucune compétence à la Confédération en matière de protection incendie. «L’édiction des prescriptions relève donc de la compétence des cantons», écrit l’association, sollicitée.

Des contrôles aléatoires périodiques privilégiés

Dans les villes où la vie nocturne bat son plein, les contrôles réguliers sont monnaie courante. Alexander Bücheli précise:

«A Zurich, par exemple, les clubs sont contrôlés au moins une fois par an»

Ces inspections ont souvent lieu sans annonce préalable et de manière anonyme; les exploitants ne reçoivent un rapport qu’ultérieurement. Bücheli souligne:

«Nous saluons ce type de contrôles. Ils renforcent non seulement la sécurité chez les exploitants, mais accroissent aussi, au quotidien, la sensibilité générale à la question de la protection incendie.»

De manière générale, Alexander Bücheli appelle à la retenue et souhaite que la politique attende un rapport solide sur les causes de l’incendie de Crans-Montana:

«Seul un tel document permettra de déterminer si, et comment, la protection incendie en Suisse doit être adaptée»

Gastrosuisse n’a pas souhaité se prononcer plus avant sur ce point, estimant que la question relève des experts en protection incendie.

Compétitions de ski et carnavals à venir

A court terme, l’attention accrue se traduit surtout par un regard plus attentif des autorités, à l’affût d’éventuelles lacunes de sécurité dans la gastronomie. Cela se fait particulièrement sentir dans les localités qui, en raison de compétitions internationales de ski, se transforment ces prochaines semaines en hauts lieux événementiels.

A Wengen et à Adelboden, dans le canton de Berne, les conseils communaux se sont réunis ces derniers jours afin d’inciter les établissements locaux à se soumettre à des contrôles renforcés.

La situation est similaire à Bâle. Durant le carnaval, fin février, d’innombrables caves de cliques, petites et grandes, ouvrent leurs portes pour accueillir le public. Toutes ne disposent pas des dispositifs de sécurité nécessaires pour y faire la fête sans risque. Veronika Röthlisberger, directrice de l’Assurance immobilière de Bâle-Ville, a annoncé:

«Nos cinq responsables de secteur se tiennent à disposition des exploitants des caves»
L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)
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L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)

Un incendie s'est produit ce jeudi 1er janvier à 1h30 dans un bar de la station de ski de Crans-Montana (VS).

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Le résumé de la conférence de presse de Crans-Montana
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