Voici ce que redoutent les restaurateurs suisses après Crans-Montana
La catastrophe survenue à Crans-Montana, qui a fait 40 morts et 116 blessé dans la nuit du Nouvel An, jette une lumière crue sur la protection incendie en Suisse. Ici, comme à l’étranger, des critiques s’élèvent contre des prescriptions et des contrôles jugés trop laxistes.
Les propos les plus virulents sont sans doute venus du vice-président du Conseil italien, Matteo Salvini, qui a fustigé les «criminels» de Suisse.
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Une approche qui varie d'un canton à l'autre
Depuis la tragédie, les règles de sécurité destinées à prévenir les incendies alimentent le débat. Leur base repose sur les prescriptions suisses de protection incendie (PPI), applicables de manière uniforme à l’échelle nationale. Elles régissent les voies d’évacuation, les installations de sprinklers et l’utilisation des matériaux de construction pour tous les bâtiments, de la maison individuelle à la discothèque.
Leur mise en œuvre, en revanche, varie fortement d’un canton à l’autre. Dans certains cas, elle relève de l’assurance immobilière cantonale, ailleurs, ce sont les communes qui en ont la responsabilité.
Ces dernières années, les conseillers d’Etat en charge des travaux publics ont œuvré à un assouplissement des prescriptions en vigueur. Mais des voix exigent désormais une marche arrière. Jacqueline De Quattro, conseillère nationale (PLR/VD), a même réclamé une autorité nationale unique chargée des contrôles en matière de protection incendie. La Vaudoise a déclaré à la SRF:
Le conseiller national Ueli Schmezer (PS/BE) a, quant à lui, déploré que la Suisse mise trop fortement sur la responsabilité individuelle des propriétaires.
La crainte des décisions prises à la hâte
Alexander Bücheli est porte-parole de la Commission suisse des bars et clubs. Bien que le milieu soit profondément ému par la catastrophe de Crans-Montana, on observe le débat actuel avec une certaine appréhension. Il explique:
Du point de vue de l'association, la Suisse se situe à un bon niveau en comparaison internationale. «Par mètre de sortie de secours, on autorise par exemple moins de personnes dans un club en Suisse qu’en Allemagne.» Le même constat est dressé par l’association de la branche Gastrosuisse, comme l'indique un porte-parole:
Gastrosuisse reconnaît, toutefois, d’importantes disparités régionales dans l’application des règles. La Constitution ne confère aucune compétence à la Confédération en matière de protection incendie. «L’édiction des prescriptions relève donc de la compétence des cantons», écrit l’association, sollicitée.
Des contrôles aléatoires périodiques privilégiés
Dans les villes où la vie nocturne bat son plein, les contrôles réguliers sont monnaie courante. Alexander Bücheli précise:
Ces inspections ont souvent lieu sans annonce préalable et de manière anonyme; les exploitants ne reçoivent un rapport qu’ultérieurement. Bücheli souligne:
De manière générale, Alexander Bücheli appelle à la retenue et souhaite que la politique attende un rapport solide sur les causes de l’incendie de Crans-Montana:
Gastrosuisse n’a pas souhaité se prononcer plus avant sur ce point, estimant que la question relève des experts en protection incendie.
Compétitions de ski et carnavals à venir
A court terme, l’attention accrue se traduit surtout par un regard plus attentif des autorités, à l’affût d’éventuelles lacunes de sécurité dans la gastronomie. Cela se fait particulièrement sentir dans les localités qui, en raison de compétitions internationales de ski, se transforment ces prochaines semaines en hauts lieux événementiels.
A Wengen et à Adelboden, dans le canton de Berne, les conseils communaux se sont réunis ces derniers jours afin d’inciter les établissements locaux à se soumettre à des contrôles renforcés.
La situation est similaire à Bâle. Durant le carnaval, fin février, d’innombrables caves de cliques, petites et grandes, ouvrent leurs portes pour accueillir le public. Toutes ne disposent pas des dispositifs de sécurité nécessaires pour y faire la fête sans risque. Veronika Röthlisberger, directrice de l’Assurance immobilière de Bâle-Ville, a annoncé:
