«Ce n'est pas une ville d'UDC»: la guerre des affiches fait rage
Une vitre de voiture s'abaisse: «Ce n'est pas une ville d'UDC», nous lance un automobiliste, nous surprenant à photographier les affiches au carrefour de l'avenue Tivoli et de l'avenue du Belvédère. Les trois candidats pour succéder à Rebecca Ruiz au Conseil d'Etat (Roger Nordmann, Jean-François Thuillard et Agathe Raboud Sidorenko) y côtoient les candidats aux prochaines élections municipales. Ces affiches jalonnent de nombreux quartiers lausannois, du pont Bessières au pont Chauderon, en passant par l'avenue de Béthusy.
Le constat est sans appel. Au fil de notre déambulation dans les rues lausannoises, les affiches frappées du logo UDC apparaissent systématiquement arrachées, lacérées, ou taguées de «fachos UDC» et de slogans antifascistes (AFA).
«Ce n'est peut-être pas une excellente idée de faire ainsi. A notre époque, ça ne fait que nourrir un peu plus la polarisation entre la gauche et la droite», juge une femme interrogée dans les rues lausannoises, balayant les affiches électorales du regard.
Un manque de fair-play? «Disons que ce n'est pas la meilleure idée», lâche cette passante âgée de 41 ans.
Une autre promeneuse poursuit:
De l'avis général, partagé par la dizaine de Lausannois croisés dans les rues, les affiches électorales peinent à convaincre. Plusieurs préfèrent recevoir des flyers dans leur boîte aux lettres.
Qu'en pense l'UDC? Le sort réservé à leurs affiches ne les étonne pas. «Je suis un peu déçu par le manque de créativité. Avant, on nous gratifiait de dents noircies, de moustaches ou de certains symboles historiques bien choisis», s'amuse Valentin Christe, député UDC au Grand Conseil et candidat aux élections municipales lausannoises.
Mais aujourd'hui, la nouvelle stratégie est de tout arracher. Ce qui fait dire à Valentin Christe que «c'est une nouvelle forme d'invisibilisation» de la part de certains militants de gauche. «On aimerait être traité de la même manière que nos concurrents», regrette le politicien vaudois.
Sur la question d'une polarisation croissante du débat politique, le juriste de formation se montre peu alarmiste: rien de bien nouveau sous le soleil.
L'élu vaudois déplore l'absence de confrontation des idées «courtoise et civilisée», ajoutant que c'est «dommage venant de personnes qui se réclament de la tolérance et de l'ouverture d'esprit». Plutôt que d'engager le débat, on chercherait à réduire les opposants politiques au silence — une tendance qui, selon lui, n'a rien de nouveau à Lausanne.
Des plaintes et des réimpressions coûteuses
Le problème est le même en périphérie de Lausanne. L'Entente Prilly, regroupant Le Centre, le PLR et l'UDC, a déposé plainte pour des dégradations sur ses affiches.
La secrétaire générale de l'UDC Vaud, Floriane Gonet, confie qu'une plainte a également été déposée par le parti au niveau cantonal — non pour les dégradations elles-mêmes, mais pour des affichettes collées comportant un QR code renvoyant vers des sites aux contenus haineux et trompeurs. Elle reconnaît volontiers que cette démarche a peu de chances d'aboutir, mais qu'il s'agit avant tout d'un geste symbolique.
Elle pointe aussi les enjeux financiers: «La réimpression en urgence de nos affiches nous a coûté plus de 1000 francs».
La secrétaire de l'UDC Vaud estime aussi que ces nombreuses affiches vandalisées font «désordre dans l'espace public», mais souligne surtout l'«excellente» entente entre candidats de tous bords. «Des membres du Parti socialiste m'ont, par exemple, écrit des messages de soutien», confie Floriane Gonet, précisant que «les partis de gauche sont parfois victimes» de ces actes malveillants.
Agathe Raboud Sidorenko, candidate d'Ensemble à gauche pour le gouvernement vaudois, appelle à plus de subtilité. «C'est une atteinte contre la démocratie. Il existe de meilleurs moyens que d'arracher des affiches», juge l'élue vaudoise, avant d'ajouter:
Si les affiches des partis de gauche semblent épargnées à Lausanne, il en va autrement à Vevey, ville pourtant marquée à gauche. «Toutes mes affiches y ont été taguées. Sur mon visage, on peut lire "ennemie nationale" ou encore "terroriste" sur d'autres», témoigne Agathe Raboud Sidorenko, photos à l'appui.
A droite comme à gauche, les partis interrogés s'accordent sur un point: cette guerre des affiches fait rage et s'est imposée comme un mode d'expression à part entière.
