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Témoignage watson

Asile à Vallorbe: «Des vers dans les repas? C’est récurrent»

Lundi dernier, les requérants du centre fédéral d'asile de Vallorbe (VD) ont trouvé des vers dans leurs assiettes. Encore.
Lundi dernier, les requérants du centre fédéral d'asile de Vallorbe (VD) ont trouvé des vers dans leurs assiettes. Encore.Image: keystone / dr
Témoignage watson

«Des vers dans les repas au centre d’asile de Vallorbe? C’est récurrent»

Le post Facebook d’une association a suscité une vive polémique, il y a quelques jours, autour de la nourriture infestée de vers au centre fédéral d’asile de Vallorbe (VD). Des requérants témoignent pour watson: «Nos enfants ne mangent plus, certains ont perdu dix kilos. Nos conditions de vie sont indignes!» Le Secrétariat d'Etat aux migrations répond à leurs accusations.
25.02.2023, 08:0125.02.2023, 18:15
Margaux Habert
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«Les vers dans la nourriture? Ça n’est pas la première fois!» Les requérants sont presque surpris de l’agitation suscitée par les récents déballages sur la nourriture qui leur est servie. Comme l’a révélé Blick, l’hygiène n’est pas toujours au menu au centre fédéral d’asile de Vallorbe (VD). L’article de nos confrères faisait suite à une publication de «Droit de rester» sur Facebook. Sur la photo partagée lundi par l’association, qui milite pour les droits des migrants et requérants, une fourchette, où grains de riz et vers de farine se confondent.

Un post partagé plus d'une centaine de fois. «Les vers, c’est récurrent», nous lâchent, las, les requérants. Contacté par watson, le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) ne peut ni confirmer ni infirmer. «Nous n’avons pas d’informations avérées en ce sens, mais nous ne pouvons pas l’exclure», explique l'institution, qui poursuit ses investigations.

Des enfants «qui ne mangent plus»

Ce sont des familles, mais aussi des personnes seules, venues de Turquie, d'Afghanistan, d'Irak et du Burundi, qui nous racontent leurs conditions de vie, ici, à Vallorbe.

«Ne donnez pas nos noms dans votre article, sinon, on va avoir des problèmes!»

Des requérants qui ont peur, mais qui veulent parler.

«Pour nous, c’est important de témoigner parce qu’on veut mettre en évidence la situation dans laquelle on se trouve. On est pas des gens mauvais, nous n'allons pas causer de problèmes aux Suisses. On aime ce pays, on aime sa population, vous n'avez rien à craindre de nous.»
Un père de famille kurde hébergé au centre fédéral d'asile de Vallorbe

L'un des pères poursuit en nous expliquant qu'ils n'ont pas le droit d'apporter de la nourriture au centre «pour des raisons d'hygiène», leur a-t-on expliqué là-bas. «Si on essaie d'amener quelque chose de l'extérieur, ils nous le prennent.» Un autre précise que seules les bouteilles d'eau et les cigarettes sont acceptées. De son côté, le SEM assure que certaines choses de l’extérieur sont autorisées dans les chambres.

«Certains aliments tels que les fruits et légumes, les produits laitiers, viandes et poissons, etc., ne peuvent être introduits pour des raisons d’hygiène (pourriture, nuisibles, etc.). A contrario, les requérants peuvent apporter des aliments dont la durée de conservation est plus longue, tels que les chips, biscuits, cakes, pains, fruits secs, etc.»
Le Secrétariat d'Etat aux migrations

Les familles, elles, persistent. Elles disent ne plus savoir quoi faire pour que leurs enfants s'alimentent. «Les plus jeunes n'arrivent pas à avaler la nourriture du centre. Elle a un goût... comme si elle n'avait pas été stockée au frigo et était restée dehors pendant des jours».

«Certains des enfants ont perdu dix kilos à force de ne pas pouvoir manger»
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Le centre fédéral pour requérants d'asile de Vallorbe est le quatrième de Suisse romande.Image: KEYSTONE

Denise Graf, qui a travaillé comme coordinatrice réfugiés pour Amnesty international pendant 19 ans, nous sert d'interprète. Elle confirme les dires des requérants.

«Un membre d'une association a mangé au centre et nous l'a confirmé: il y a un goût de nourriture avariée dans ce qui est servi aux personnes hébergées à Vallorbe»
Denise Graf, ancienne coordinatrice réfugiés à Amnesty international Suisse
Nourriture contrôlée
Le SEM nous assure goûter régulièrement la nourriture, qu'il qualifie d'équilibrée et saine. Et précise en outre que «pour tenir compte des habitudes alimentaires différentes, nous demandons à notre prestataire de varier et d’adapter ses menus». Le SEM ajoute que des épices sont mises à disposition pour tenir compte des habitudes de chacun.

Un «manque de soin pour les enfants»

Un autre père s'invite dans la discussion, il nous raconte qu'il est compliqué pour eux de faire examiner les enfants par un médecin, car «c'est l'infirmière du centre qui décide, et elle dit souvent que c'est pas grave. Le centre n'accepte pas qu'on les emmène à l'hôpital». Une affirmation réfutée par le SEM.

«L’infirmerie du centre est ouverte tous les jours, le personnel infirmier fait une évaluation, donne les premiers soins et prend les rendez-vous nécessaires avec les médecins des Etablissements hospitaliers du Nord vaudois (eHnv), qui se chargent des soins médicaux de base des résidents qui leur sont envoyés par le personnel infirmier, respectivement par les prestataires du service d’encadrement ou du service de sécurité, et, le cas échéant, les dirige vers un médecin spécialiste. Les eHnv consultent deux jours par semaine au centre.»
Le SEM

Et d'ajouter qu'à leur arrivée au centre, l’équipe infirmière programme un rendez-vous à la permanence pédiatrique de l’hôpital d’Yverdon pour tous les enfants de moins de seize ans. «Tous les enfants sont donc vus par un pédiatre, sauf si le départ au canton pour des raisons de procédure intervient avant ce rendez-vous. Dans ce cas-là, il a lieu dans le canton d’attribution. Par ailleurs, de la nourriture adaptée aux enfants est mise à disposition des requérants par l’équipe d’encadrement.»

Selon un père concerné, si les enfants sont bien envoyés parfois à l'hôpital, le retour au centre ne se passe pas forcément bien.

«L’autre jour, on a dû amener mon enfant à l’hôpital. Quand on est revenu, il avait faim, il a pris une pomme à la cantine et l'a amenée dans sa chambre. Les sécus sont entrés et ont fait une scène pour une pomme… alors qu’il revenait de l’hôpital et que la pomme venait d'ici!»
Un père de famille hébergé au centre fédéral d'asile de Vallorbe

Des règles «presque pires que dans les prisons»

Un autre requérant se mêle à notre échange. Il nous dit être ici avec sa famille depuis 25 jours. Cet homme raconte lui aussi que les agents de sécurité entrent dans les chambres. «Il y a une forte pression sur nous, la sécurité organise régulièrement des fouilles sur nous et dans nos chambres. Ils entrent sans frapper et fouillent...»

«La situation est vraiment très mauvaise. Il y a des règles pour les prisons, et ici, on a l’impression que c’est presque pire… Psychologiquement, on va très, très mal. Ils nous traitent mal et on a peur d’être renvoyés.»
Un père de famille kurde hébergé au centre fédéral d'asile de Vallorbe

Le SEM assume ses fouilles régulières, réalisées, selon l'institution, pour assurer la sécurité de tous les résidents du centre et en présence d’ORS (réd: son prestataire d’encadrement). Et d'assurer encore que les agents frappent à la porte avant d’entrer, et que les requérants ont la possibilité de fermer à clé leur chambre de l’intérieur, en précisant toutefois que les agents ont un pass pour entrer en cas de besoin, par exemple pour une intervention urgente.

«Ces fouilles ont pour but d’assurer que des substances illicites (drogue) ou des objets dangereux (tels que seringues, armes, etc.) ne circulent pas dans le centre»
Le Secrétariat d'Etat aux migrations
Le centre d'enregistrement et de procedure (CEP) de Vallorbe est photographie avant une conference de presse au sujet de la planification des emplacements des centres federaux pour requerants d&# ...
Le centre basé dans le canton de Vaud avait déjà fait les gros titres par le passé.Image: KEYSTONE

Le père de l'enfant emmené à l'hôpital assure de son côté que toutes les communautés ne sont pas traitées de la même manière. «Certains introduisent bel et bien des choses interdites et parfois dangereuses dans le centre, et nous, on nous traite mal pour une pomme dans une chambre, qui pourtant venait de la cantine!» Il est appuyé par un autre requérant: «Nous, on a fait plusieurs centres avant de venir ici, et Vallorbe, c'est vraiment le pire».

L'espoir que ce soit «moins pire pour les suivants»

Pourquoi ne pas avoir fait remonter l'incident des vers dans l'assiette à un répondant du SEM, leur demande-t-on, après qu'on leur a répondu "C'est des protéines", lundi, au centre? «On ne savait plus quoi faire. On leur signale les vers, et on nous répond ça... En fait, on avait plus le courage.» Du courage, ils veulent en faire preuve au travers de leurs témoignages. «Nous, on sait qu'on va partir», nous dit l'un des pères.

«Mais on parle aujourd'hui pour que la situation soit moins pire, demain, pour les suivants»
Un père de famille turc hébergé au centre de Vallorbe
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Amnesty international Suisse est intervenue à plusieurs reprises pour faire évoluer les conditions de vie des requérants.Image: KEYSTONE

Denise Graf, notre interprète active dans le domaine de l'asile depuis près de 40 ans, soupire. «On a souvent eu des retours négatifs par rapport à Vallorbe.» La retraitée d'Amnesty international nous indique que l'organisation est intervenue à plusieurs reprises, sans réelles améliorations, mais qu'elle garde espoir.

«Une nouvelle directrice est en poste depuis peu. Nous espérons qu'elle sera à l'origine d'un changement d'attitude à l'égard des requérants. Sous l'ancien directeur, une attitude de mépris s'est gentiment répandue.»
Denise Graf, ancienne coordinatrice à l'asile à Amnesty international Suisse

Les requérants s'agitent, parlent entre eux. Denise Graf traduit, elle nous explique qu'ils doivent impérativement retourner au centre pour 17h30 au plus tard. Avant de nous quitter, ils nous redemandent de ne pas divulguer leurs noms. «Nous avons peur, mais c'est important que les gens sachent ce qu'il se passe ici.»

Des informations anonymes
Le SEM entend les peurs des requérants, mais précise qu'il leur est possible de s'exprimer de manière anonyme. «Si les requérants ne souhaitent pas parler directement au SEM, ils peuvent se confier à d’autres personnes de confiance, comme les aumôniers ou leur représentant juridique Caritas, qui font remonter l'information au SEM, de manière anonyme si besoin. Les questionnaires de satisfaction sont aussi anonymes et les requérants ont la possibilité de mettre des commentaires dans une boîte à idées installée dans le centre, toujours de manière anonyme.» Et d'assurer que tous les centres fédéraux d'asile appliquent les mêmes règles et les mêmes standards.

Notre reportage auprès de réfugiés ukrainiens dans un ancien foyer vaudois en juin 2022:

Vidéo: watson
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