Le profil du suspect de Winterthour soulève des questions
Le principal suspect de l’attaque au couteau survenue jeudi à Winterthour est un sympathisant de l’Etat islamique connu de longue date des autorités. Après avoir vécu environ deux ans en Turquie, il était récemment revenu en Suisse, où il avait également été interné en psychiatrie. Il avait été relâché la veille de l’attaque. Selon deux de nos sources, il s’agit de Nesip D., un Suisse de 31 ans né en Suisse, mais d’origine turque. Une information confirmée par la police, jeudi dans l'après-midi.
L’homme aurait grièvement blessé trois personnes devant la gare de Winterthour avant d’être arrêté peu après les faits. La police a ensuite mené une perquisition à son domicile, dans le quartier de Mattenbach. Un acte qualifié de «terroriste» par Mario Fehr (indépendant, ex-PS), le conseiller d'Etat zurichois en charge de la sécurité.
Le trentenaire s’était déjà fait remarquer vers 2014 comme partisan de l’organisation terroriste Etat islamique. Avec d’autres sympathisants, il fréquentait notamment le terminus de bus de Wülflingen, dans l’ouest de Winterthour, où il tentait d’endoctriner de jeunes convertis. L’un d’eux, Christian I., alors âgé de 18 ans, avait rejoint peu après les rangs de l’EI. Il serait mort en Syrie en 2015.
Connu dans les milieux islamistes
Nesip D. était connu comme le loup blanc, selon nos sources, dans le milieu islamiste de Winterthour. Il fréquentait aussi, par périodes, la mosquée An-Nur, dans le quartier de Hegi, fermée depuis plusieurs années et depuis longtemps considérée comme un haut lieu de l’islamisme radical en Suisse.
Ses proches dans les milieux islamistes savaient également qu’il souffrait de troubles psychiques. Nesip D. se serait lui-même décrit comme schizophrène et se prenait parfois pour la réincarnation d’un érudit islamique radical du 12ᵉ siècle. Après une bagarre, il avait passé un certain temps en prison. Selon nos sources, il avait alors déclaré à un policier: «Au sommet, il y a les musulmans. Ensuite viennent les animaux et tout au fond les mécréants. Encore après les animaux. Vous êtes tout en bas.»
Avant de revenir en Suisse,Nesip D. aurait vécu environ deux ans en Turquie. Après son retour, il a été interné au moins une fois en psychiatrie, d’où il aurait tenté de s’échapper à plusieurs reprises. Un psychiatre l’a laissé sortir un jour avant l’attaque, estimant qu’il ne représentait un danger ni pour lui-même ni pour autrui, ont informé les autorités, jeudi après-midi.
L’affaire soulève désormais des questions sur le suivi dont faisait l’objet cet homme, connu des autorités pour sa radicalisation et ses troubles psychiques. L’enquête devra notamment déterminer si les différents services concernés disposaient de toutes les informations nécessaires avant l’attaque. (adapt jah)
