«Lâche ce foutu couteau»: enquête pour terrorisme au Tessin
Une scène troublante s'est déroulée en plein centre-ville de Bellinzone. Vendredi, en fin de matinée, une femme est sortie d’un magasin de smartphones, a brandi un couteau de cuisine et a crié «Allahu Akbar» («Dieu est grand»). Cette expression n’est pas seulement une louange à Dieu, mais aussi un cri de ralliement fréquemment utilisé par des islamistes.
Plusieurs policiers se trouvaient sur place et ont crié:
Les forces de l’ordre ont encerclé la femme, manifestement désorientée, et ont utilisé du spray au poivre. Elle a alors laissé tomber le couteau, a été interpellée puis emmenée.
La police tessinoise met à terre une femme armée qui crie «Allahu Akbar»
Personne n’a été blessé. Des vidéos prises par des passants ont circulé dans les médias tessinois. La femme a été placée d’office dans un établissement psychiatrique, a indiqué mardi le Ministère public de la Confédération à notre demande. Le MPC a repris la procédure pénale au Ministère public tessinois, compétent en matière d’enquêtes liées au terrorisme.
Le Ministère public de la Confédération cherche à déterminer si l’acte repose sur un mobile terroriste. L'Office fédéral de police (fedpol) mène l’enquête et collabore avec l’ensemble des autorités partenaires du canton du Tessin. Aucune information supplémentaire n’a été communiquée sur la femme. Elle portait une veste noire, un jean bleu et serait âgée d’environ 35 ans. Selon un avis médical, elle n’est actuellement ni en état d’être interrogée ni d’être placée en détention.
Le Ministère public de la Confédération a demandé au tribunal tessinois des mesures de contrainte le placement en détention provisoire, au cas où l’état de santé de la femme viendrait à s’améliorer. Elle bénéficie de la présomption d’innocence. A l’heure actuelle, le MPC mène environ 140 procédures liées au terrorisme.
Elle exigeait une nouvelle carte SIM sans argent
Les raisons exactes de la perte de contrôle de la femme restent floues. Selon les médias tessinois, elle est entrée dans un magasin de téléphonie mobile alors qu’aucun autre client ne s’y trouvait. Le propriétaire du commerce a raconté les faits à la radio et à la télévision publique: la femme aurait exigé un nouveau numéro de téléphone et une nouvelle carte SIM, sans toutefois disposer d’argent.
Lorsqu’on lui a répondu qu’elle ne pouvait pas obtenir de carte SIM dans ces conditions, elle aurait menacé l’employé de mort, sorti un couteau de cuisine de la poche de sa veste et crié à plusieurs reprises «Allahu Akbar». L’employé est parvenu à se réfugier discrètement dans le bureau et a alerté la police. Le gérant a tenté de calmer la femme en faisant semblant de lui remettre la carte SIM. La police est intervenue rapidement et a sommé la femme de quitter le magasin.
Les événements de Bellinzone ravivent au Tessin le souvenir d’un crime commis dans un magasin Manor à Lugano. En novembre 2020, une femme s’y était emparée d’un couteau, avait crié «Allahu Akbar» et avait grièvement blessé une cliente au cou. Elle avait ensuite attaqué une vendeuse. Le Tribunal pénal fédéral avait condamné l’auteure des faits à dix ans et demi de prison.
Au départ de cette affaire luganaise, la femme ne voulait pas parler et tendait un bout de papier au personnel de vente. Finalement, elle s’est adressée à l’employé et lui a demandé sa pièce d’identité, ce qu’il a refusé. Elle a alors sorti un couteau de cuisine, l’a menacé de mort et a crié à plusieurs reprises «Allahu Akbar». Selon une expertise, la femme souffre d’un trouble psychique grave. Elle est donc internée pour une durée indéterminée dans un établissement fermé, en lieu et place d’une peine de prison.
Traduit de l'allemand
