La Confédération lance un projet controversé dans deux centres d’asile
La Confédération adopte une nouvelle approche pour l'hébergement des demandeurs d'asile récalcitrants. Les fauteurs de troubles au comportement problématique parmi les requérants d'asile devront désormais être placés dans un secteur séparé doté d'un concept de sécurité spécifique.
La Confédération réagit ainsi à l'échec du concept des centres spéciaux. Le seul centre de ce type existant jusqu'ici, situé aux Verrières (NE), a été fermé fin novembre 2025. En décembre, le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM), autorité compétente en la matière, a annoncé qu'un projet pilote serait mené à partir de l'été 2026 pendant six mois dans les deux centres fédéraux pour requérants d'asile (CFA) de Pasture à Balerna-Novazzano (TI) et de Flumenthal (SO).
Il est prévu d’héberger les requérants d’asile problématiques dans un secteur séparé du CFA, avec un dispositif de sécurité adapté, mais en leur accordant les mêmes possibilités d’occupation et de sorties qu’aux autres requérants d’asile.
Les demandes d’asile en recul
Le nombre de demandes d’asile en Suisse est en net recul et devrait afficher en 2025 une baisse d’environ 8 % par rapport à 2024. Les statistiques annuelles ne seront publiées qu’en février. Au cours des onze premiers mois de l’année 2024, 23 767 demandes ont été déposées, soit 8,1 % de moins que sur la même période de l’année précédente (25 884 demandes). À la frontière sud de la Suisse avec l’Italie, traditionnellement un point chaud, la situation s’est en tout cas nettement détendue. Selon les chiffres de l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF), le nombre de séjours illégaux a fortement diminué:
- 50 185 en 2023.
- 29 459 en 2024.
- 14 577 en 2025.
Grâce à l'hébergement séparé de ces «fauteurs de troubles», le SEM espère un impact positif sur les autres secteurs et entend y réduire progressivement les mesures de sécurité.
Le SEM précise:
Si ce nouveau concept fait ses preuves, il sera étendu à toutes les régions d'asile.
Des communes scandalisées
Les communes d’implantation et riveraines du CFA Pasture, dans le sud du Tessin – Balerna, Novazzano et Chiasso – se disent indignées par ce nouveau concept. «C’est avec étonnement et déception que nous avons pris connaissance de cette décision», écrivent les trois communes dans une lettre commune adressée au SEM, dont ce journal a eu connaissance.
Si elles partagent l’analyse du SEM selon laquelle seule une petite minorité de requérants d’asile pose problème, ces communes estiment que cette minorité contribue à diffuser dans la population un sentiment général hostile aux requérants d’asile et réduit à néant tous les efforts d’intégration déployés par les communes.
Elles rappellent avoir interpellé de façon répétée les autorités fédérales au sujet des difficultés sur le terrain et réclamé des mesures.
Car les autorisations de sortie pour les requérants problématiques resteront inchangées, et aucune restriction de liberté n'est envisagée.
Opposition au Tessin, sérénité à Soleure
Pour les communes, le projet constitue même une infraction à l'article 24a de la loi sur l'asile, qui stipule expressément la création de centres spéciaux destinés aux requérants d'asile mettant gravement en danger la sécurité et l'ordre publics. Elles n'excluent donc pas de porter le projet pilote devant le Tribunal administratif fédéral. Le conseiller d'Etat tessinois Norman Gobbi s'est lui aussi dit très contrarié par cette «décision unilatérale du SEM».
Contacté, le SEM affirme que le projet pilote sera dans tous les cas lancé dès l'été, malgré les critiques tessinoises. Sur les préoccupations exprimées par les communes, il répond:
Un entretien est prévu en février entre le SEM, le canton du Tessin et les communes concernées, selon Bruno Arrigoni, maire de Chiasso.
Sur le second site du projet pilote du SEM à Flumenthal, dans le canton de Soleure, les communes d'implantation et riveraines n'ont pas manifesté de protestation comparable à celle observée au Tessin. «Nous suivrons toutefois de près l'évolution de la situation», déclare Benedikt Meier, vice-syndic de Deitingen (SO) et jusqu'à récemment président du groupe d'accompagnement du centre fédéral pour requérants d'asile.
