Le panneau d'interdiction est clair. Peu après Cavergno, non seulement les véhicules, mais aussi les piétons et les cyclistes sont interdits d'accès. C'est ici que commence le Val Bavona, long de 12 kilomètres, décrit dans de nombreux guides touristiques comme l'une des vallées les plus idylliques et les plus impressionnantes, mais aussi les plus escarpées et les plus rocailleuses de l'espace alpin.
Mais, depuis qu'une tempête s'est abattue sur la région dans la nuit du 29 au 30 juin et que des coulées de boue ont causé des dégâts dévastateurs, la vallée est interdite aux touristes. Les habitants ne peuvent y accéder qu'avec une autorisation spéciale établie par la commune de Cevio - et que la police s'occupe de contrôler.
Fiorenzo Dadò a obtenu une autorisation de ce type et nous emmène faire un tour dans la vallée. Le président du Centre tessinois, âgé de 53 ans, est originaire de Cavergno, le village à l'entrée de la vallée, et dirige le comité de crise régional. En été, il habite à Roseto, l'un des douze hameaux du Val Bavona. C'est là qu'il se trouvait la nuit en question, lorsqu'une avalanche d'éboulis s'est abattue non loin de sa maison.
Le choc de ce qu'il a vécu est encore profondément ancré en lui, même si trois mois se sont écoulés. Devant sa maison, au fond de la vallée de Roseto, où coule habituellement une paisible rivière, un gigantesque lac s'est formé. La rivière est devenue un torrent impétueux. De grands rochers sont encore couverts de débris, notamment des troncs d'arbres, qui témoignent de la montée spectaculaire du niveau de l'eau, de plusieurs mètres.
En descendant dans la vallée, nous atteignons peu après Cavergno le hameau de Mondada, où les intempéries ont rasé la «Capella d'Australia». Il s'agit d'une chapelle construite au 19e siècle par des habitants ayant émigré en Australie. La statue de la Madone a survécu à la furie des intempéries et a été retrouvée, gravement endommagée, dans le lit de la rivière.
«Elle devrait rester en l'état en souvenir de cet événement et ne pas être restaurée», estime Dadò. Il fait remarquer que ce n'est pas la première fois dans l'histoire que la vallée est frappée par une tempête désastreuse. Il montre une inscription sur un rocher: «Gesù Maria 1594 — qui fu bella campagna». Ce qui veut dire: «Jesus Maria 1594 — ici était une belle campagne» — une référence claire à une dévastation passée.
Les signes de destruction sont omniprésents, même si la route de la vallée a été provisoirement réparée, même aux endroits les plus critiques. Près de Mondada, des épaves de voitures gisent encore dans la boue. Les propriétaires devraient en principe récupérer ces restes de véhicules, estime Dadò. Pendant ce temps, des ouvriers sont occupés à poser une nouvelle conduite d'eau, l'ancienne ayant été entièrement détruite. Pour Cevio, il s'agit d'un approvisionnement en eau important.
L'ampleur de la catastrophe est particulièrement visible à Fontana, où le Grotto di Baloi a toujours été une halte agréable. Les masses d'éboulis qui se sont détachées d'une vallée latérale ont enseveli une grande partie de ce hameau. Des maisons gravement endommagées sont restées debout sur les bords de la coulée de boue. Dadò montre l'une de ces bâtisses:
A côté de la maison, il y a quelques fleurs en souvenir. Et, malgré tout, au milieu des éboulis, il y a un signe d'espoir, sur un balcon, on peut voir une banderole: «Fontana vive» («Fontana vit»).
Là où se trouvait une verte prairie s'étend un tapis de débris. Du pont romain en arc sur la rivière, il ne reste qu'une coque. Une pelleteuse déplace ici des roches, à proximité immédiate d'un gigantesque rocher qui a dévalé la montagne la nuit du drame. Dadò semble être un nain à côté de ce rocher de peut-être 15 mètres de haut.
Au total, sept personnes sont mortes dans le haut Val Maggia suite aux caprices de la météo. Une personne est encore portée disparue à ce jour.
Quelle est la suite des événements? «Le plus important est de sécuriser la route de la vallée», répond Dadò. L'objectif est de rouvrir la vallée au tourisme dès le printemps prochain. Des lieux comme Foroglio, avec sa célèbre cascade, pourront alors être à nouveau accessibles. Pour l'instant, ces lieux sont déserts, le parking est complètement vide et les grotti sont fermés.
Les communes de Cevio et Lavizzara ont déjà récolté 4,5 millions de francs avec leur propre collecte. «C'est très bien, mais ce n'est qu'un début», estime Fiorenzo Dadò. La reconstruction du hameau de Fontana, en particulier, nécessiterait beaucoup de moyens, mais aussi beaucoup de temps. «Cela prendra des années», ajoute-t-il. Un coordinateur doit être engagé pour le projet.
Pendant la période hivernale, la vallée n'est pas habitée. Mais deux autres problèmes importants doivent être résolus. Le canton doit redessiner les cartes des dangers. Cela pourrait conduire à des zones classées comme inhabitables, même si elles ont maintenant été épargnées par les intempéries. En outre, les autorités doivent s'occuper de la sécurisation des cours d'eau, par exemple par un dragage ciblé, afin de minimiser les risques d'inondation. Ce n'est vraiment pas le travail qui manque dans cette région de montagne.
Traduit et adapté par Noëline Flippe