La crise continue à la Comédie de Genève: «C'est un passage en force»
Dans la guerre qui opposent les pro et les anti-Chavrier, du nom de la directrice de la Comédie de Genève mise sur la touche depuis novembre dernier, les seconds viennent de remporter une bataille. Dans cette affaire, d’ailleurs, il faudrait peut-être davantage parler des pro et des anti-Bertossa, Joëlle Bertossa, la ministre de la culture de la ville de Genève, réputée hostile à Séverine Chavrier.
Revenons à la guerre. Lundi soir, le conseil de la Fondation d’art dramatique de Genève (FAD), l'instance de surveillance de la Comédie, plus grande scène romande de théâtre, a renouvelé son bureau, son gouvernement.
Duo de choc battu
A cette occasion, le président ad intérim du bureau de la FAD, l’avocat Philippe Juvet, du parti du Centre, décrit comme un protégé de Joëlle Bertossa par le camp adverse, a été officiellement confirmé à ce poste, aux côtés d’Anahita Najjari, du MCG, qui occupera la vice-présidence. Le ticket qui incarnait le renouveau dans la crise de la Comédie, Natacha Buffets-Desfayes, PLR, et Nicole Valiquer Grecuccio, PS, deux élues du Grand Conseil genevois récemment entrées au conseil de la FAD, a donc été battu. Il partait a priori avec très peu de soutien dans le conseil de la FAD, une douzaine de membres votants représentant notamment les partis politiques et le SSRS, le Syndicat suisse romand du spectacle.
Si la cuisine politicienne joue son rôle dans la délicate affaire de la Comédie, il en va d’abord de l'honneur d’une femme, Séverine Chavrier, accusée de «management toxique» par des témoignages jusqu'ici anonymes et qui s’en défend. Un article du magazine français Télérama paru lundi, jour du renouvellement du bureau de la FAD, n'épargne pas la directrice de la Comédie.
Un rapport et deux audits sont attendus incessamment au sujet de la crise de la Comédie. On sait d’ores et déjà que le rapport, dû à la commission des arts et du spectacle (CARTS) du conseil municipal (législatif) de la ville de Genève, est plutôt favorable à Séverine Chavrier, écartée physiquement de son poste par la FAD tout en étant maintenue dans ses fonctions. La CARTS estime qu'elle est victime d'une «cabale».
«Passage en force»
Avant même l’élection hier soir du bureau de la FAD, le président de la CARTS, Christian Zaugg (Ensemble à gauche), et la rapporteuse du rapport, Michèle Roullet (PLR), s’étaient élevés contre ce renouvellement jugé hâtif.
De l'avis de Michèle Roullet, avant de reconstituer son bureau, la FAD aurait dû attendre la parution du rapport de la CARTS et des deux audits, celui de la Cour des comptes sur la gouvernance de la Comédie et celui sur le climat de travail à la Comédie commandé par la FAD à un cabinet extérieur.
Le comédien Daniel Wolf, qui fut pendant près de vingt ans le représentant du syndicat des comédiens, le SSRS, à la FAD, a été auditionné par la CARTS et par la Cour des comptes. Il affirme:
«Je n’ai aujourd’hui qu’une préoccupation»
Philippe Juvet, le nouveau président de la FAD, réfute les critiques le concernant, entre autres celle qui le décrit comme juge et partie. Il rappelle qu’à l’époque où Séverine Chavrier a été mise sur la touche, il était membre du conseil de la FAD mais pas encore de son organe exécutif, le bureau.
A propos du rapport de la CARTS et des deux audits attendus, Philippe Juvet avertit:
150 personnes entendues
On apprend au passage que le cabinet chargé de mener l’audit RH sur le climat de travail à la Comédie sur mandat de la FAD «a entendu environ 150 personnes», indique Philippe Juvet. Lui-même affirme n’avoir pas pris connaissance encore du contenu de cet audit, terminé ou sur le point de l’être.
