«Une humiliation»: des stars du théâtre s'indignent de la crise à Genève
Le licenciement de Séverine Chavrier, «illégal» selon son avocat Romain Jordan, ne passe pas. Quatre jours après qu’il a été prononcé, près de 50 directeurs et directrices de grandes scènes nationales et de festivals, metteurs et metteuses en scène, en France, en Espagne, en Belgique et en Autriche, signent une lettre de soutien à la directrice de la Comédie de Genève, remerciée dans des circonstances troubles vendredi par son employeur, la Fondation d’art dramatique de Genève (FAD).
La missive, dont watson a obtenu copie, est adressée à l'exécutif de la ville de Genève, dont son maire Alfonso Gomez et la cheffe de la culture Joëlle Bertossa, ainsi qu'à la FAD.
Ce n’est pas la première fois que Séverine Chavrier reçoit du soutien de la part d’une partie de la profession. Mais cette fois-ci, on sent poindre une menace.
Jamais jusqu'ici, à notre connaissance, la Comédie de Genève, plus grande scène de Suisse romande, dotée d’un budget annuel de 12 millions de francs, n’avait été confrontée à pareille situation. Les signataires appellent «à la pleine réhabilitation de Séverine Chavrier en tant qu’artiste et directrice de la Comédie de Genève».
Les signataires haussent la voix face à de «telles pratiques», comme s'ils y voyaient une barbouzerie:
«Logiques d’humiliation» et «censure»
Ils déplorent la manière dont cette affaire politico-théâtrale a été traitée: «Le monde du théâtre repose sur la liberté de création, sur la confiance et sur la possibilité du débat contradictoire. Il ne peut prospérer dans des logiques d’humiliation publique, de discrédit personnel ou d’instrumentalisation politique.»
Dans leur lettre, les soutiens de Séverine Chavrier, comptant des scènes aussi importantes que La Colline, l’Odéon-Théâtre de l’Europe et les Amandiers à Paris, jugent sévèrement le rôle joué par le syndicat romand du spectacle. Ils parlent d'«entrave» et de «censure»:
Les signataires ajoutent: «Vues de l’étranger, ces sanctions prises à l’égard d’une metteuse en scène programmée au festival d'Avignon et au festival d’automne à Paris sont incompréhensibles.»
«Acharnement politico-judiciaire disproportionné»
Ils dénoncent un «acharnement politico-judiciaire disproportionné, un déchaînement médiatique ayant conduit à une mise en cause personnelle et professionnelle d’une violence rare». Ils affirment voir dans le sort fait la directrice de la Comédie un biais anti-féministe:
Les près de 50 auteurs et autrices de la lettre de soutien ne mentionnent même pas les critiques visant Séverine Chavrier, motif de sa mise à l'écart puis de son licenciement, faites jusqu’ici de façon anonyme et dénonçant chez elle un «management toxique et pervers».
Quelle sera la réponse des autorités municipales genevoises? Condamneront-elles une ingérence? Feront-elles valoir l'argent apporté par Genève dans des coproductions théâtrales internationales? Se diront-elles que la réputation de la ville, indépendamment des questions matérielles, est gravement en jeu? Joint par watson, un communicant de la ville indiquait mardi en fin d'après-midi ne pas être au courant pour l'heure de cette lettre de soutien.
