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Transports

Voici à quel point les personnes âgées sont dangereuses au volant

Voici à quel point les Suisses âgés sont dangereux au volant

En Suisse, les conducteurs âgés sont impliqués de manière statistiquement disproportionnée dans des collisions, parfois mortelles. Des voix se font entendre pour lutter contre ces drames évitables.
27.03.2026, 12:1727.03.2026, 14:00
Francesco Benini

Il y a quelques jours un conducteur de 87 ans percutait un groupe d’élèves en camp scolaire à Sedrun dans les Grisons. L'automobiliste aurait apparemment confondu la pédale de frein avec celle de l’accélérateur. Une femme de 47 ans est décédée et deux adolescents de treize ans ont été gravement blessés. Après ce tragique accident, une question s’impose: le risque n’est-il pas trop élevé lorsque des personnes âgées de 87 ans prennent le volant? La population doit-elle accepter d’éventuelles limitations de l’aptitude à conduire?

Les statistiques alimentent les inquiétudes: les jeunes conducteurs comme les plus âgés provoquent des accidents de la route plus souvent que la moyenne; en revanche, le risque est plus faible chez les usagers d’âge moyen.

28 accidents mortels par an avec une personne âgée

De nouvelles données de l’Office fédéral des routes montrent qu’en 2025, 5505 accidents impliquaient au moins une voiture dont le conducteur, âgé de 70 ans ou plus, était le principal responsable. En 2024, ce chiffre s’élevait à 5017 accidents. L’augmentation atteint donc près de 10%. Les conducteurs âgés de 18 à 24 ans ont causé moins d’accidents, soit 4900. Dans dix cas, ces accidents ont entraîné des décès. Les conducteurs de plus de 70 ans ont, quant à eux, provoqué 28 accidents ayant fait au moins un mort.

A 83-year-old senior during a road test with a so-called driving advisor in Muenchenbuchsee, Switzerland, pictured on May 15, 2008. The driving advising complements the mandatory study of the fitness  ...
Les conducteurs âgés ont tué 28 personnes en 2024.Image: KEYSTONE

Ces données interpellent. D’autant plus que le Parlement fédéral a décidé en 2018 de relever de 70 à 75 ans l’âge à partir duquel un contrôle médical obligatoire de l’aptitude à conduire est exigé. Cette modification est entrée en vigueur en 2019.

Depuis, le nombre de personnes de plus de 75 ans auxquelles le permis de conduire est retiré pour inaptitude physique augmente. Elles étaient 2028 en 2020, contre 4239 l’an dernier. Ainsi, de plus en plus de seniors ne sont plus autorisés à conduire, bien qu’ils le souhaitent.

ARCHIV --- ZUM THEMA KONTROLLUNTERSUCHUNG FUER SENIOREN-AUTOFAHRER STELLEN WIR IHNEN FOLGENDES BILD ZUR VERFUEGUNG --- Hausarzt Peter Zaech fuehrt am 19. August 2009 in seiner Praxis in Richterswil im ...
Une personne âgée lors d'un examen de la vue.Image: KEYSTONE

Cela ne change toutefois rien au fait que les seniors provoquent un nombre d’accidents supérieur à la moyenne. Est-il temps de durcir les règles? Oui, estime un médecin du trafic. Oui également pour Pro Senectute, la plus grande organisation spécialisée et de services dédiée aux personnes âgées en Suisse.

Le médecin du trafic Rolf Seeger juge regrettable qu’un cours d’une journée destiné aux médecins de famille n’ait pas été rendu obligatoire.

«Cette formation aurait montré à quoi il faut être attentif lors du contrôle médical de l’aptitude à conduire»

Faut-il instaurer une interdiction générale de conduire à partir d’un certain âge? Non, répond Rolf Seeger. Mais les capacités cognitives diminuent à partir de 80 ans:

«Il serait judicieux de procéder à un test d’aptitude chaque année dès 80 ans, au lieu de tous les deux ans. Cela contribuerait à améliorer la sécurité routière.»
Rolf Seeger, médecin agréé en médecine routière

Des contrôles pratiques seraient également utiles, mais ils sont actuellement rarement réalisés en Suisse. Selon Rolf Seeger, il serait souhaitable que des monitrices et moniteurs d’auto-école spécialement formés et habilités puissent assumer ou compléter cette tâche.

Un médecin spécialiste en médecine du trafic souligne: «Il ne doit pas importer qu’une personne ait des difficultés à faire ses courses sans véhicule motorisé. La seule question à trancher est: quelqu’un est-il apte à conduire ou non?» Il relève également que des restrictions peuvent être imposées sans que la personne ne doive rendre complètement son permis:

«Par exemple, les autorités peuvent ordonner qu’un conducteur âgé ne circule plus que sur certains trajets ou qu’il ne prenne plus le volant la nuit, parce qu’il voit mal dans l’obscurité.»

Le porte-parole de Pro Senectute, Peter Burri Follath, explique: «A l’âge de la retraite, fixé à 65 ans, les personnes en Suisse ont en moyenne encore environ 14 années de vie en bonne santé devant elles. Dans le contexte de l’augmentation du trafic individuel, Pro Senectute suggère toutefois de vérifier l’aptitude à conduire, dans des cas clairement définis, en alternance chez le médecin et au volant, chaque année. Cela améliorera la sécurité routière.»

Un consensus semble se dégager: un test d’aptitude annuel dès 80 ans, au lieu du rythme actuel de deux ans. Et ce test ne devrait pas se limiter au cabinet médical, mais aussi se dérouler en situation de conduite.

La balle est désormais dans le camp des politiciens. Mais les personnes âgées participent de manière disproportionnée aux élections et aux votations. Durcir les règles pour les conducteurs pourrait heurter une partie de l’électorat. Néanmoins, les chiffres des accidents plaident en faveur d’un contrôle renforcé de l’aptitude à conduire des seniors. (trad. hun)

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