Rösti ne convainc pas avec son plan pour les CFF
Les sommes en jeu sont considérables: d’ici 2045, le Conseil fédéral veut investir 24 milliards de francs dans le développement du rail et 11 milliards dans celui des routes nationales. La procédure de consultation sur le programme baptisé «Transports 45» est en cours. Le Parlement devrait se prononcer l’année prochaine.
Pour le rail, le projet élaboré par le département du ministre des transports Albert Rösti (UDC) prévoit, dans un premier temps, la réalisation de plusieurs grands projets ferroviaires, comme l’agrandissement de la gare de Zurich-Stadelhofen, une première étape de la gare souterraine de Lucerne ou la construction du tunnel du Grimsel.
Les premières réactions des cantons sont mitigées. La Suisse centrale accueille globalement favorablement le paquet, puisqu’elle doit recevoir des milliards pour une gare souterraine attendue de longue date. La Conférence des gouvernements de Suisse orientale critique en revanche le projet. Selon elle, celui-ci ne répond pas à l’ambition de mieux coordonner la planification du rail et de la route. Le timing visé manque de clarté et le Conseil fédéral négligerait les mesures complémentaires nécessaires.
Les cantons sont mécontents du projet
Le canton de Zurich formule des critiques similaires. Selon lui, les moyens prévus ne suffisent pas à financer les infrastructures complémentaires indispensables aux grands projets, comme les doubles voies, les aiguillages et l’allongement des quais. Sans ces aménagements, les investissements dans les grands projets ne produiraient pas les effets escomptés. Zurich demande également à la Confédération de renoncer aux nouveaux grands projets présentant un mauvais rapport coûts-bénéfices, comme le tunnel du Grimsel.
De nombreux cantons romands sont eux aussi mécontents des projets ferroviaires et déplorent le report ou l’abandon de grands projets dans leur région. Le canton d’Argovie réclame également des améliorations. La proposition de la Confédération pour le rail ne serait «pas aboutie»: il manquerait un concept d’offre fondé sur des critères d’exploitation et économiques ainsi qu’une vision à long terme des objectifs et du financement.
Il n’est guère surprenant que les cantons défendent leurs grands projets et se montrent critiques lorsque ceux-ci ne figurent pas dans les plans de la Confédération. C’était prévisible. Pour des raisons financières, la Confédération ne pourra pas satisfaire toutes les demandes.
Le patron des CFF s’exprimera bientôt
La Communauté d’intérêts nationale pour les transports publics (CITraP) formule désormais elle aussi des critiques. Dans un communiqué, elle dit «oui, mais avec des réserves» au projet. Elle exige toutefois, comme base du message de 2027, une offre contraignante pour le trafic grandes lignes, comme le prévoit la loi sur les chemins de fer.
Le Conseil fédéral doit en outre expliquer comment il entend combler le retard accumulé dans le maintien de la substance de l’infrastructure ferroviaire. Autre exigence: les projets d’aménagement déjà adoptés par le Parlement doivent être réalisés sans retard.
Cela vaut en particulier pour la nouvelle ligne Morges-Perroy, dans le canton de Vaud. Selon les plans de Rösti, celle-ci ne devrait être intégrée qu’à un message ultérieur, qui devrait être soumis au Parlement en 2031. La CITraP critique également le tunnel du Grimsel: elle demande son abandon en raison de son rapport coûts-bénéfices insuffisant.
La gare de Lucerne devrait en revanche être intégrée comme un projet global, «afin d’éviter une solution provisoire qui durera des décennies», Rösti prévoyant une réalisation par étapes. Présidée par la conseillère nationale verte Florence Brenzikofer, la CITraP demande par ailleurs que l’axe ouest-est soit inscrit parmi les projets clés, «y compris l’augmentation des capacités en Suisse orientale».
Afin de pouvoir financer l'extension du réseau ferroviaire, le conseiller fédéral Rösti souhaite prolonger pour une durée indéterminée le pour mille de la TVA, jusqu'ici temporaire, destiné au Fonds d'infrastructure ferroviaire (FIF), une initiative que la CITraR soutient. Cette augmentation permettrait d'améliorer l'entretien du réseau et de renforcer sa résilience. Un autre pour mille de la TVA était déjà versé au Fonds pour une durée indéterminée.
La consultation se poursuit jusqu’au 9 octobre. Une voix de poids manque encore: le patron des CFF Vincent Ducrot entend s’exprimer la semaine prochaine. (trad. hun)
