Les milieux économiques démontent «l'initiative du chaos» de l'UDC
Le 14 juin prochain, les Suisses vont décider s'il faudra interdire à la population helvétique de dépasser les dix millions d'habitants d'ici 2050. Telle est la demande de l'«initiative pour la durabilité», plus connue sous le nom de «Pas de Suisse à 10 millions!», que l'UDC a lancée en 2024. Concrètement, le texte exige que le Conseil fédéral et le Parlement «prennent des mesures» dès que la population résidante permanente dépasse les 9,5 millions de personnes.
Tous les autres partis s'opposent à l'initiative, mais pas uniquement. Ces dernières semaines, les milieux économiques sont également montés au créneau. Pas plus tard que ce mercredi, economiesuisse et l'Union patronale suisse ont publié une prise de position que la presse alémanique a qualifiée d'inhabituellement incendiaire. Les deux organisations qualifient le texte de «radical», voire d'«absurde», et écrivent:
Cette analyse partage les mêmes conclusions qu'un rapport d'experts mandaté par la Fédération des Entreprises Romandes Genève (FER), diffusé fin janvier. Ses résultats sont «sans appel» et démontrent «l’impact extrêmement négatif» que cette initiative aura sur «l'ensemble de la population suisse».
«Besoin crucial» de main-d'œuvre étrangère
Les arguments mobilisés sont essentiellement les mêmes. L'«arrêt total de l'immigration» préconisé par l'UDC provoquerait une pénurie de main-d'œuvre en Suisse. «Les marges de manœuvre en matière d’asile et de regroupement familial étant limitées, cette réduction impacterait essentiellement la migration de travail», avance le rapport de la FER.
Quelque 300 000 personnes en âge de travailler manqueront à l'appel d'ici 2050, selon les calculs des experts. Or, notre pays «dépend de cette main-d'œuvre» et en a «un besoin crucial», estiment economiesuisse et l'Union patronale. C'est précisément cette immigration économique qui «corrige» l'évolution démographique suisse: comme la population indigène vieillit, le nombre d'actifs diminue. Le document des deux organisations résume:
Les craintes de l'UDC risquent, en effet, de devenir bientôt réalité. Les prévisions élaborées par l'Office fédéral de la statistique (OFS) montrent que la population suisse pourrait dépasser le seuil des dix millions en 2040 déjà, voire en 2034, suivant le scénario choisi.
Indépendamment de l'année à laquelle cette limite sera franchie, les conséquences du plafond proposé par l'UDC seront «graves», préviennent economiesuisse et l'Union patronale.
Soins et assurances sociales perturbés
Les deux organisations dressent un tableau pour le moins apocalyptique de la situation: «De plus en plus d’entreprises seraient dans l’incapacité de trouver la main-d’œuvre adéquate en Suisse», estiment-elles.
Cela inciterait les entreprises à «délocaliser leurs activités», ce qui entraînerait «une baisse, voire une suppression d'emplois en Suisse». La pénurie de médecins et de personnel soignant provoquerait «une détérioration considérable des soins», tandis que les transports et les restaurants se verraient contraints de diminuer leur activité.
Autre problème: le financement des assurances sociales, en particulier de l'AVS. Ce dernier est assuré par les cotisations des personnes actives, dont le nombre diminue à cause du vieillissement de la population. Là encore, «l'immigration de main-d’œuvre contrecarre cette évolution», précisent economiesuisse et l'Union patronale. Une limitation «détériorerait encore la situation de la prévoyance vieillesse» et feraient «augmenter massivement» les charges de la population.
Les accords avec l'UE en danger
Dernièrement, les milieux patronaux soulignent que la mise en œuvre du texte de l'UDC risque de «semer le chaos» dans les relations avec l’Union européenne. «L’initiative vise la dénonciation de l’Accord sur la libre circulation des personnes», explique le rapport de la FER. «En raison de la clause guillotine, cela met en péril l’ensemble des Accords bilatéraux I».
Ces derniers ont toutefois favorisé «la productivité et la prospérité» de la Suisse, avancent economiesuisse et l'Union patronale, qui rappellent que l'UE «est et reste notre premier partenaire commercial». Pour cette raison, «une telle résiliation serait lourde de conséquences»:
Tout en invitant à «rejeter clairement» l'initiative, le rapport estime toutefois qu'il faut «prendre au sérieux les préoccupations de la population face à l’immigration» et liste plusieurs stratégies pour y parvenir.
L'UDC réagit
Une précision qui n'a pas suffi à calmer l'ire de l'UDC, laquelle a immédiatement réagi. Sur son site internet, le parti populiste dénonce «les élites économiques» qui se «moquent des préoccupations de la population suisse». Quel argument sera le plus convaincant? Réponse le 14 juin.
