La justice valaisanne a failli
Ce qu'il s'est passé ce jeudi matin à Sion n’est pas digne de la justice. Ni vis-à-vis des parents de victimes du drame de Crans-Montana ni vis-à-vis des prévenus, le couple Moretti. Alors qu’ils devaient être entendus dans les locaux de la Haute école spécialisée de Sion investie par le ministère public valaisan pour les besoins de l’enquête, les époux Moretti, arrivés libres et accompagnés de leurs avocats, ont été assaillis par des parents au comble de la douleur.
Les tensions se sont limitées aux insultes, mais l'échange aurait pu beaucoup plus mal tourner. Et ce ne sont pas les deux agents dépêchés par la police valaisanne – laquelle a dit qu'elle ferait mieux la prochaine fois – qui auraient pu contenir la foule en colère.
Les images du couple Moretti pris à partie
La justice est ce moment sacré entre l'inculpation et la décision des juges quand il y a renvoi devant un tribunal. Elle donne des droits aux plaignants comme aux prévenus, assistés de leurs avocats respectifs.
Ni la vengeance, ni le lynchage
La justice n’est ni la vengeance ni le lynchage. L’intégrité des personnes mises en cause ne doit en aucun cas être menacée. Ce jeudi matin, à Sion, elle l’était. Ce n’est pas normal. C’est grave. Les parents de victimes ne sont pas en cause. Qui, ayant perdu un enfant dans ce terrible incendie de la Saint-Sylvestre à Crans-Montana, ne serait pas pris de colère face à ceux qui avaient la charge d’accueillir en toute sécurité un jeune public ce soir-là ?
Editorialiste sur la chaîne française LCI, Christophe Barbier a parlé d’une «colère nourrie par le fonctionnement curieux de cette justice suisse». Il a raison, à ceci près qu’il s’agit de la justice valaisanne, fédéralisme oblige.
Tous les regards en Europe étaient braqués en direction du Valais dans les jours qui ont suivi la tragédie du Nouvel An. Ils le sont à nouveau après l’incident inacceptable à l’arrivée des Moretti ce 12 février pour leur audition. On ne comprend pas très bien la rencontre, organisée mercredi par la justice valaisanne, entre les parents de deux jeunes filles gravement brûlées et les époux Moretti. Il y a un lieu pour cela, c’est le tribunal.
On ne comprend pas très bien bien non plus, même si la procédure le prévoit, pourquoi les nombreux avocats des parties civiles assistent aux auditions des prévenus. L’instruction devrait pouvoir se dérouler sans pression extérieure, mais avec toute la détermination requise. Les magistrats ne sont-ils pas capables de poser eux-mêmes les bonnes questions?
Le déni
Depuis la survenue du drame, il y a comme un déni de son aspect hors norme. Au nom de la sauvegarde de l'exception cantonale, sinon suisse, il y a un côté «ça va aller» qui bafoue la réalité. Tout a très mal commencé: une dizaine de jours de flottement judiciaire, là où il aurait fallu agir très rapidement par des arrestations et des perquisitions. Le Valais est-il en mesure de poursuivre seul cette instruction? La question se pose sérieusement.
