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Gaza: la rentrée universitaire s'annonce tendue à l'Unige

A Genève, un appel à la grève étudiante est lancé en rapport avec Gaza. Un agenda du syndicat étudiant de l'UNIGE s'attire une condamnation du rectorat.
Affiche placardé dans l'enceinte de l'Université de Genève.image: montage watson

Des étudiants genevois accusés de mener une «dangereuse opération de propagande»

A Genève, un appel à la grève étudiante est lancé en lien avec la guerre à Gaza. Un agenda du syndicat étudiant de l'UNIGE mentionnant le groupe terroriste palestinien FPLP provoque la colère de la Cicad et une condamnation du rectorat de l'Université.
12.09.2024, 10:5313.09.2024, 08:12
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La mobilisation étudiante en faveur des Palestiniens de Gaza s'organise à l’approche de la rentrée universitaire, qui aura lieu au début de la semaine prochaine. Selon un témoin, une affiche au moins est apparue dans les couloirs d’Uni-Mail, haut lieu de l’occupation universitaire genevoise au printemps dernier en réaction à la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza à la suite des massacres du Hamas du 7 octobre 2023.

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L'affiche en question (photo ci-dessus) porte le message suivant: «Aide à construire la grève étudiante pour la Palestine. Contre le génocide et l’impérialisme.» On y lit qu’une «discussion de coordination pour la grève de l’Uni» est fixée le vendredi 13 septembre à 18h30 devant Uni-Mail. Elle sera suivie le 19 septembre d’une première assemblée générale «pour la grève des Unis et des écoles». Ces appels non signés à la mobilisation sont accompagnés d’un QR code.

En scannant le QR code, on tombe sur un contenu d'inspiration marxiste, derrière lequel se cache le Parti communiste révolutionnaire (PCR), en pleine opération d'entrisme universitaire depuis un an:

«La prochaine étape logique pour le mouvement de libération de la Palestine est une vague de grèves qui paralysera les universités et les écoles»

On y lit ceci encore:

«Nous forcerons les riches et puissants complices du génocide à nous écouter, et la victoire des étudiants sera l'étincelle qui déclenchera un mouvement de masse dans la société.»

L'agenda qui crée la polémique

Par ailleurs, le syndicat faîtier étudiant de l’Université de Genève (Unige), la CUAE (Conférence Universitaire des Associations d'Etudiant. e.x.s), a édité son traditionnel agenda à l’occasion de la rentrée universitaire. Un agenda émaillé de messages pareils à des maximes, rappelant des faits historiques. Certains de ces faits sont en rapport avec le conflit israélo-palestinien. Le parti-pris est propalestinien, anti-israélien.

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image: watson

Une note pour les dates allant du 8 au 14 septembre (photo ci-dessus) est illustrée par un dessin représentant le hall d’Uni-Mail, avec un fronton marqué d'un «Free Palestine», le tout surmonté du slogan «From the river to the sea» (de la rivière à la mer) entendu dans les mobilisations du printemps, référence à une Palestine «libérée» du fleuve Jourdain à la Méditerranée, signifiant implicitement la disparition d'Israël sous sa forme actuelle.

Mention du groupe terroriste FPLP

La date du 6 septembre renvoie, elle, au «55 ans du triple détournement d’avion par le front populaire de libération de la Palestine» – les avions, dont un de la compagnie Swissair, avaient été forcés de se poser en Jordanie. Dans la même note, la CUAE, revenant au présent, précise que le 6 septembre coïncide avec la «fin de la session» de plusieurs d’examens universitaires.

La note d'agenda du 6 septembre

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image: dr

D’autres notes font référence au conflit israélo-palestinien. Telle celle du 15 mai, qui évoque le «nettoyage ethnique qui forcera l’exode de plus de 800 000 Palestinien-ne-x-s chassé-e-x-s de leurs terres pas des milices sionistes». La note, opérant, là aussi, un retour aux réalités banalement étudiantes, est ainsi complétée: «Fin des retraits aux examens – Sciences.»

«Propagande sinistre et dangereuse de la CUAE»

Dans un communiqué daté du 11 septembre, la Cicad (Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation), basée à Genève, a réagi vigoureusement à l’agenda de la faîtière étudiante. Elle dénonce une «Opération de propagande sinistre et dangereuse de la CUAE».

La note se référant au triple détournement d'avion du 6 septembre 1970 a particulièrement retenu son attention. La Cicad écrit et rappelle:

«Le 6 septembre est indiqué comme étant l’anniversaire des "55 ans du triple détournement d’avion par le front populaire de libération de la Palestine". Le 6 septembre 1970, des terroristes du FPLP détournent 3 avions de ligne et prennent en otage 300 passagers, dont près d’une centaine de suisses. Les juifs avaient été séparés des non-juifs, libérant ces derniers en priorité. Rappelons tout de même que le FPLP est identifié comme organisation terroriste par l’Union Européenne et les Etats-Unis.»
Communiqué de la CICAD

La Cicad fait remarquer, à propos des notes de l’agenda: «Si la commémoration du génocide arménien a heureusement sa place, les autres génocides reconnus, en particulier celui des Tutsis et des victimes de Shoah sont occultés. Une absence troublante et qui pose question.»

Le rectorat condamne

Le rectorat de l’Unige, dont on connaît les relations tendues avec la CUAE, laquelle ne fait pas mystère de son positionnement à l'extrême gauche, condamne l’agenda de la faîtière étudiante dans un communiqué également daté du 11 septembre:

«A l’occasion de cette rentrée universitaire, la CUAE a mis à la disposition des étudiantes et étudiants un agenda gratuit contenant des messages et illustrations heurtant tant des membres de la communauté universitaire que de la Cité (réd: la communauté des citoyens). Nous les condamnons fermement; ils vont en effet à l’encontre des valeurs de respect, de diversité et d’inclusion que nous promouvons, et nous veillerons à remédier à cette situation.»
Communiqué du rectorat de l'Unige

Un «Town Hall Meeting» prévé le 18 septembre

Présidée par Audrey Leuba depuis le 18 avril, le rectorat se veut à la fois ferme et diplomate. Dans son communiqué, il écrit ainsi:

«Le conflit qui oppose Israël au Hamas depuis bientôt un an suscite une vive émotion et de nombreuses interrogations au sein de la communauté étudiante. Le Rectorat les a entendues et a mis sur pied un comité scientifique chargé d’y répondre, et dont les travaux sont en cours. Il a publié une prise de position sur le sujet et organise un Town Hall Meeting (réd: réunion publique) le mercredi 18 septembre afin de débattre de la place de l’Université dans le débat public, avec la communauté Unige et la Cité.»
Communiqué du rectorat de l'Unige

A propos de la liberté d’expression, le rectorat précise:

«La liberté d’expression, de débat et de dialogue sont des valeurs cardinales de l’Université. Face aux tensions et au durcissement des positions exprimées, le Rectorat rappelle que cette liberté est encadrée par des principes clairs qui la protègent: rejet de toute forme d’appel à la violence, de discrimination, d’islamophobie, d’antisémitisme, d’atteinte à la charte d’éthique et de déontologie de l’Université.»
Communiqué du rectorat de l'Unige

Contactée par e-mail par watson pour connaître sa réaction, la CUAE n'avait pas répondu au moment de la parution du présent article.

Un «accord» qui n'a pas tenu

Pour rappel, en juin 2022, le rectorat avait conclu un accord avec la CUAE à la suite de débordements de transactivistes contre des conférenciers dont le discours ne leur convenait pas. Aux termes de cet accord, la direction de l’Unige avait renoncé à déposer plainte pénale contre les transactivistes, soutenus par la CUAE. «Il s’agit de se mettre d’accord sur la reconnaissance des valeurs fondamentales que sont l’importance de la liberté académique, le refus de la violence et le respect dû aux personnes», déclarait à watson le directeur de la communication de l’Unige, Marco Cattaneo.

Subventions: les menaces de l'UDC

En janvier 2023, l’UDC genevoise menaçait de couper dans les subventions cantonales allouées à l’Unige en représailles à une action menée le 21 décembre de l’année précédente par des antifas contre Céline Amaudruz. La conseillère nationale UDC participait ce jour-là à une joute oratoire organisée dans les murs de l'Unige par deux associations étudiantes, Foraus et le Club genevois de débat. Il avait été dit à l’époque, sans qu'une preuve formelle fût apportée, qu’un membre de la CUAE figurait parmi les perturbateurs.

Sur fond de guerre israélienne à Gaza, qui aurait fait plus de 40 000 morts côté palestinien selon des bilans du Hamas, la rentrée universitaire s'annonce tendue à Genève et sous haute surveillance à Lausanne ou encore à Fribourg. L'impression qui se dégage des propos propalestiniens n'est plus une critique de l'Etat d'Israël, mais sa délégitimation. A Genève, le rectorat de l'Unige parviendra-t-il à éviter une nouvelle occupation, qui pourrait prendre la forme d'un mouvement de grève?

Elle a 9 ans et documente Gaza comme une vraie journaliste
Video: watson
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