Fête de jeunesse: «Si je ne me cache pas, je vais me faire violer»
A quelques jours du Rallye FVJC de Prévonloup, qui doit accueillir des milliers de visiteurs, une enquête de 24 Heures donne la parole à une quinzaine de femmes ayant fréquenté les jeunesses campagnardes vaudoises (FVJC), qui rassemble plus de 4000 membres actifs. Beaucoup décrivent des comportements banalisés: mains aux fesses, remarques humiliantes, pression sexuelle ou insultes.
«Je ne connais pas une fille qui ne se soit pas fait toucher les fesses au moins une fois dans une soirée», raconte une participante de 26 ans à nos confrères. Une autre affirme qu'«un homme m’a déjà coincée dans les toilettes d’un giron avec l’intention d’abuser de moi» avant de réussir à s’échapper. Une jeune participante explique avoir fui un garçon lors d’une soirée:
Une femme témoigne aussi de propos sexistes «largement banalisés» sous le couvert de l'humour dans ces girons.
Des affaires jusque devant les tribunaux
Certaines situations ont débouché sur des procédures judiciaires. Entre 2016 et 2025, la police cantonale vaudoise a recensé 19 infractions à caractère sexuel liées à des fêtes de jeunesse, dont quatre viols et plusieurs actes d’ordre sexuel sur mineurs.
Mais selon plusieurs témoins et le porte-parole de la police cantonale vaudoise, ces chiffres seraient largement «sous-estimés».
Un phénomène social
«La réputation fait le statut des individus. Dénoncer des faits, c’est s’éclabousser soi-même, mais aussi éclabousser tout le monde. Il y a donc une véritable omerta et une inversion de la culpabilité», analyse Alexandre Dafflon, sociologue de l’université de Lausanne, interrogé dans l’enquête de 24 heures. Il estime que les sociétés de jeunesse reposent sur «une organisation sociale très genrée», où certains comportements problématiques sont banalisés.
Selon lui, le poids du groupe et la réputation des membres favoriseraient aussi une forme de silence autour des violences sexuelles.
Des mesures prises
Face aux critiques, la Fédération vaudoise des jeunesses campagnardes a mis en place plusieurs mesures ces dernières années: affiches de sensibilisation, numéros d’aide ou encore le dispositif «Demandez Angela», déjà utilisé dans certains festivals pour permettre aux personnes en insécurité de demander discrètement de l’aide à un barman ou une membre du staff. Mais ces initiatives divisent les membres. Certains les jugent utiles, d’autres estiment qu’elles sont tournées en dérision ou considérées comme «un truc de gauchiste».
Pour plusieurs témoins, le principal problème reste surtout la banalisation de certains comportements et la difficulté à les remettre en question dans un univers encore largement dominé par les codes masculins et les rapports de groupe. (hun/jah)
