Un flou entoure cette campagne portée par des stars suisses
«Il élève la voix, tu baisses les yeux.»
«Il sait où tu es. Toujours.»
«Tu dis non. Il entend oui.»
Ces slogans, glaçants, percutants, sont visibles sur des affiches placardées en Suisse et diffusées sur les réseaux sociaux. Les avez-vous remarquées?
On vous les montre:
Il s'agit d'une campagne nationale lancée en novembre 2025 par la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider. Le but? Lutter contre les violences domestiques, sexuelles et de genre, dont les femmes sont les principales victimes. Une première en Suisse.
Réalisée par le Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes (BFEG), en collaboration notamment avec la Confédération, les cantons et les communes, la campagne sera déployée sur plusieurs années. Elle s'adresse aux victimes, certes, mais pas que. L'entourage et les auteurs seront également ciblés. L'objectif: sensibiliser sur la violence, encourager les personnes à en parler et proposer de l'aide.
Pourtant, malgré son caractère crucial, elle semble être passée inaperçue. Une situation qui a de quoi étonner, surtout que vingt-quatre célébrités suisses en sont les ambassadeurs. Parmi elles, les humoristes Yann Marguet et Frani Elle, le sélectionneur de l'équipe de Suisse de football Murat Yakin ou encore la journaliste Romaine Jean.
Relai sur les réseaux sociaux
Commençons d'abord par clarifier le rôle de ces ambassadeurs. Contactés par le BFEG fin 2025 «afin d’élargir la portée de la campagne et de toucher des publics variés», ils avaient pour mission de créer ou partager gratuitement au moins un post sur leurs réseaux sociaux dans le courant du mois de novembre. Celles et ceux qui le souhaitaient – huit au total – pouvaient également apparaître sur le compte Instagram officiel.
Les publications en question:
Une question se pose alors: aurait-il été possible d'en faire davantage pour que la campagne fasse plus de bruit? «Nous sommes dans une phase d’évaluation, répond Floriane Siegenthaler, spécialiste en communication au BFEG. Différentes options sont à l’étude afin de renforcer l’impact et la visibilité. A ce stade, il n’est pas encore possible de se prononcer plus précisément sur la suite.» Comprenez: pour le moment, aucune autre action impliquant ces célébrités n'est prévue.
«Ne pas rester silencieux»
Frani Elle, Yann Marguet, Murat Yakin et Romaine Jean se montrent favorables à poursuivre leur engagement. «Si j'ai l'occasion de parler des violences domestiques, sexuelles ou de genre en public ou de refaire un post sur mon compte Instagram, je le ferai sans hésiter», clame Frani Elle. L'humoriste explique d'ailleurs qu'en raison du personnage féminin qu'il incarne, il subit également des inégalités de traitement.
Même son de cloche chez Yann Marguet. Le Romand rappelle qu'il aborde la thématique des violences à l'encontre des femmes dans ses chroniques dès que l'occasion se présente. «Nous écrivons ces textes avec ma compagne Audrey, souligne-t-il, dans un échange qui nous permet de trouver les mots justes et d’être plus pertinents.»
De son côté, Murat Yakin soulève:
Et d'assurer qu'il s'engagera «ponctuellement» en faveur de la campagne «lorsque cela sera opportun».
Education et table ronde
Si Romaine Jean rejoint ses homologues en indiquant «se tenir à disposition», elle reste convaincue qu'«une campagne, c'est positif, mais que ça ne suffit pas». Selon la journaliste, le travail doit se faire dès le plus jeune âge au travers de l'éducation, dans les écoles en particulier.
Durant la discussion avec Frani Elle, une idée émerge. Celle d'une table ronde avec les ambassadeurs de la campagne, afin d'échanger sur les violences domestiques, sexuelles et de genre. Cela permettrait de faire écho à l'un des points forts de la campagne: l'explication. «Pourquoi les gens violents, principalement des hommes, se comportent-ils ainsi? C'est en le comprenant que les choses changeront», estime l'humoriste. Un avis que partage Yann Marguet. Il ajoute:
La prochaine étape clé de la campagne aura lieu au printemps prochain. «Ce serait bien de nous relancer à ce moment-là pour que l'on puisse en faire plus», suggère Yann Marguet. Dès le mois de mai 2026, en effet, un numéro central d'aide aux victimes de violences domestiques sera lancé. Les personnes dans le besoin pourront composer le 142 et s'adresser 24 heures sur 24 à un service centralisé, où elles pourront notamment obtenir les contacts vers des structures spécialisées. Une première en Suisse.
