Voici quelle est l'ampleur de l'aide sociale en Suisse
Le recours à l'aide sociale concerne environ 256 000 personnes en Suisse. Une très large majorité d'entre-elles respectent le cadre en vigueur, comme en attestent les chiffres publiés récemment par certaines villes suisses. L’année dernière, Winterthour a par exemple déposé 80 plaintes pénales pour un peu moins de 6% d'abus constatés.
Près de 3% d'inscrits
L'aide sociale concerne les personnes qui sont passées à travers tous les autres filets de protection sociale. Une aide est également accordée à celles dont le revenu et la fortune ne suffisent pas à couvrir leurs besoins vitaux. Un tiers des bénéficiaires exerce une activité professionnelle: il s’agit de ce que l’on appelle les «working poor», ou travailleurs pauvres.
En 2024, 256 000 personnes ont touché l’aide sociale en Suisse. Cela correspond à un taux de 2,9%. Après un an, la moitié des bénéficiaires ne dépend plus de l’aide sociale. Sur le plan légal, celle-ci relève des cantons et des communes.
A peine 1000 francs pour les besoins vitaux
La Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS) élabore des normes concernant le montant et les modalités du soutien financier.
Pour le forfait d’entretien, c’est-à-dire principalement les dépenses de la vie quotidienne, ces normes prévoient 1061 francs par mois pour une personne seule. Pour une famille de quatre personnes, ce montant s’élève à 2271 francs.
Les frais de logement et d’assurance maladie sont également pris en charge lorsque les subsides destinés à réduire les primes ne suffisent pas. A cela s’ajoutent des prestations circonstancielles, par exemple pour financer les activités extrascolaires des enfants ou une formation.
Une véritable mise à nu de la situation financière
Les bénéficiaires de l’aide sociale doivent prouver leur situation de détresse financière au moyen de nombreux documents. Ils doivent notamment déclarer l’ensemble de leurs comptes bancaires et fournir leurs contrats de bail et de travail, leurs décomptes de salaire ainsi que leurs décisions de taxation. Bref, une véritable mise à nu financière.
Les autorités vérifient généralement ces informations chaque année pendant la durée du soutien. Dès que leur situation financière s’améliore, les bénéficiaires doivent en informer les autorités.
Entre 3 et 5% d'abus à Zurich
Il n’existe pas de chiffres uniformes à l’échelle nationale. A Zurich, le taux se situe entre 3,5 et 5%. Certaines villes publient leurs chiffres, à l’image de Winterthour. En 2025, le taux d’abus y a atteint 5,6%, soit 298 cas. La Ville a déposé 80 plaintes pénales.
Au total, Winterthour a réclamé le remboursement d’un peu plus d’un million de francs. Dans 201 cas, le montant concerné était inférieur à 2500 francs; dans deux cas, il dépassait 50 000 francs. Ces perceptions indues étaient dues à des revenus et à des éléments de fortune non déclarés.
Des instruments contre les abus
«Ces dernières années, les autorités ont systématiquement perfectionné les instruments destinés à prévenir les abus», explique Markus Kaufmann, secrétaire général de la Conférence suisse des institutions d’action sociale. Des entretiens sont organisés régulièrement, des comparaisons sont effectuées avec des bases de données telles que le registre des véhicules à moteur et, selon les cantons et les communes, des inspecteurs sociaux peuvent intervenir.
Markus Kaufmann affirme que les autorités ont tiré les leçons du débat sur les abus mené dans les années 2000. Ces instruments doivent être utilisés de manière à détecter les abus de manière fiable tout en préservant les droits de la personnalité des bénéficiaires honnêtes. Lorsque les soupçons de perception indue se confirment, les prestations peuvent être suspendues. C’est notamment le cas lorsque les documents exigés ne sont pas fournis.
Le secret bancaire est préservé
Le secret bancaire des bénéficiaires est préservé tant qu’il n’existe aucun soupçon d’abus. En présence d’indices, les relations bancaires peuvent cependant être examinées et vérifiées. En raison du secret bancaire, les autorités ont toutefois besoin d’une procuration de la personne soutenue pour obtenir les informations souhaitées.
Les avoirs détenus à l’étranger sont signalés dans le cadre de l’échange automatique de renseignements.
Une surveillance possible en dernier recours
Une base légale cantonale est nécessaire pour la surveillance des bénéficiaires, car elle constitue une atteinte grave à la vie privée. Elle doit dont être proportionnée et reposer sur des soupçons concrets.
La loi zurichoise prévoit par exemple que cette mesure ne peut être employée que si les autres vérifications sont vouées à l’échec. En 2025, la Ville de Zurich a enregistré onze demandes de surveillance pour 16 600 bénéficiaires de l’aide sociale.
Une ville romande comme Lausanne recensait environ 4000 dossiers pour 6000 personnes aidées en 2025. L'hospice général de Genève compte, lui, environ 21 000 dossiers par an, pour un peu plus de 30 000 bénéficiaires. (btr/az)
