Suisse
Zurich

Un mouvement révolutionnaire: elle a participé aux émeutes de Zurich

Samedi soir, plusieurs centaines de personnes ont répondu à un appel à se rassembler sur la Langstrasse, à Zurich.
Samedi soir, plusieurs centaines de personnes ont répondu à un appel à se rassembler sur la Langstrasse, à Zurich. Image: keystone/watson

Emeutes à Zurich: elle refuse de condamner les violences et s'explique

Dans la nuit de samedi à dimanche, de violents affrontements ont éclaté à Zurich. watson s'est entretenu avec une manifestante et un criminologue au sujet de ces débordements.
04.11.2026, 18:5705.11.2026, 05:43
Aylin Erol
Aylin Erol

Alina* était sur place lorsque les barricades ont pris feu, samedi soir dans le quartier de la Langstrasse à Zurich. L'appel à manifester l'avait interpellée, explique à watson cette Zurichoise de 24 ans. Pour elle, «il s'agissait de dénoncer la manière dont le capitalisme et la crise climatique ravagent notre monde.» Ces questions préoccupent Alina, qui affirme:

«Pour les jeunes et pour ma génération, il n'y a aucune perspective d'avenir»

watson raconte comment elle a vécu les événements du week-end.

Une ambiance festive

Lorsqu'elle arrive à la Langstrasse samedi soir, l'ambiance lui semble d'abord pacifique. Alina raconte:

«Les gens dansaient»

De nombreux adolescents étaient présents. Elle poursuit:

«C'était agréable de se réapproprier la rue et de faire la fête ensemble dans l'espace public.»

Certaines personnes se seraient jointes spontanément au rassemblement. Presque tout le monde portait un déguisement ou dissimulait son visage. Pour se protéger, selon la jeune femme.

Protest 'On en a marre - en Suisse aussi' - All uf Zueri, all in K4, fotografiert am Samstag, 24. Oktober 2025 in Zuerich. (KEYSTONE/Christian Beutler)
Tout a commencé avec de la danse et des déguisements d'Halloween. Image: keystone

Plus tard, les manifestants tentent de se diriger vers l'Europaallee. «C'est là que des affrontements avec la police ont éclaté», explique-t-elle. Barricades en feu, gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc, attaques contre les forces de l'ordre. Alina affirme être restée en marge de la manifestation. Elle s'attendait à ce que des violences éclatent.

Alina conteste l'idée que les personnes extérieures n'aient pas pu reconnaître le caractère politique de cette mobilisation. Elle explique:

«Si on avait lu l'appel à manifester et qu'on s'était intéressé aux raisons des manifestations à l'étranger, on pouvait comprendre de quoi il s'agissait.»

Un «fossé se creuse»

L'appel qui circulait sur les réseaux sociaux faisait justement référence aux manifestations des jeunes en France. Pour Alina, les raisons de descendre dans la rue ne manquent pas non plus en Suisse:

«On pense toujours que les gens vivent tellement bien en Suisse. Mais ici aussi, le fossé entre riches et pauvres ne cesse de se creuser.»

Alina milite dans les milieux autonomes de gauche et se dit déçue par la politique institutionnelle parce, selon elle, les élus n'en font pas assez pour protéger le climat, parce que des migrants sont expulsés et parce que la Suisse exporte du matériel de guerre.

Les partis de gauche de la ville de Zurich, comme le Parti socialiste et les Verts, ont fermement condamné les violences. Mais eux non plus ne trouvent pas grâce aux yeux d'Alina. Elle les considère comme faisant partie de «l'Etat bourgeois».

Ein Wasserwerfer und Polizei bekaempft den Protest 'On en a marre - en Suisse aussi' - All uf Zueri, all in K4, fotografiert am Samstag, 24. Oktober 2025 in Zuerich. (KEYSTONE/Christian Beut ...
La police est intervenue à Zurich ce week-end.Image: keystone

Un «mouvement révolutionnaire»

Pour Alina, les événements de samedi soir, y compris les violences, étaient une protestation politique menée par un «mouvement révolutionnaire qui s'oppose fondamentalement au capitalisme et critique le rôle de l'Etat suisse».

Elle rejette les critiques des partis politiques selon lesquelles ces débordements étaient dépourvus de tout contenu politique. Elle dit:

«Qu'est-ce que ça veut dire, chercher uniquement la confrontation? Les émeutes sont aussi une expression du mécontentement»

Le montant des dégâts causés samedi soir n'a pas encore été chiffré. Une chose est sûre, de nombreuses dégradations matérielles ont été commises. Selon les informations de la police, les forces de l'ordre ont été attaquées et un policier suspecté d'avoir été contaminé par de la fumée a dû être temporairement hospitalisé.

Confrontée à ces faits, Alina répond:

«Je trouve injuste de considérer que seules les manifestations pacifiques sont légitimes. Il existe de nombreuses formes de violence»

Selon elle, la destruction de la nature par les entreprises extractives, les décès provoqués par les vagues de chaleur dues au changement climatique ou encore la mort de réfugiés en Méditerranée en font également partie. Elle ajoute:

«C'est une violence systémique qui coûte des vies humaines.»
Container brennen auf der Strasse beim Helvetiaplatz anlaesslich des Protest 'On en a marre - en Suisse aussi' - All uf Zueri, all in K4, fotografiert am Samstag, 24. Oktober 2025 in Zuerich ...
Des containers en feu dans le quartier de la Langstrasse. Image: keystone

Au cours de l'entretien, Alina évoque longuement les problèmes de société et la violence structurelle. En revanche, malgré plusieurs relances, elle refuse de prendre ses distances avec les violences commises par les manifestants.

Au contraire, elle tire un bilan positif de cette soirée de samedi. Elle affirme:

«C'était une soirée intense. Les gens ont fait preuve de beaucoup de courage et étaient très en colère»

Les violences de cette nuit-là font désormais l'objet d'enquêtes.

L'extrême-gauche en action

Pour le spécialiste de l'extrémisme Dirk Baier, le fait que des manifestants comme Alina considèrent les dégradations et la violence comme des moyens légitimes de protestation relève d'une «vision d'extrême gauche». Le criminologue explique:

«Si l'on se dit qu'on fait du mal à une personne, on éprouverait probablement certaines réticences à agir. Mais lorsqu'on considère quelqu'un comme un ennemi et comme une partie d'un système, on le déshumanise.»

Selon Dirk Baier, l'idée d'agir contre un système permet de se décharger de sa responsabilité. C'est notamment le cas lorsque des manifestants s'en prennent aux policiers. Il précise: «Mais cela n'excuse rien.»

Sur l'intervenant

Dirk Baier est sociologue et criminologue à l’Université de Zurich. Il dirige également l’Institut de recherche sur la délinquance et la prévention de la criminalité de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW). Ses recherches portent sur la délinquance juvénile, la violence et l’extrémisme.
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image: andrea zahler/chmedia

Il estime toutefois qu'il serait erroné de délégitimer les revendications à l'origine de la manifestation. Dirk Baier explique qu'il s'agissait de sujets qui préoccupaient les jeunes. Une grande partie des participants sont restés pacifiques. Il ajoute:

«Mais la manifestation a été récupérée par des personnes qui en ont profité pour franchir le pas de la violence»

Selon lui, les émeutes comme celles de samedi soir visent avant tout à attirer l'attention sur des revendications politiques et, par ce biais, à rallier de nouvelles personnes au mouvement. Dirk Baier explique:

«Le but n'est pas vraiment de faire avancer des causes concrètes, comme la pénurie de logements ou la protection du climat, par ce type d'actions. Les manifestants veulent montrer qu'ils dérangent et qu'ils sont capables de tenir tête à l'Etat et à la police.»

Il faut laisser agir l'Etat

Face aux responsables politiques qui réclament désormais un durcissement de la législation, le chercheur appelle néanmoins à la prudence. Selon Dirk Baier, c'est aux autorités de faire la lumière sur les événements. Il explique:

«Nous n'avons pas besoin de nouvelles lois, qui ne pourront de toute façon pas empêcher ce genre d'émeutes. Et nous n'avons pas non plus besoin de menaces de fermeté, qui risqueraient de jeter encore davantage d'huile sur le feu.»

Il lance un appel:

«Laissons l'Etat de droit faire son travail»

Si les problèmes soulevés par les manifestations de jeunes ne peuvent être résolus du jour au lendemain, la politique devrait, selon Dirk Baier, offrir davantage de possibilités de participation aux décisions politiques. Il estime:

«Sur le principe, c'est une bonne chose que les responsables politiques montrent aux jeunes que leurs préoccupations comptent.»

Mais cela doit toujours s'accompagner d'une condamnation de la violence. (adapt. joe)

*Prénom d'emprunt

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source: sda / ismael herrero
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