«La Femme de ménage» avec Sydney Sweeney est un vrai plaisir coupable
Si vous ne mettez jamais les pieds dans une librairie, vous êtes peut-être passé à coté du phénomène littéraire de l'autrice américaine Freida McFadden. Son roman La Femme de ménage et ses deux suites figurent dans le top des meilleures ventes en Suisse romande depuis sa sortie en 2023.
Le secret de ce best-seller? Être complètement addictif. En effet, le récit est construit de telle sorte qu'à la fin de chaque chapitre, vous tombez sur un cliffhanger (une fin laissée en suspens) qui donne immédiatement envie de lire le chapitre suivant, à la manière d'un feuilleton. Ajoutez à cela son lot de mystères et de rebondissements, et vous obtenez dix millions d'exemplaires vendus à l'échelle mondiale.
C'était donc une évidence que ce récit était taillé pour le cinéma, et il n'aura pas fallu bien longtemps pour que le manuscrit de Freida McFadden devienne un scénario.
Produit par les actrices Sydney Sweeney (Euphoria) et Amanda Seyfried (Mamma Mia) qui tiennent les rôles principaux, La Femme de ménage est réalisé par Paul Feig, cinéaste qui nous avait plutôt habitués à la comédie, puisqu'on lui doit notamment la série culte Freaks and Geeks et les drôlissimes Mes meilleures amies (Bridesmaids), Les Flingueuses (The Heat) ou encore Spy.
Mystère et boule de gomme
Tout commence avec Millie Calloway (Sydney Sweeney), une jeune femme fraîchement sortie de prison qui doit montrer patte blanche pour ne pas y retourner. A la recherche d’un emploi qu’elle doit absolument garder, elle rejoint le couple Winchester, une riche famille new-yorkaise, pour travailler en tant qu'employée de maison.
Nourrie et logée au grenier de cette résidence cossue, Millie va voir son bonheur rapidement tourner au cauchemar lorsqu'elle va réaliser que Nina (Amanda Seyfried), la mère de famille, adopte un comportement erratique de plus en plus toxique à son égard. Quant au séduisant Andrew Winchester (Brandon Sklenar), le mari de Nina, celui-ci se montre de plus en plus charmant envers Millie...
La bande-annonce:
Comme le synopsis l’indique, on est bien face à un thriller domestique sur fond de triangle amoureux dans ce qu’il a de plus classique. Ajoutez à cela une bonne dose de kitsch, tant sur le fond que sur la forme: le milieu bourgeois dans lequel évolue Millie Calloway n’est pas sans rappeler la téléréalité The Real Housewives, tandis que le récit baigne dans une tension érotique digne de Fifty Shades of Grey, avec ses scènes de sexe accompagnées de musique pop ringarde, comme on en fait plus.
Pourtant, tout l’intérêt de La Femme de ménage, c’est que moins on en sait, mieux c’est. Le jeu de piste prend en effet une tournure inattendue, et c’est à partir de ce moment que le récit gagne une intensité et une profondeur plus que bienvenues.
À la manière d’une bouchée dont la fadeur s’estompe pour révéler tous ses arômes, le film finit par offrir une véritable explosion en bouche, et s'avère véritablement satisfaisant malgré des ficelles quelque peu visibles et une intrigue, qui, lorsqu'on l'expose, est quelque peu bancale.
Du cinéma fast-food
Si vous êtes cinéphile, la vision de La Femme de ménage vous évoquera inévitablement un autre film: Gone Girl (2014) de David Fincher, dont la structure narrative est en effet très proche. Ce qui distingue véritablement les deux œuvres, en revanche, c’est leur intention de cinéma et c’est précisément là que le film de Paul Feig montre ses limites. La mise en scène souffre d’une certaine platitude, et la photographie, extrêmement générique, donne parfois l’impression d’assister à une énième production sans âme pour Netflix.
Sydney Sweeney s'avère convaincante dans son rôle, malgré un début poussif. C'est dans la deuxième partie du film que l'actrice d'Euphoria donne enfin de la densité à son personnage.
L'épingle tirée du jeu revient à Amanda Seyfried, qui, dans ce rôle confinant à la folie, hérite de la meilleure partition du film et compose un personnage aussi fascinant qu’inquiétant.
Il y a une réelle alchimie entre les deux actrices malgré leur antagonisme, qui nous rappelle que Paul Feig n'est peut-être pas un grand metteur en scène, mais qu'il excelle lorsqu'il s'agit de diriger des femmes, comme en témoigne sa filmographie.
La Femme de ménage n’est pas un grand film, mais s’avère être un divertissement prenant et efficace du début à la fin. Le long-métrage est au cinéma ce que le livre dont il est issu est à la littérature: un produit formaté qui se dévore comme un fast-food, et dont on ressort à la fois un peu coupable, mais satisfait.
Son récit a surtout le mérite de mettre en exergue certaines luttes féministes, dont la violence domestique, en jouant avec les codes du thriller pour proposer une histoire à la finalité jouissive. Et pour ça, difficile de ne pas l’apprécier malgré ses défauts.
La Femme de ménage de Paul Feig sort au cinéma le 24 décembre 2025. Durée 2h05.
