Le dernier «Stars Wars» va décevoir les fans sur un point
Depuis près de 50 ans, Star Wars est omniprésent: jouets, vêtements, parcs d’attraction, boîtes de céréales, livres, jeux vidéos et autres déclinaisons sur Disney+… partout, sauf au cinéma. La dernière sortie, L'Ascension de Skywalker, en 2019, a été vécue par beaucoup comme l’épisode de trop, marquant le déclin de la saga aux yeux des fans, qui reprochent à Disney d’avoir trahi leur univers chéri.
Pour se faire pardonner, la maison-mère de Mickey Mouse a capitalisé sur sa plateforme Disney+ en livrant pléthore de séries dérivées issues de l’univers de George Lucas, que ce soit en animation ou en prises de vue réelles. Peu d’entre elles auront néanmoins marqué les esprits, à l’exception des deux saisons d'Andor (2022-2025) et de The Mandalorian (2019-2023), la première de toutes les séries estampillées Star Wars.
Sept ans plus tard, le pari est totalement réussi pour la société de production Lucasfilm, puisque la série a été un immense succès. Din Djarin, «Mando» de son petit nom, doit beaucoup au charisme de son interprète Pedro Pascal, mais c'est surtout son petit compagnon, Grogu, qui fait d'eux les nouveaux visages emblématiques de Star Wars.
Grâce à un habile mélange d’aventures captivantes, de mythologie et de fanservice, la série parvient à relier les films de la saga aux précédentes séries animées de manière cohérente en jouant la carte de l'attachement entre un bébé Yoda très (trop?) mignon et sa figure paternelle taciturne.
Après trois saisons, pas de quatrième: le duo emblématique revient sous la forme d’un long-métrage, faisant de The Mandalorian & Grogu le troisième film dérivé de la saga, après Rogue One (2016) et Solo (2018). Si ces deux derniers films avaient pour ambition d’explorer certaines zones de la mythologie de Star Wars, The Mandalorian & Grogu choisit de se concentrer sur l’aventure et l’humour plutôt que de s’inscrire dans l’histoire avec un grand H.
En effet, avare en profondeur scénaristique, la série créée par Jon Favreau (Iron Man) se savoure comme des aventures de héros de bande dessinée. La chronologie entre les épisodes VI et VII de la saga reste relativement nébuleuse. Ce format sous forme de chroniques, déclinables à l’infini, peut frustrer à une époque où les séries nous ont habitués à suivre un fil narratif continu.
Ceux qui espéraient voir The Mandalorian sur grand écran dans la lignée d'un épisode canonique de Star Wars risquent d’être déçus: il ne s’agit ni plus ni moins de deux heures d’aventures spectaculaires, mais anecdotiques. La trame globale de la saga reste fidèle à la série et n’avance pas plus loin. Un comble, puisque la série avait tout de même ses révélations et ses moments de gloire: qui pourrait oublier le final de la deuxième saison?
Point de prise de risques ici, les aventures du Mandalorien au cinéma sont cousues de fil blanc.
Un western spatial
En suivant les aventures d’un chasseur de primes, The Mandalorian s’est toujours présenté comme un western mêlant les genres au sein d’un univers de science-fiction, et le film ne déroge pas à la règle. Din Djarin (Pedro Pascal) travaille désormais pour la Nouvelle République, qui traque les anciens officiers de l’Empire.
La chute du maléfique Empire galactique a précipité la dispersion des seigneurs de guerre impériaux à travers la galaxie, dont la plupart se terre dans l’ombre et opérant dans la pègre. Mandaté par l’une des figures de la Résistance, incarnée par Sigourney Weaver, notre chasseur de primes et son petit protégé sont chargés de retrouver Rotta le Hutt (Jeremy Allen White), fils du célèbre Jabba, pour le compte du cartel des Hutts, en échange d’informations.
La bande-annonce:
A partir de là, le mode croisière est activé, avec la visite de différentes planètes: l’une évoque le New York de l’époque de la prohibition, donnant au long-métrage une ambiance de film noir; d’autres rappellent le western que les fans connaissent bien, ou encore la jungle terrifiante de la planète des Hutts, qui n’est pas sans évoquer Apocalypse Now.
A travers cet exotisme se mêlent scènes d’action, humour et moments épiques. The Mandalorian & Grogu se savoure comme un Indiana Jones de l’espace et constitue un excellent divertissement, que l’on ait ou non suivi la série pour en profiter pleinement.
Grogu mais c'est tout
The Mandalorian doit son succès à la mascotte que la série a créée, à savoir Baby Yoda, dont on connaît désormais le prénom: Grogu. Dans son film, ce dernier a désormais droit à des quêtes secondaires et à des scènes de bravoure dont il est difficile de ne pas avoir un sourire naïf en les regardant.
A l'époque du tout numérique, le film réussit à embrasser tout un pan de l'histoire du cinéma, où les êtres de synthèse rencontrent des marionnettes ou encore des robots géants animés image par image, comme à l’époque où l’ordinateur n’avait pas encore remplacé tous les effets pratiques. Le long-métrage a été réalisé avec le cœur, témoignant d'un véritable amour de l'artisanat, et cela se voit à l'écran.
Alors que James Cameron nous bluffait encore il y a quelques mois avec ses Na’vi d'Avatar en images de synthèse, le réalisateur Jon Favreau prend le contre-pied et s’amuse avec sa marionnette, plus vraie que nature et qui s’avère être un sacré morceau de technologie.
Cette marionnette robotisée dispose de servomoteurs capables de reproduire jusqu’aux micro-expressions. Un petit être de 30 centimètres qui nécessite cinq animateurs pour le faire vivre à distance. On retrouve ici la magie des années 80, comme si Yoda de la trilogie originale n’avait fait qu’un avec Gizmo des Gremlins. Grogu n'a jamais été aussi vivant (et mignon).
Ce petit être de lumière aurait bien mérité que le film dont il est le héros explore un peu plus ses origines ou le chemin à parcourir. Même chose pour sa figure paternelle. Malheureusement, The Mandalorian & Grogu se contente d’aligner les coups de blasters et les courses-poursuites, pour en faire un film résolument fun destiné aux plus jeunes et à la vente de jouets par palettes.
Dommage pour les adultes qui espéraient approfondir la mythologie avec laquelle ils ont grandi: ils devront se contenter d’un film anecdotique à l'image du Mandalorien, tout juste présent pour empocher sa prime au box-office et ce, sans laisser de traces.
«The Mandalorian & Grogu »est sorti au cinéma le 20 mai 2026. Durée: 2h 12m.
