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Les youtubeurs donnent une fessée à Hollywood

Les youtubeurs donnent une fessée à Hollywood
Ils n'ont ni les budgets de Marvel, ni les équipes de Disney, ni les carnets d'adresses des grands studios. Pourtant, des youtubeurs sont en tra ...
Pendant longtemps, YouTube a été regardé avec une certaine condescendance par une partie de l'industrie culturelle.Image: watson

Les youtubeurs donnent une fessée à Hollywood

Ils n'ont ni les budgets de Marvel, ni les équipes de Disney, ni les carnets d'adresses des grands studios. Pourtant, des youtubeurs sont en train de faire mieux que bien des productions hollywoodiennes. Et de bousculer quelques certitudes bien ancrées dans une industrie vieillissante. Explications.
05.06.2026, 18:5905.06.2026, 18:59

Pendant des décennies, Hollywood a fonctionné selon des règles relativement simples. Pour réaliser un film, il fallait convaincre un studio. Pour convaincre un studio, il fallait avoir de l'expérience. Et pour avoir de l'expérience, il fallait... avoir réalisé des films. Oui, comme quand on vous demande 10 ans d'expérience dans un domaine qui n'existe que depuis un quart d'heure.

Puis internet est arrivé, et a commencé à démonter à coups de matraque ce qu'une industrie très fermée avait construit brique par brique durant des décennies.

Aujourd'hui, deux jeunes réalisateurs, issus de YouTube et de la Gen Z, sont en train de rappeler à l'univers impitoyable du cinéma qu'une bonne idée, un MacBook et beaucoup de talent peuvent parfois peser plus lourd qu'un budget à neuf chiffres.

Des youtubeurs réalisateurs

Le premier s'appelle Curry Barker. Il a 26 ans, s'est fait connaître grâce à ses vidéos sur YouTube et vient de réaliser Obsession, un film d'horreur indépendant qui a coûté moins d'un million de dollars selon les estimations.

Le second s'appelle Kane Parsons. Il est encore plus jeune; l'Américain est né en 2005. Adolescent, il s'était déjà fait remarquer sur YouTube grâce à ses vidéos inspirées du phénomène des «Backrooms», ces interminables couloirs jaunâtres et oppressants qui hantent depuis plusieurs années les recoins du web. Son adaptation cinématographique, Backrooms, a été produite pour un budget estimé à moins de dix millions de dollars.

Sur le papier, ces chiffres ne devraient pas impressionner Hollywood. Dans une industrie où certains blockbusters dépassent allègrement les 200 millions de dollars avant même le début de leur campagne marketing, un million ou même dix millions ressemblent davantage à de l'argent de poche qu'à un véritable budget de cinéma.

Et pourtant. Obsession a déjà rapporté plus de cent fois sa mise de départ au box-office mondial. Quant à Backrooms, il a lui aussi largement dépassé les attentes de ses producteurs, sans être encore sorti dans toutes les salles de cinéma. Comme le souligne le média Business Insider, ces deux films ont battu Star Wars: The Mandalorian and Grogu, de Disney, au box-office ce week-end.

La bande-annonce d'Obsession:

Vidéo: youtube

De quoi provoquer quelques sueurs froides dans certains bureaux climatisés de Los Angeles. Car le plus intéressant n'est peut-être même pas le succès commercial de ces films réalisés par des youtubeurs, mais ce que ces films racontent sur l'évolution du cinéma.

Le retour de bâton?

Pendant longtemps, YouTube a été regardé avec une certaine condescendance par une partie de l'industrie culturelle. La plateforme était souvent perçue comme le royaume des vidéos de chats qui tombent, des défis débiles et des influenceurs en mal d'amour à la recherche d'une validation extérieure.

Une sorte de cour d'école numérique, très éloignée du cinéma «avec un grand C», diront les plus conservateurs. Sauf que manifestement, certains d'entre eux ont oublié qu'une génération entière y a appris à filmer, monter, écrire, raconter des histoires et bidouiller des effets spéciaux.

En gros, pendant que les studios continuaient à dépenser des fortunes «parce qu'on a toujours fait comme ça», des adolescents passaient leurs soirées à apprendre sur internet. Gratuitement. Et quelques années plus tard, certains d'entre eux se retrouvent derrière la caméra de films qui attirent des millions de spectateurs.

Le parcours de Kane Parsons est sûrement l'exemple le plus flagrant de cette évolution, de ce glissement de YouTube au cinéma. Avant même d'avoir l'âge d'aller au cinéma voir des films interdits aux mineurs, il réalisait déjà des vidéos qui cumulaient des dizaines de millions de vues sur internet.

Quant à Curry Barker, il a passé des années à produire des courts-métrages et des contenus sur internet avant que son nom ne commence à circuler sérieusement dans l'industrie. Ils ne sont d'ailleurs pas des cas isolés. Le Financial Times rappelle qu'en janvier dernier, le youtubeur américain Mark Fischbach a lui aussi réussi son passage derrière la caméra avec Iron Lung, film réalisé pour environ quatre millions de dollars, pour en engranger plusieurs dizaines de millions au box-office.

Avant lui, les Australiens Danny et Michael Philippou avaient déjà effectué une transition remarquée de YouTube vers le grand écran. Les deux frères ont signé Talk to Me (2023) et Bring Her Back (2025), devenant au passage deux des nouveaux noms les plus en vue du cinéma d'horreur contemporain.

Ce qui démontre bien qu'Obsession et Backrooms ne sont pas des accidents, mais s'inscrivent plus largement dans une tendance.

Et Hollywood dans tout ça?

C'est là que le véritable changement se produit. La plateforme est progressivement devenue ce que Hollywood n'avait peut-être pas vu venir, soit une immense école de cinéma gratuite, ouverte 24/7, où les réalisateurs peuvent expérimenter, échouer, progresser et surtout trouver un public et se faire un nom avant même de signer leur premier contrat avec un studio.

Evidemment, pour l'heure, les grosses franchises continuent d'attirer les foules (si l'on met le dernier Star Wars de côté), et les studios restent capables de produire des films que les créateurs indépendants ne pourraient pas financer seuls.

Mais les succès récents de Backrooms et Obsession montrent qu'une partie du public est peut-être en train de rechercher autre chose. Des concepts originaux, une proximité avec le public, et des réalisateurs qui ne donnent pas l'impression d'être tous issus du même moule. De quoi «sauver» les salles de cinéma? Selon le Financial Times, pour Backrooms, 86% des spectateurs ont moins de 35 ans. C'est encore plus flagrant avec Obsession: la moyenne d'âge tombe à 18-25 ans (pour 75% du public).

Si l'on se fie à ces tendances, la prochaine grande révolution du cinéma ne naîtra sans doute pas dans un bureau de producteurs à Hollywood. D'ailleurs, elle est peut-être déjà en train d'être montée sur un ordinateur portable, quelque part entre une chambre d'ado et une chaîne YouTube.

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