Bad Bunny est une pizza dans «Toy Story 5» et ça pose une vraie question
Voilà 30 ans que Toy Story voyait le jour. Et comme Hollywood ne laisse évidemment jamais tranquille une machine à cash, Toy Story 5 sortira le mois prochain. Au casting: Bad Bunny dans le rôle d’une «pizza avec des lunettes de soleil». Oui, vraiment. Le chanteur portoricain prêtera sa voix à un jouet oublié «mystérieux et cool effortless», qui ressemble à une part de pizza portant des lunettes de soleil.
Ce n’est de loin pas l’apparition de star la plus absurde dans un film d’animation. Le titre revient sans doute à Sir Patrick Stewart, qui doublait en 2017 l’émoji crotte dans Emoji Movie — et qui semblait s’en amuser énormément.
Il expliquait adorer doubler des personnages animés: «C’est très libérateur, on peut faire tellement de bêtises.» Cela vaut probablement aussi pour beaucoup d’autres stars qui s’amusent dans les dessins animés. Mais toutes les voix de célébrités ne se résument pas à un simple gag.
Robin Williams reste légendaire à ce jour pour son rôle du Génie dans Aladdin en 1992 — un personnage dont il improvisait pratiquement tous les dialogues. Deux ans plus tard, Disney récidivait avec Le Roi Lion. Même les journaux suisses de l'époque mentionnaient avec excitation quelles célébrités prêtaient leur voix aux personnages: Matthew Broderick, Whoopi Goldberg, James Earl Jones, Jeremy Irons et, bien sûr, Rowan Atkinson, alias Mr. Bean.
Plus de stars, moins de contenu
Le remake en prises de vue réelles de 2019 a tenté de reproduire cette formule. Avec encore plus de célébrités, mais beaucoup moins d’âme. C’est précisément là le problème. Gang de requins poussait déjà le concept à l’extrême en 2004: Will Smith, Angelina Jolie, Renée Zellweger, Jack Black, Robert De Niro et Martin Scorsese ne se contentaient pas de prêter leur voix, les poissons animés avaient même été dessinés à leur image.
Pourtant, de véritables doubleurs auraient probablement fait un meilleur travail. Car un bon acteur n’est pas forcément un bon comédien de doublage.
Bien sûr, un caméo peut être amusant. Comme Michael Schumacher dans Cars, Bill et Tom Kaulitz du groupe Tokyo Hotel dans le nouveau film Les Minions, ou Martin Scorsese en robot dans l’actuel Star Wars.
Et certaines stars sont même réellement convaincantes. Outre Robin Williams, déjà cité, on peut penser à Eddie Murphy dans le rôle de l’Âne de Shrek. En francophonie, Alain Chabat en Shrek ou Emmanuel Curtil, la voix française culte de Jim Carrey et Chandler dans Friends, dans le rôle du dragon Mushu dans Mulan, ont eux aussi marqué durablement le public.
Impossible aussi de ne pas mentionner l’acteur Alan Tudyk, qui interprétait le coq Heihei dans Vaiana. Car les gloussements et les cris du volatile ne venaient pas d’un animal, mais bien de lui!
«Les enfants ne comprennent pas»
L’équilibre est fragile: prendre le risque de plus parler du film lui-même, mais uniquement des célébrités qui prêtent leur voix. Ou encore, pour le spectateur, de passer son temps à essayer de reconnaître qui parle pendant la séance, au lieu de se concentrer sur l’histoire.
Dans le cas de Toy Story, les producteurs misaient évidemment dès le départ sur la notoriété de Tom Hanks dans le rôle de Woody. Dans le quatrième volet, Keanu Reeves avait même droit à trois phrases. Et désormais, Bad Bunny. Peut-être pour que les parents y trouvent aussi leur compte?
Car même si les adultes ont évidemment le droit d’aimer les films d’animation, ceux-ci restent avant tout destinés aux enfants. Et, ironiquement, les plus jeunes ne connaissent souvent même pas les célébrités en question.
Tom Hanks lui-même racontait il y a quelques années: «Je croise souvent des parents avec leurs enfants dans les ascenseurs, et le père ou la mère disent avec enthousiasme: Hé, c’est Woody! Mais les enfants, eux, ne comprennent pas.»
(traduit et adapté par mbr)
