De nos jours, si les plateformes de streaming ont remplacé les chaînes de télévision, le cinéma connait toujours la crise. Pour répondre à cette dernière et faire revenir les gens dans les salles, le cinéma français a fait le même choix que les Américains en termes de divertissement: piocher dans les icônes populaires.
Si les Etats-Unis misent sur les comics books avec Marvel et son univers connecté, la France, de son côté, mise sur la littérature.
Ainsi, après avoir adapté les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas avec un dytique sorti en 2023 par Martin Bourboulon (Eiffel), c'est désormais Le Comte de Monte-Cristo qui a droit à un nouveau film, réalisé cette fois par Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière (Le Prénom).
Des adaptations qui peuvent paraître connectées puisque les réalisateurs du Comte de Monte-Cristo ne sont autres que les scénaristes des Trois Mousquetaires et que la production est la même pour les deux films.
Cependant, si le dytique D'Artagnan et Milady étaient des films quelque peu ratés à cause d'une photographie indigeste et d'une surabondance d’action, cette adaptation des mousquetaires de Dumas avait le mérite de remettre le romanesque du film d'époque sur le devant de la scène.
C'est ce que fait également Le Compte de Monte-Cristo avec un peu plus de brio, puisqu'il se pose en digne hériter des classiques du genre qui avaient émergé dans les années 1990, tels que Cyrano de Bergerac, la Fille de d’Artagnan ou encore la Reine Margot.
Si vous étiez assoupis en cours de littérature et que vous êtes passé à côté de ce monument, Le Comte de Monte Cristo est une longue histoire de vengeance, celle du jeune Edmond Dantès (Pierre Niney).
Arrêté le jour de son mariage pour un crime qu'il n'a pas commis, celui-ci va passer quatorze ans de détention au château d'If. Une prison de laquelle il parvient à s'évader grâce à l'aide d'un vieux codétenu qui, avant de casser sa pipe, lui indiqua l'emplacement d'un fabuleux trésor. Devenu immensément riche et complètement transformé, il revient sous l'identité du comte de Monte-Cristo pour se venger impitoyablement des trois hommes qui l'ont trahi.
Avec une durée dantesque de 2h58, un budget massif et un casting étoilé, le film produit par Pathé a mis le paquet pour faire de cette relecture un blockbuster en puissance, portée par de frêles épaules, celles de Pierre Niney.
L'acteur de 35 ans, qui nous avait habitués depuis quelque temps à nous faire rire, y est impressionnant de charisme malgré ses traits quelque peu grotesques lorsqu'il se déguise en Monte-Cristo. Durant toute la durée de film, l'acteur parvient à captiver toute notre attention dans la vengeance maladive de son personnage et impressionne par sa transformation de gendre idéal en un justicier impitoyable.
Une vengeance qui se mange froide et que l'on savoure grâce à une formidable direction d'acteur dans laquelle brille Bastien Bouillon, Patrick Mille et Laurent Laffite dans leur rôle de sales types que l'on va détester tout du long.
Quant à la distribution féminine portée par Anaïs Demoustier et Anamaria Vartolomei, les deux actrices donnent à leurs personnages une ambiguïté et une finesse rafraîchissante qui dénotent de toute cette masculinité toxique.
Les 1800 pages du roman, écrites en six volumes de 1844 à 1846, ont été adaptées près d'une trentaine de fois pour le petit et le grand écran. Cette nouvelle mouture résolument contemporaine permet de dépoussiérer l’œuvre d’Alexandre Dumas.
Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière sont parvenus à extirper ce qu'il y avait de meilleur en s'appropriant le récit, quitte à sabrer et réadapter le mythe pour en faire un grand film de cape et d'épée.
Une des grandes forces du film, contrairement aux Trois Mousquetaires et sa photographie brune-moutarde, est d'avoir tourné ce drame dans des décors naturels, avec un certain classicisme dans sa mise en scène. Avec ses belles images, son intrigue foisonnante en trois actes et sa tension qui ne redescend jamais, le comte de Monte-Cristo est un divertissement luxueux qui devrait toucher tous les publics.
On pourrait lui reprocher quelques anachronismes, tels que les maquillages trop parfaits des déguisements d'Edmond, ou encore des technologies mécaniques qui semblent un peu trop sophistiquées pour les années 1800, mais ce serait bouder son plaisir devant un divertissement hexagonal qui n'a rien à envier à la machine hollywoodienne.
Si le diptyque Les Trois Mousquetaires était un coup d'épée dans l'eau, Le Comte de Monte-Cristo est une fine lame qui maîtrise l'art de la touche. Il se pourrait qu'on ait là le seul bon blockbuster français de l'année, il serait donc dommage de passer à côté.
>> Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte est sorti dans les salles romandes le 28 juin 2024. Durée: 2h58.