Pourquoi la France est devenue la terre d'exil des acteurs
«J'adore la gastronomie, l'histoire, les gens.» La star de Breaking Bad, Aaron Paul, ne tarissait pas d'éloges, en décembre dernier, au moment d'évoquer son pays d'adoption dans une interview pour le média Travel + Leisure. Après les incendies qui ont ravagé Los Angeles l'an dernier, l'acteur a pris femme et progéniture sous le bras pour vivre son rêve européen et trouver de la baguette croustillante, en s'installant à Paris.
Une occasion pour ses enfants «d'apprendre une autre langue» et de «s'imprégner d'une culture», bien sûr, mais sans trop se dépayser non plus. Car Aaron Paul ne fait que rejoindre une diaspora croissante de personnalités hollywoodiennes ayant dit bye bye au pays de l'Oncle Sam pour goûter aux bons fromages et cépages français.
La tendance est telle qu'elle a fait immerger un néologisme: «Frollywood».
Représentant le plus emblématique de cet exode: George Clooney, évidemment, qui vient d'obtenir la nationalité française, malgré une maîtrise assez relative de la langue nationale. Ce qui ne semble pas gêner particulièrement l'acteur, bien installé avec sa femme Alma et leurs deux jumeaux de huit ans dans une bastide romantique du Sud de la France - non loin du domaine viticole de son pote Brad Pitt, Miraval.
Au-delà des clichés de la gastronomie et de l'architecture, l'acteur n'a jamais caché que son choix de s'établir en France était en partie motivé par des lois sur la protection de la vie privée plus strictes que dans son pays natal, ainsi que par le désir d'offrir à ses enfants une vie aussi «normale» que possible.
Des motivations politiques...
Mais ce départ est surtout politique pour ce fervent démocrate et farouche opposant à Donald Trump. Et George Clooney en a inspiré d'autres. A commencer par le réalisateur Jim Jarmusch, qui vient de demander la naturalisation française. «Paris est ma deuxième ville, après New York. J’en suis amoureux», confiait-il début janvier au Parisien pour souligner sa détermination.
Même son de cloche du côté de Lionel Richie, qui affirmait avec humour en février au Figaro que George lui avait «volé son idée» et qui réfléchit désormais à acheter une maison dans l'Hexagone.
Au-delà d'un rejet marqué de l'Amérique trumpiste par l'élite intellectuelle américaine, c'est aussi celui d'un Hollywood en perte de vitesse, durement éprouvé par les incendies de Los Angeles, la grève à rallonge des scénaristes et le Covid-19 que démontrent ces départs à la chaîne.
Artistiques et financières
La France, au contraire, incarne pour les acteurs une terre de liberté, où le cinéma est plus créatif, moins corseté. «Ici, ils découvrent un monde qui n’est pas verrouillé par les agents», expliquait le réalisateur Olivier Assayas dans Le Monde. «Moins d’enjeux, de risques, de loi du marché, comme à Hollywood où on est prompt à vous lyncher sur la place publique.»
Sans oublier qu'Hollywood s'est souvent retrouvé aux prises avec des guerres et conflits culturels parfois insolubles. Comme le rappelle le Daily Telegraph, le fait que le premier rôle de Johnny Depp au cinéma soit celui de Louis XV dans le film français Jeanne du Barry après ses démêlés judiciaires l'opposant à son ex-femme Amber Heard, est assez éloquent.
Moins moralisateur et, surtout, moins dispendieux. Grâce à un nouveau dispositif fiscal qui rend les tournages en France bien plus attractifs pour les studios et les chaînes de télévision, la France est devenue un pôle d'attraction majeur pour la production audiovisuelle. Les films et séries peuvent bénéficier d'un remboursement allant jusqu'à 30 millions d'euros.
Rien d'étonnant donc à ce que les grosses productions se soient multipliées chez nos voisins ces dernières années: The Killer (2023), Napoléon (2023), Le Dernier Duel (2021), Stillwater (2021), Mission: impossible. Fallout (2018), Dunkerque (2017), sans oublier les cinq saisons d’Emily in Paris ou encore la prochaine saison de The White Lotus, qui posera ses valises dans le somptueux château de La Messardière, à Saint-Tropez.
Si les Français continuent sur cette lancée, une nouvelle entrée pourrait bien définitivement faire sa place sur la page Wikipédia exhaustive qui recense près 60 surnoms donnés aux pôles de production cinématographique internationale: Frollywood.
