La prog de Paléo ressemble à n'importe quelle autre prog de Paléo
Chaque année, c’est le même rituel. Le Paléo Festival dévoile sa programmation, et pendant quelques minutes, toute la Suisse romande retient son souffle.
Puis viennent les réactions. Toujours les mêmes, il y a les enthousiastes, il y a les sceptiques... Et ceux qui lâchent inévitablement la même remarque d’une année à l’autre:
Le problème, c’est que cette année, même l’expression du réchauffé commence elle aussi à sentir le réchauffé.
On est en 2008?
En fait, en regardant la programmation 2026, difficile d’ignorer une petite impression d'être coincés dans une faille spatio-temporelle. Prenez Katy Perry, la tête d’affiche pop, par exemple. Icône incontestable de la fin des années 2000, début 2010, certes. Mais une artiste dont les plus gros tubes datent de l’époque où Instagram avait encore un filtre Valencia et où les gens achetaient des sonneries de téléphone.
Aujourd’hui, Katy Perry, c’est cette chanteuse dont on parle surtout pour l’étrange couple qu’elle forme avec Justin Trudeau, l’ex-premier ministre canadien. Mauvaise langue, vous dites? Mmhh, vous sauriez citer ces derniers tubes?
Même sensation avec Vanessa Paradis, Zaz ou Julien Clerc. Trois artistes respectables, mais dont la présence donne parfois l’impression d’avoir ouvert une playlist «la chanson française, 30 ans de tubes» par erreur.
Déjà-vu
Et puis il y a les artistes qui ne sont pas vintage, mais simplement très récemment passés dans la région. Asaf Avidan? Montreux Jazz 2024. Saint Levant et Theodora? Montreux Jazz aussi, l’année dernière. Bob Sinclar? Pully Live 2025. Orelsan? A l’Arena de Genève en mars, puis à nouveau en novembre.
Même Gorillaz, qui reste pourtant une belle prise, jouera à Divonne quelques jours avant son passage à Nyon. Si l’objectif était de créer un sentiment d’exclusivité, on repassera. D’ailleurs, si vous pensiez trouver cette exclu du côté des autres festivals romands… mauvaise nouvelle.
Festi’neuch a visiblement reçu la même playlist. On y retrouve par exemple Vanessa Paradis, Feu! Chatterton, Perceval, Miki ou encore le combo Vald x Vladimir Cauchemar x Todiefor. De quoi donner l’impression que les programmateurs de festivals romands ont un groupe WhatsApp très actif.
Mais attention, la programmation n’est pas catastrophique. Il y a même de jolies touches. Twenty One Pilots peut toujours retourner une foule. Amelie Lens apportera sa techno implacable. Et The Cure, même s’ils fréquentent Paléo avec la même assiduité que vous le stand de churros, reste un groupe de légende. Son premier passage remonte à plus de 40 ans: The Cure faisait déjà vibrer la région nyonnaise en 1985. Puis 2002, 2012, et 2019. Et 2026, donc.
Et même si Theodora, Saint Levant ou Bob Sinclar ont déjà fait danser les festivaliers en 2025, on est content de les voir revenir en Suisse romande.
Une prog’ très Paléo
Le problème n’est donc pas vraiment la qualité. C’est plutôt l’effet de surprise. Paléo a longtemps été ce festival capable de faire débarquer à Nyon des artistes improbables ou inattendus. Cette année, l’impression dominante est plus simple. Une programmation solide, mais confortable. Un peu comme cette vieille veste en jeans qu’on remet chaque été… à Paléo.
Et il faut reconnaître une chose aux organisateurs, c’est qu’ils peuvent se le permettre. Parce que le festival possède un superpouvoir que beaucoup lui envient: quoi qu’il arrive, ça se vendra. Malgré les commentaires acides sur les réseaux sociaux, les billets partiront en quelques minutes. Les parkings seront pleins. Les stands de pad thaï feront la queue jusqu’au lac.
Et au fond, beaucoup de festivaliers s’en fichent un peu de savoir si tel ou tel artiste est passé à Montreux, Neuchâtel ou Pully quelques mois plus tôt. Ils s'en cognent que chaque média (coucou) y aille de son petit commentaire pour parler de cette affiche.
Les festivaliers viennent aussi pour les copains, les bières tièdes, et «l’ambiance» sur la plaine de l’Asse qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Et pour cette étrange alchimie qui fait que, même certaines années où la programmation n'est pas complètement folle, Paléo reste Paléo. Et ça, c’est quelque chose qu’on ne peut pas enlever au festival, qui a construit cette identité affiche après affiche depuis des décennies.
Alors oui, celle-ci a un léger goût de déjà-vu, même si de belles surprises sont aussi de la fête. Mais comme chaque été à Nyon, on finira par s’y retrouver quand même. Avec cette veste en jeans usée et confortable. Bamboulééé!
