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Japon

Cet homme est le «maître des excréments»

Masana Izawa, le "maître des excréments".
Considérant que les toilettes et le traitement des eaux nécessitent d'énormes quantités d'eau, Masana Izawa préfère faire caca à l'extérieur.Image: AFP

Cet homme est le «maître des excréments» (et c'est très sérieux)

Pour le Japonais Masana Izawa, déféquer à l'extérieur est un réel art de vivre. Dans sa forêt privée, il en donne même des cours. Portrait d'une sommité d'un bien insolite domaine.
11.01.2025, 18:50
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Depuis plus d'un demi-siècle, Masana Izawa suit la même routine quand un besoin naturel se fait ressentir: il repère un petit coin propice dans sa forêt isolée du Japon et baisse son pantalon.

«Nous survivons en mangeant d'autres êtres vivants. On peut donc bien rendre à la nature nos excréments pour que les organismes du sol puissent les décomposer», explique cet homme de 74 ans à l'AFP. «On redonne la vie. Quel acte pourrait être plus sublime?», ajoute celui qui se qualifie lui-même de Fundo-shi («maître des excréments»).

Dans son domaine, c'est une sorte de sommité: il publie des livres sur le sujet, donne des conférences sur les excréments, les champignons et sa philosophie. Et les gens affluent dans son «Poopland» et sa Fundo-an («maison des excréments») en bois, vieille de plusieurs siècles, à Sakuragawa, au nord de Tokyo.

Là, dans sa forêt privée grande comme un terrain de football, les visiteurs reçoivent un cours accéléré sur la façon de «faire caca» en plein air.

Noguso (déféquer dans la nature en japonais) nécessite de creuser un trou, quelques feuilles pour s'essuyer, une bouteille d'eau pour se laver et des brindilles pour signaler l'endroit. Ce marquage permet de ne pas utiliser deux fois le même trou et de garder une trace du processus de décomposition.

«Touchez le dos de ces feuilles! Vous sentez à quel point elles sont douces? C'est plus agréable que du papier», dit-il à ses visiteurs du jour, en montrant des feuilles de peuplier argenté de la taille idéale d'une paume de main.

Pratique interdite au Japon

Izawa est un ancien photographe spécialisé dans la nature et notamment les prises de vue de champignons. Sa révélation sur les excréments a eu lieu à 20 ans lorsqu'il observe des personnes protester contre la construction d'une station d'épuration. Des manifestants qu'il qualifie d'«égoïstes»:

«Nous produisons tous des excréments, mais eux voulaient la station d'épuration mais qu'elle soit installée hors de leur vue!»

Considérant que les toilettes et le traitement des eaux usées nécessitent d'énormes quantités d'eau et d'énergie, il a préféré se mettre au Noguso. «Laisser la terre faire son travail est bien meilleur pour l'environnement», proclame-il... alors même que la pratique est interdite au Japon.

Pour prouver le bien-fondé de sa démarche, il déterre d'anciens trous qui, selon lui, démontrent que les excréments humains sont entièrement et rapidement décomposés, à condition de ne pas contenir de résidus d'antibiotiques. «Les champignons dégradent et transforment des organismes comme les animaux morts, les excréments et les feuilles mortes en terre nutritive, sur laquelle pousse une forêt», explique-t-il.

Goûter le sol, c'est dangereux

Izawa raconte que ses convictions inébranlables lui ont coûté cher - citant un voyage avec sa femme au Machu Picchu annulé après avoir appris que le célèbre site touristique péruvien était trop fréquenté pour qu'il puisse déféquer dans la nature. «J'ai mis mon couple en danger juste pour un seul noguso», dit-il en riant.

Il estime que le changement climatique et l'intérêt croissant pour des vies plus proches de la nature et durables peuvent convaincre d'autres amateurs, en particulier des jeunes.

Kazumichi Fujii, 43 ans, pédologue à l'Organisation japonaise de recherche et de gestion forestières est du même avis:

«C'est dû à la catastrophe de Fukushima, au mouvement de Greta Thunberg... à la méfiance envers les générations précédentes et au désir de modes de vie alternatifs»

Mais il prévient Izawa que ses méthodes ne sont peut-être pas aussi sûres qu'il le pense, en particulier son habitude de goûter le sol de «Poopland» pour démontrer le bien fondé de sa démarche.

La ville d'Edo, ou Tokyo de la période pré-moderne, utilisait les excréments humains pour fertiliser les terres agricoles, «mais environ 70% des habitants souffraient d'infections parasitaires», explique le spécialiste.

«On doit me voir comme un monstre», rit de son côté Izawa. «Mais c'est à cause de la société centrée sur l'humain. Dans tout le système écologique, aucun autre animal que les humains n'utilise les toilettes... l'humain est plutôt absurde à mes yeux».

Il espère maintenant vivement que son corps sera également décomposé dans la forêt au lieu du processus habituel au Japon qui consiste à être incinéré. «Je trouve que le but de la vie est de faire noguso», clame-t-il

Un robot en forme de caca mou pourra peut-être vous sauver la vie
Video: watson
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