Metallica a-t-il bien vieilli? On est allé vérifier à Zurich
Il faisait encore près de 30 degrés dans le stade du Letzigrund lorsque les quatre héros de Metallica ont traversé la foule en liesse au son d’AC/DC et d’Ennio Morricone. Une entrée de gladiateurs vers une scène à 360 degrés, installée au coeur du stade.
L’aire de jeu circulaire était entièrement entourée par le public, tandis que les quatre musiciens changeaient constamment de côté, contribuant ainsi à une expérience de concert immédiate et immersive, perceptible dans toutes les directions. La scène était encadrée visuellement par huit immenses tours cylindriques équipées d’écrans LED gigantesques et servant également au dispositif lumineux.
Zurich a sans doute vécu l’une des productions scéniques rock les plus spectaculaires de ces dernières années. Une mise en scène à la hauteur d’un groupe qui domine les scènes et les stades du monde entier depuis plus de quarante ans.
Mais la version 2026 de Metallica est bien plus qu’un déploiement de puissance et de perfectionnisme. Il est rapidement devenu évident pourquoi le groupe reste au sommet après plus de quarante ans de carrière. Le chanteur James Hetfield, le guitariste Kirk Hammett, le batteur Lars Ulrich et le bassiste Robert Trujillo débordaient d’enthousiasme et de plaisir de jouer. Hetfield, surtout, a impressionné par une présence scénique et une aura dont peu de gens l’auraient encore cru capable à ce niveau d’intensité.
Des classiques comme «Seek & Destroy», «Creeping Death», «One» ou «For Whom the Bell Tolls» ont déployé une puissance et une urgence capables de surprendre même les fans les plus aguerris. Dans le même temps, des morceaux de l’album controversé «Death Magnetic» (2008), comme «Cyanide» ou «The Day That Never Comes», ont connu une remarquable revalorisation sur scène. Ce qui manquait autrefois de dynamique dans les versions studio développait en concert une force sombre, presque inquiétante. Un son d’enfer sous une chaleur infernale.
Reprendre son souffle
Le groupe ne s’est réellement accordé, ainsi qu’au public, qu’un seul moment de respiration pendant la ballade «Nothing Else Matters» — ainsi qu’au cours de la reprise décontractée et presque improvisée du classique suisse alémanique «Alperose».
Ces courtes reprises interprétées par Kirk Hammett et Robert Trujillo font désormais partie intégrante du concept live de Metallica. Ces «Doodles», comme le groupe les appelle, reprennent à chaque fois des chansons liées au pays hôte et ont offert à Zurich, au milieu de cette gigantesque production de stade, un moment étonnamment spontané et rafraîchissant.
Metallica réussit l’équilibre entre mainstream et communauté metal. Malgré tout le bombastique et le gigantisme du spectacle, la performance est restée suffisamment brute. C’est probablement là que réside le secret de Metallica: le groupe connaît un succès colossal et est depuis longtemps devenu une institution mondiale. Mais il parvient encore à préserver et transmettre avec crédibilité l’énergie d’un groupe de metal affamé.
Les quatre musiciens ont pourtant atteint depuis longtemps un âge où d’autres groupes ne vivent plus que sur leur passé. Tous les membres ont désormais plus de 60 ans et ont pratiquement accompli tout ce qu’il était possible d’accomplir dans le rock. Certes, les concerts étaient autrefois souvent nettement plus longs et duraient fréquemment près de trois heures. A Zurich, le spectacle s’est achevé après un peu plus de deux heures — peut-être une concession à l’âge. Mais c’est précisément ce qui a rendu le set étonnamment concentré, dense et énergique.
Le public n’a pas assisté à une simple célébration nostalgique et autosatisfaite, mais à un groupe qui revient consciemment à ses racines. De nombreux morceaux rappelaient cette époque où le metal était encore considéré comme une contre-culture radicale et où Metallica incarnait la vitesse, l’agressivité et l’imprévisibilité.
C’est précisément là que réside encore aujourd’hui leur crédibilité particulière: malgré leur succès gigantesque, Metallica ne ressemble pas à une machine mainstream routinière, mais à un groupe qui a conservé le coeur de son énergie originelle. Metallica n’a pas simplement vieilli — le groupe a remarquablement bien vieilli.
