En armure, Orelsan a fait de Paléo son Broadway
Après tant d’années passées à l’écouter, Orelsan est un peu devenu cet ami commun qui, comme nous, a évolué au fil du temps. A Paléo, nous l’avons d’abord découvert dans son rôle de glandeur, lorsqu’il est venu rapper aux côtés de Gringe sous le nom des Casseurs Flowters en 2014. Il est ensuite revenu en 2018 pour nous rappeler que La fête est finie lors de son passage à l’âge adulte, puis en 2022 avec Civilisation, un album qui dressait un portrait du monde tout en interrogeant son désir de paternité.
Aujourd’hui père, Aurélien constate que la célébrité ne lui est pas montée à la tête, même si cela a failli arriver à plusieurs reprises. C’est d’ailleurs le point de départ de son film Yoroï, sorti l’an passé, et de l’album La Fuite en avant qui l’accompagne. Dans ce long métrage d'arts martiaux tourné au Japon, Orelsan, sur le point de devenir père, se retrouve prisonnier d’une armure légendaire et aux prises avec des yōkai, des esprits issus du folklore japonais. L’un d’eux devient même son double maléfique: OrelSama. Celui-ci ira jusqu'à s'approprier le spectacle, le temps de quelques morceaux, et ne manquera pas d'insulter le public au passage.
Yoroï: The Musical
C’est donc dans un décor aux couleurs du Japon qu’Orel nous fait danser, toujours accompagné de ses comparses de longue date, Ablaye, Skread et Phazz, ainsi que de son guitariste Eddie Purple. Le résultat prend des allures de spectacle cinématographique. Fidèle à l’univers de sa tournée, malgré des artifices moins nombreux — festival oblige —, Orelsan va déclamer ses textes dans lesquels il évoque ses angoisses liées à la célébrité et à la paternité, tout en nous rappelant que la fête n’est pas finie.
Elle ne fait d'ailleurs que commencer, lorsqu'il surgit sur la Grande Scène affublé du maillot du festival créé pour l'occasion dans le cadre de la capsule entre Paléo et sa marque Avnier, qu'il a co-fondée avec le créateur suisse Sebastian Strappazon. Une vidéo, tournée dans les coulisses du festival, va servir d'introduction, avant son arrivée triomphale.
Sur les écrans, un message d'avertissement nous prépare:
C'est d'ailleurs aussi le titre du morceau par lequel tout commence - et quel titre! Produit en collaboration avec Thomas Bangalter, la moitié du duo électronique Daft Punk, la chanson Yoroï pourrait mettre le feu à la moindre brindille du terrain nyonnais.
Accompagné de son fidèle complice Ablaye sur Basique , Orelsan fait littéralement trembler le sol poussiéreux de la plaine de l’Asse. Le premier moment d’émotion survient avec La Quête, chantée en chœur par le public. Le spectacle va prendre la forme d'une pièce musicale, à l'image de ce qui pourrait se faire à Broadway.
Ce musical s'articule autour du folklore japonais qui accompagne son nouveau film-album. Les décors évoluent à chaque titre, tandis que les projections impressionnantes nous rappellent que nous sommes face à plus qu'un simple concert.
On peut voir l’artiste apparaître à bord d’un van pour interpréter Ailleurs, avant de sauter dans un puits, et revenir plus tard, vêtu de sa flamboyante armure de métal. D'ailleurs, petite anecdote: le terme «Yoroï» (鎧) désigne l'armure traditionnelle japonaise. Voilà, maintenant vous savez.
Les nouveaux morceaux côtoient les anciens avec une fluidité impressionnante. Pour les fans comme pour les spectateurs déjà présents à Paléo en 2022, la sensation de déjà-vu aurait pu se faire sentir. Il n’en est rien, tant le fil narratif du concert permet à chaque titre de trouver sa place. En témoigne ce medley retraçant les différentes étapes de sa carrière, au cours duquel Orelsan, désorienté au fond de son puits, se remémore sa vie.
En quelques minutes, on remonte jusqu’en 2009, lorsque «Jimmy Punchline» décochait ses uppercuts, avant de traverser l’époque du Chant des sirènes, qui l’a rendu célèbre, puis celle des Casseurs Flowters, le duo formé avec Gringe. Ses collaborations les plus marquantes, La Pluie avec Stromae et Rêves bizarres avec Damso, viennent enfin rappeler qu’il fait partie des plus grands. A noter également la présence sur scène de Yamê, qui avait ouvert le festival en fin de journée. Ensemble, ils ont interprété Encore une fois, un morceau de l’album La Fuite en avant, sur lequel Yamê prête sa voix.
Orelsan forever
Orel, c’est un peu cet ami que l’on connaît par cœur et dont on ne se lasse jamais. A chaque visite, il nous ravit et nous rappelle à quel point c'est un artiste singulier dans le paysage du rap francophone. Inspirant, familier et fédérateur, le Caennais de 43 ans continue d'innover sans jamais décevoir.
Que ce soit lorsque l’ensemble du public chante à sa place A l’heure où je me couche ou lorsqu’il conclut son concert en nous rappelant que La Terre est ronde, avant de nous servir un dernier shot avec Du propre, Paléo s’embrase. Ici, il est chez lui: on l’aime et, quelle que soit la manière dont il reviendra, il sera toujours le bienvenu.
