Theodora est la «Boss Lady» qu'elle pense être
Theodora, c’est la nouvelle reine de la pop francophone. Reine, car elle a été sacrée comme telle en remportant cette année quatre Victoires de la Musique, puis cinq Flammes, s’imposant définitivement comme l’une des figures majeures de sa génération. Paléo le lui rend bien, puisqu’elle occupe la Grande Scène du festival entre Disiz et Gorillaz.
Une programmation qui a tout son sens, bien qu’on ne fasse pas vraiment le lien entre ces deux artistes français liés par un morceau commun et la tête d’affiche qu’est la formation de Damon Albarn. Disiz et Theodora sont désormais indissociables, puisque la chanteuse a posé sa voix en binôme sur le titre Melodrama, issu du (très bon) dernier album du rappeur. Devenue un véritable phénomène dans la francophonie, cette chanson pop aux accents rétro a battu le record historique de longévité en restant 23 semaines consécutives en tête des plateformes de streaming.
Autant dire que Melodrama et Kongolese sous BBL figuraient parmi les morceaux les plus attendus de la soirée, à en juger par la joie qu’ils ont procurée au public. Une situation assez ironique lorsque l’on sait que les deux titres partagent presque la même mélodie dans l’un de leurs couplets. Melodrama a évidemment été célébré en présence de Disiz, dont le virage pop lui a valu un immense regain de popularité. Son concert en première partie a su fédérer aussi bien les plus jeunes qui connaissent ses morceaux par coeur, que ceux qui l’avaient connu autrefois sous le nom de «Disiz La Peste».
Theodora: Vice City
Il n’aura pas fallu attendre très longtemps pour voir Theodora briller sur la Grande Scène d’un des plus grands festivals d’Europe. Il y a encore un an, elle jouait dans la programmation gratuite du Montreux Jazz Festival, ce qui illustre bien le glow-up et l’ampleur du phénomène.
Lorsque la «Boss Lady» de 22 ans débarque sur scène, autant dire qu’elle en impose et que son surnom n’est pas galvaudé. Dans une scénographie inspirée de l’architecture américaine, dominée par un immense portique néoclassique à colonnes, Theodora déploie ses ailes dans un costume évoquant les showgirls de Las Vegas. Son corset et son tutu, ornés de plumes rappelant celles des flamants roses, sont d’ailleurs l’œuvre d’une créatrice helvétique, Sarah Bounab.
La direction artistique de Theodora puise dans de multiples influences. Elle s’inspire évidemment des États-Unis, mais aussi de l’esthétique des années 2000, avec des références qui vont des visuels kitsch et pailletés façon Skyblog, à l’univers du jeu GTA: Vice City, reconnaissable à ses néons et à ses grosses cylindrées.
Les jeux vidéo sont d’ailleurs mis à l’honneur tout au long du concert, de nombreuses références vidéoludiques venant ponctuer les images diffusées sur les écrans. Ses origines africaines irriguent également ses chorégraphies. Et le spectacle est au rendez-vous: la jeune femme fait preuve d'une agilité impressionnante, maîtrisant aussi bien le twerk que le grand écart.
Une étoile est née
La star franco-congolaise a livré un voyage musical inspiré de sa vie, issu de ses deux albums studio Bad Boy Lovestory (2024) et MEGA BBL (2025). Une vie qui commence, par ailleurs, dans notre beau pays, puisque Théodora, de son prénom, est née en 2003 à Lucerne, avant que sa famille ne trace sa route en Grèce, à La Réunion, et enfin à Saint-Denis, dans la métropole parisienne.
Sa famille n’est d’ailleurs pas très loin, puisque la plupart des productions sur lesquelles la chanteuse pose sa voix sont réalisées par son grand frère beatmaker Jean-Joseph, alias Jeez Suave, tout discret derrière sa table de mixage pour faire danser les milliers de personnes présentes. La Suisse sera également mise à l'honneur avec la présence sur scène de Supremenova, une artiste lausannoise d’origine camerounaise venue présenter un morceau.
Au-delà de sa musique, c'est surtout un véritable «girl power» qui émane de la chanteuse. Outre ses textes axés sur la fierté culturelle, l'émancipation corporelle et les relations toxiques, l'artiste déploie sur scène toute la puissance du féminin sacré. A seulement 22 ans, sa capacité à toucher le public rend ce concept ésotérique saisissant de vérité.
Le public, venu remplir la plaine de l’Asse, est en folie. Qu’il s’agisse des tubes Melodrama, Kongolese sous BBL, Fashion Designa ou Zou Bisou, il les connaît par cœur et en chante les paroles à tue-tête. Theodora se mêle même à la foule pour signer les pancartes tendues par ses fans des premiers rangs. Ce geste révèle non seulement sa générosité, mais aussi l’intensité du lien qu’elle entretient avec un public adolescent, parfois en larmes à l’idée d’être approché par celle qui est aujourd’hui devenue une véritable idole.
Il n’aura fallu qu’un an à cette étoile montante pour devenir une star capable de remplir les plus grandes scènes et confirmer pleinement son statut de «Boss Lady». Le public de Paléo en est témoin.
