A Paléo, Katy Perry s’est trompée de drapeau suisse
En 2026, il est encore possible de vivre sur la planète Terre et d’ignorer qui est Katy Perry.
Pour preuve, derrière nous, à cinq minutes du lancement du concert très attendu de la chanteuse américaine, un trentenaire confessait à son pote avec un rire nerveux qu’il n’a pas la moindre foutue idée de qui peut bien être «cette Katy Perry». Son pote éclate de rire, avant de lui dérouler le CV: les dizaines de millions de disques vendus, les milliards de vues cumulées sur YouTube, la fille embrassée avant que ce soit cool, son vol dans l’espace avec la femme de Jeff Bezos.
Quelques instants plus tard, l’inconnu se dandine comme tout le monde sur California Gurls et Teenage Dream.
C’est ça, l’effet Katy Perry.
Un show sans queue ni tête
Autour de la superstar de la pop emblématique des années 2010, affublée d’une sémillante cravate à paillettes et des inévitables bas résille, une armée de bodybuilders se trémousse en promenant des spitz nains en peluches, dans une immense salle de sport en carton-pâte, où une marguerite géante ondule devant un iPhone géant.
Oubliez la logique, Katy Perry l'a laissé au placard. C’est excentrique, c'est kitsch et ça part dans tous les sens. Mais c’est précisément ce qui fait son charme depuis bientôt vingt ans. La salle de sport géante laisse bientôt place à une odyssée spatiale, où OVNI twerkent joyeusement sur une version remixée de E.T. qui en ferait presque oublier l’originale.
Les tubes s’enchaînent sans respiration, avec une précision d’horloger suisse. Pas de surprise. L'invitée d'honneur de la Grande Scène sait exactement pourquoi son public s'est entassé dans la poussière et l'excitation de la plaine de l'Asse.
Si le play-back saute aux oreilles sur une bonne partie du concert, que les chorégraphies sont parfois brouillonnes et que certaines transitions donnent l’impression d'avoir été griffonnées à trois heures du matin sur un coin de nappe, peu importe. Katy Perry compense par son enthousiasme contagieux. Pétillante et acidulée, l'Américaine de 41 ans est restée cette éternelle adolescente qui refuse obstinément de grandir.
On la découvre aussi très drôle. Entre deux grimaces, elle chambre le public, y va de sa petite anecdote, mentionne sans gêne son voyage dans l’espace. Quant aux quelques «bouuuh» qui retentissent dans la foule, elle les écarte d'un large sourire et un énième tube iconique.
A aucun moment les couacs techniques n’entament jamais sa bonne humeur. Un bout de sein dépasse lorsqu’elle se change? «I’m sorry, my breast is falling out», plaisante-t-elle avec malice en ajustant son maillot. Son micro se décroche? Elle improvise pendant que les techniciens recousent le dispositif devant des milliers de spectateurs. Même un bug dans les sous-titres, affichés en italien plutôt qu'en français, ne fait vraiment tiquer.
Non, pas même un drapeau suisse très mal proportionné, que Katy Perry viendra planter au milieu de la scène et de son hymne Dark Horse. On lui accordera au moins qu'elle a prononcé «Nyon» de manière tout à fait honorable.
De Katy Perry, ce samedi soir, on retiendra moins la scénographie que son plaisir débordant d'être là. Avant de quitter la scène, la pop star ira jusqu'à consacrer dix bonnes minutes à ses fans, entre selfies, autographes, petits mots et gros câlins. Elle prend son temps. Comme si les milliers de personnes devant elle avaient presque disparu, au profit des quelques dizaines massées contre les barrières. Une générosité devenue rare à ce niveau de célébrité.
Tellement généreuse, en fait, qu’on a bien cru, l’espace d’un instant, que la chanteuse allait nous faire grâce d'une apparition surprise de son petit ami, Justin Trudeau, lorsqu’elle prie le public de bien vouloir applaudir son «boyfriend». Raté.
Si ce concert n'avait rien de révolutionnaire, en recyclant avec gourmandise tout ce qui a fait son succès en près de vingt ans de carrière, il a surtout rappelé une chose. Katy Perry possède un superpouvoir: être une formidable machine à tubes, doublé d'une personnalité joyeusement bordélique. Si bien qu'au terme de ce vol de près d'une heure et demie, personne n’avait plus vraiment envie de redescendre sur Terre.
