Ricky Martin a débarqué sur scène avec le maillot de la Nati
Il suffit de deux chansons pour comprendre que Ricky Martin n'est pas venu jusqu'à Pully (VD), près de Lausanne, pour capitaliser tranquillement sur sa gloire passée, assis sagement sur un tabouret.
A 22 heures, pendant que la Suisse dispute son match de Coupe du monde, le Portoricain ouvre avec Pegate, avant d'enchaîner avec María. Les premiers rangs sautent déjà, les téléphones se lèvent, les refrains résonnent dans un Pully Live Festival à guichets fermés. Difficile d'imaginer une entrée en matière plus efficace.
Le chanteur envoie si fort d'entrée que le concert finit par piquer légèrement du nez. Juste un peu. Au milieu du show, lorsque les morceaux moins connus s'enchaînent, les bras se lèvent un peu moins haut dans le public. Une respiration toutefois presque bienvenue; il aurait été difficile de maintenir le même niveau d'intensité. Car Ricky Martin, lui, ne ralentit quasi jamais.
Le chanteur de 54 ans danse à s'en déboîter la hanche, multiplie les tenues, du marcel noir au trench argenté porté sur son torse nu... avant de revenir à une chemise plus classique. On ne lui en voudra pas.
Surtout, il dévore la scène avec une énergie qui ferait pâlir plus d'un artiste de moitié moins âgé. Sa voix, elle aussi, impressionne. Les célèbres trémolos qui ont fait sa signature sont toujours là, parfois délicieusement excessifs, mais parfaitement maîtrisés. C'est d'ailleurs tout le concert qui repose sur cet équilibre improbable entre élégance et excès.
Flammes, paillettes et kitsch assumé
Sur les écrans géants défilent des flammes, puis des cartes de poker et une immense roulette de casino. Autour, les danseurs enchaînent les chorégraphies, pendant que les costumes passent du noir sobre aux paillettes les plus folles. Ricky Martin n'a jamais cherché à faire dans la demi-mesure. Et au fond, tant mieux.
Son univers est celui des années 1990 et 2000, une époque où la pop n'avait pas peur d'en faire trop, à l'image de tubes comme She Bangs ou de sa reprise de Private Emotion. Aujourd'hui, alors que cette esthétique retrouve ses lettres de noblesse, le chanteur semble presque redevenu tendance sans avoir eu besoin de changer quoi que ce soit.
Tout n'est pas irréprochable pour autant. Le duo virtuel sur Nobody Wants to Be Lonely, où Christina Aguilera n'apparaît qu'à travers des images diffusées sur les écrans, fait davantage penser à un vieux DVD de concert qu'à une mise en scène de 2026. Un des moments où le show bascule du bon côté du kitsch vers celui du franchement daté.
Le reste du temps, en revanche, Ricky Martin réussit exactement ce qu'il était venu faire: offrir une immense fête populaire. Il parle peu. Mais quand il le fait, c'est tantôt en anglais, tantôt en espagnol, souvent à grands renforts de «¡Baila, baila, baila!». Quand il s’exprime en français, le public explose.
Dans la foule justement, des trentenaires, des quadragénaires et des quinquagénaires sont venus retrouver, le temps d'une soirée, cette version un peu plus légère d'eux-mêmes qui dansait déjà sur María il y a 25 ans.
Ils croisent des fans latinos, des familles, des couples, des membres de la communauté LGBT+. Pas parce que c'est un sujet en soi, mais parce que ce point fait partie de l'univers de Ricky Martin depuis son coming-out. Tout ce petit monde chante à l’unisson les mêmes refrains. Les hurle, même, lorsque le chanteur balance Vente Pa' Ca ou Livin' la Vida Loca. Les tubes alternent entre l'espagnol et l'anglais, tandis que l’artiste danse avec ses danseurs comme ses danseuses avec la même sensualité.
La Suisse, la Nati... et The Cup of Life
Lorsqu'il prend davantage le temps de parler à son public en fin de concert, il explique que ce qu'il préfère dans son métier, c’est de voir se rassembler des personnes du monde entier. Say no more. Des dizaines de drapeaux surgissent au-dessus de la foule.
Le chanteur énumère ceux qu'il aperçoit. Porto Rico, le Brésil, le Mexique, l'Uruguay, la France... puis la Suisse, sous les cris du public. Le plus joli clin d'œil arrive pourtant quelques minutes plus tard.
Alors que la Suisse vient de battre le Canada à la Coupe du monde, Ricky Martin surgit avec un maillot de la Nati sur les épaules. «2-1 pour la Suisse!», crie-t-il presque aussi fort que David Lemos hurlant «GOAAAL» sur la RTS. Puis il (Ricky, donc) entame The Cup of Life, l'hymne du Mondial 1998. Difficile d'imaginer un final plus symbolique.
Il salue la foule et quitte la scène sur Nuevayol de Bad Bunny. Une fin très populaire, très foot, très latino. Celles et ceux qui avaient hurlé de joie en découvrant sa participation à la mi-temps du Super Bowl avec Bad Bunny apprécieront tout particulièrement.
Pendant une heure et demie, Pully aura eu un petit parfum de latino, entre nostalgie assumée et tubes intemporels. Ce n'était sans doute pas le concert de l'année. Mais ce n'était sûrement pas ce que les spectateurs étaient venus chercher non plus. Ils étaient là pour retrouver Ricky Martin. Celui qui, 30 ans plus tard, nous fait encore danser, avec son kitsch assumé jusqu'au bout des paillettes.
