Ce show romantique sur Netflix est une cuisante déception
On n'est qu'en janvier, mais le ressenti est plutôt de neuf mois et trois vies. Pour me changer les idées, j'ai eu la bonne idée d'aller sur Netflix pour m'enfiler un petit sandwich fast-food de télé-réalité bourré d'additifs hautement toxiques, comme des rencontres amoureuses filmées. Tout y est bien sûr assuré 100% vegan et naturel, mais évidemment, tout est mastiqué par des équipes de production à l'affût de la moindre miette de buzz.
Tout ça pour dire que j'ai cliqué sur la téléréalité Netflix Mon chéri coréen (en anglais: My Korean Boyfriend), disponible sur la plateforme depuis début janvier. Force est de constater que le style très scénarisé rappelle celui de Selling Sunset ou de Members Only: Palm Beach, où le divertissement semble l'emporter largement sur la profondeur des échanges. Résultat: je n'avais aucune attente, mais j'ai réussi à être déçue quand même. Si, si, ça arrive.
Chercher l'amour comme dans les séries
Pourtant, la ligne de départ me semblait assez cohérente. Dans Mon chéri coréen, l'on retrouve cinq Brésiliennes fort sympathiques, qui partent rechercher l'amour en Corée. Le show surfe bien évidemment sur l'attrait mondial toujours plus fort pour la culture coréenne, et pour toutes ses facettes, de la skincare au cinéma, en passant par la musique.
Les cinq jeunes Brésiliennes, bercées par des Kdramas dont Cha Eun-woo et Lee Jae-wook sont les héros, ont voulu en avoir le coeur net: est-ce que leur histoire d'amour en Corée du Sud sera aussi parfaite que sur petit écran?
On retrouve donc Camila Kim, 31 ans, née à Séoul et élevée au Brésil, qui revient au pays pour renouer avec ses origines, Katy Dias, 33 ans, Luanny Vital, 26 ans, mère célibataire, Mariana Tollendal, 28 ans, et Morena Monaco, 31 ans. Toutes retrouvent un homme coréen avec lequel elles ont échangé régulièrement sur les réseaux sociaux.
Camila Kim
Morena Monaco
Luanny Vital
Mariana Tollendal
Katy Dias
Des échanges loin d'être naturels
Malgré les quelques moments mignons où on a eu envie de faire «ooOOOOOOoooo» en fondant telle une glace Häagen-Dazs sur le boîtier d'une Xbox, le show nous a laissé, bien involontairement, un goût amer au fond de la gorge.
Déjà, même si l'émission dit avoir convoqué une équipe multiculturelle pour mettre tous les participants à l'aise, les échanges ont l'air tout sauf naturels. En témoigne une première rencontre où Luanny Vital fond en larmes devant son chéri, lui reprochant de ne faire que des promesses en l'air, de ne pas s'engager, et de dépenser trop d'argent.
«My Korean Boyfriend» | Trailer
Le téléspectateur a non seulement l'impression de débarquer comme un voyeur au beau milieu d'une scène de ménage qui ne le regarde pas, mais aussi d'avoir loupé dix épisodes. D'où nous jette-t-on sans crier gare au beau milieu d'un drama, pour lequel on n'a pas eu d'échauffement? Car oui, nous, les amateurs de téléréalité de dating de haut niveau, on a besoin d'échauffer nos opinions, comme un boxeur ses articulations.
On doit prendre le temps d'aiguiser finement la lame de notre jugement, pour trancher de façon nette qui, de Gertrude ou Jasmin, a eu raison de claquer la porte ou de fondre en larmes.
Or, si l'on en croit les réactions de nombreux internautes, l'émission table sur du drama gratuit, sans construction interpersonnelle au préalable, et donne naissance à des conflits qui semblent aussi fake que malaisants.
Parfois, l'on se sent mal pour l'un ou l'autre des participants, comme lorsque Morena Monaco se prend un tacle de la part de son chéri, en raison de ses tenues jugées non-présentables. A croire que le mot d'ordre de la prod était: «Rencontrez-vous, mais faites en sorte que rien n'aille entre vous. Foutez bien tout en l'air, histoire qu'on ne s'ennuie pas».
Résultat? Les querelles sont tellement absurdes et décousues qu'elles font passer les prises de bec de Owning Manhattan pour un séminaire de diplomatie stratégique.
Une pile de clichés?
Si l'émission devait se donner l'ambition d'explorer les chocs interculturels au sein d'une relation, elle semble tout simplement battre le pavé à coups de gros clichés mis en scène, sans prendre la peine de frayer un chemin vers une réflexion constructive - ni même vers une dimension ludique ou bienveillante.
L'on trouve ainsi d'un côté les jeunes femmes brésiliennes dépeintes comme ultra-émotives et avides de se marier au prix de toutes les concessions et, de l'autre, de beaux jeunes hommes coréens qui ont du mal à tenir une conversation, tellement pris par leur propre vie qu'on a de la peine à imaginer qu'ils ont échangé plus de dix messages avec leur tendre moitié.
Il en ressort un produit où rien n'est fini et où tout semble tomber à plat de façon artificielle. A peine a-t-on le temps d'avoir le coeur ramolli pour Camila Kim, qui opère un important retour aux sources à Séoul.
Cerise sur le gâteau, certains internautes reprochent au show de fétichiser les hommes coréens et d'amplifier tous les clichés de la vie amoureuse à la coréenne. Selon le site k-gen.fr, de nombreux téléspectateurs ont eu l'impression que l'émission était «culturellement maladroite» ou «sur-romantisée».
Pour les bons points, on apprécie tout de même l'idée de fond, soit ce double regard sur la réalité des relations amoureuses. Au final, on a rien appris et perdu quelques précieuses heures de notre vie, mais si vous avez envie d'un moment de vide neuronal entre deux tâches prenantes, Mon chéri coréeen pourrait tout à fait être taillé pour vous.
