Cette série indigne le clan Kennedy: «Grotesque»
Du fric, de la fame, des paparazzis, une fin prématurée, dramatique et brutale: rien d'étonnant à ce que le réalisateur Ryan Murphy, au penchant assumé pour les histoires hollywoodiennes tragiques, ait jeté son dévolu sur le destin de John Fitzgerald Kenney Jr et de son épouse, la somptueuse Carolyn Bessette, pour cadre de sa dernière série, Love Story.
Diffusée depuis le 12 février sur Disney+ sous nos latitudes, le biopic revient sur la rencontre, en 1992, entre «John John», fils du défunt président JFK et de sa femme Jackie Onassis (alors sexagénaire affaiblie par un cancer, incarnée par Naomi Watts), et une communicante new-yorkaise, la flamboyante Carolyn.
Au fil des neuf épisodes, on assiste au rapprochement des protagonistes, absorbés par leurs existences et relations amoureuses respectives, avant qu'ils ne cèdent à leur alchimie dévorante. Le reste est une affaire de survie contre le poids de la machine médiatique et familiale... jusqu'à l'accident d'avion fatal du couple, en 1999.
Réactions ulcérées des Kennedy
Si les critiques de la presse spécialisée sont pour le moins divisées (Variety salue une série «captivante» et «touchante», quand le Guardian la juge de son côté d'un «ennui mortel»), et que Love Story obtient des notes honorables de la part de l'audience (77 sur Rotten Tomatoes et 7,7 sur IMDb), c'est auprès du clan Kennedy lui-même que l'œuvre de Ryan Murphy s'est attirée des foudres.
C'est tout particulièrement le cas de Jack Schlossberg, commentateur politique et démocrate convaincu et, accessoirement, neveu de John Fitzgerald Jr. Interrogé sur la sortie de la série dans l'émission «CBS Sunday Morning», le descendant est monté dans les tours.
«Ce type ne connaît rien à ce dont il parle, et il se fait un max de fric en étalant de façon grotesque la vie de quelqu'un d'autre», poursuit le trentenaire avec virulence, qui qualifie ce récent biopic de «fiction» avec un «grand F».
«J'aurais espéré que Monsieur Murphy reverse une partie de ses millions de dollars de bénéfices à certaines des causes défendues par John tout au long de sa vie», fait encore savoir Jack Schlossberg. «Il aurait peut-être pu donner une partie de cet argent à la bibliothèque JFK pour perpétuer la mémoire du président Kennedy, mais il ne le fait pas. Il gagne de l'argent. Ce n'est pas un documentaire.»
Interrogé sur les raisons de cette rancœur tenace à l'encontre de Love Story et de son producteur (d'autant que la famille Kennedy ne manque pas de films, séries, documentaires, livres et autres créations à son sujet), Jack Schlossberg souligne le contexte politique américain actuel, dominé par Donald Trump et, dans une moindre mesure, son cousin germain, le très controversé Robert F. Kennedy J., actuellement ministre de la Santé.
«On observe une forte désinformation et une instrumentalisation de l'image de la famille Kennedy, de ma famille, à un moment où nous ne pouvons absolument pas nous permettre de semer la confusion», s'inquiète encore Jack Schlossberg sur CBS.
Ce n'est pas la première fois que le neveu de «John John» s'en prend publiquement à Ryan Murphy, réalisateur prolifique connu pour American Horror Story, Monster, All's Fair ou, plus récemment, The Beauty. L'été dernier, en plein tournage de la série, le jeune démocrate de 33 ans lançait ses premières attaques sur son compte Instagram, dénonçant déjà un show «grotesque» qui «profitait» de l'héritage de JFK Jr.
De son côté, le principal intéressé avait déjà admis sa surprise face aux critiques intempestives du jeune Kennedy sur le podcast du gouverneur de Californie, Gavin Newsom, en juillet dernier. «Je trouvais étrange d'être en colère contre un parent dont on ne se souvient même plus», a lancé Ryan Murphy. Ouïch!
Quant à Brad Simpson, producteur exécutif de Love Story, il a déclaré au Hollywood Reporter qu'il comprenait, au moins en partie, la rancune du jeune homme: «Je comprends que cette série, que nous avons réalisée avec sincérité, relate également une tragédie dans la vie de certaines personnes.»
«Et pour tous ceux qui produisent des séries télévisées inspirées de faits réels, il est de notre devoir éthique envers les familles et nous devons aborder le sujet avec amour et bienveillance. J’espère que les téléspectateurs percevront notre sincérité. Ils verront que nous avons traité ce sujet avec amour et que nous souhaitions rendre hommage à la vie de Carolyn Bessette et de JFK Jr», insiste-t-il.
«Je peux comprendre qu'on puisse avoir une réaction avant même de voir le show, mais je dirais: "Regardez le show", car je pense qu'ils seront surpris de sa sincérité», conclut Brad Simpson. Dans le cas de Jack Schlossberg, on ignore si le neveu de JFK Jr a pris cette peine.
