L'ombre de Trump plane sur ce film ultra sensible
C'est peu dire que la sortie deThe Social Reckoning fait grincer quelques dents du côté de la Silicon Valley. A raison, sans doute. Car cette «suite» du film The Social Network, réalisé en 2010 par David Fincher, s'avère beaucoup plus frontale que le premier volet consacré à la création de Facebook par Mark Zuckerberg.
A présent, Aaron Sorkin, désormais réalisateur et scénariste aux commandes du projet, entend se pencher sur des révélations de l'ancienne ingénieure et lanceuse d'alarme Frances Haugen et du Wall Street Journal sur les rouages internes de Facebook et ce que l'entreprise savait réellement des effets néfastes de ses plateformes.
Trump mystérieusement absent
Le film examine également le rôle du réseau social dans la polarisation politique et la montée de l’extrémisme aux Etats-Unis, aboutissant, inexorablement, à l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021. Des évènements difficiles à dissocier de l'actuel président américain, Donald Trump, qui ne s'était pas privé d'attiser la rage de ses partisans en affirmant que l'élection de 2020 lui avait été «volée».
Or, il s'avère que le film d'Aaron Sorkin arrive au tour de passe-passe a priori impossible de ne pas mentionner une seule fois le nom du locataire de la Maison-Blanche, ce dont le réalisateur s'est expliqué dans une interview accordée à Politico. Assurant qu'il n'a reçu «aucune directive» du studio, Sony, de ne pas mentionner le nom de Donald Trump, le réalisateur explique que cette absence du président américain était son initiative.
«J'ai dit qu'on ne verrait aucun symbole de Trump. Pas même de casquettes rouges. (...) On verra des drapeaux américains, des drapeaux confédérés, mais il ne s'agira pas d'opposer les pro-Trump aux autres, ni même les républicains aux démocrates», justifie Aaron Sorkin.
Toujours selon le réalisateur, la mention de Donald Trump risquait simplement de constituer une source de «distraction» pour les spectateurs et de les détourner de l'intrigue principale. «Encore une fois, je me rends compte que ça va de toute façon tourner autour de cet autre chose. Mais je préfère ne pas être impliqué», a-t-il.
Un des films les plus sensibles de l'année
Pas faute pour le film et son créateur d'être déjà impliqués dans une polémique plus large entourant plusieurs productions consacrées aux pontes de la tech. Le cas le plus emblématique est Artificial, qui revient sur la crise survenue chez OpenAI en 2023, avec l'acteur Andrew Garfield dans le rôle Sam Altman. Selon Variety, le créateur de ChatGPT était présenté sous un jour particulièrement peu flatteur.
Or, en juin 2026, Amazon MGM a brusquement abandonné le projet, après l’avoir financé à hauteur d’environ 40 millions de dollars. Hasard ou non, quelques mois auparavant, Amazon avait conclu un partenariat massif avec OpenAI, comprenant jusqu’à 50 milliards de dollars d’investissement. La société de production a démenti tout lien entre les deux évènements.
Même difficultés concernant Musk, documentaire de presque quatre heures d’Alex Gibney ouvertement critique envers le patron de SpaceX. En septembre, The Hollywood Reporter a rapporté qu’Universal envisageait de renoncer à sa distribution internationale, en raison du caractère politiquement sensible du documentaire. Le studio a toutefois démenti tout changement de plan.
Plusieurs obstacles de taille
Et même s’il n’a jamais été véritablement menacé d’abandon, The Social Reckoning a rencontré plusieurs obstacles assez révélateurs, à la fois juridiques, créatifs et liés au casting. Aaron Sorkin a notamment dévoilé au New York Times que Sony avait reçu des lettres de Meta pendant la production et décidé de faire appel à un cabinet d'avocats externe uniquement pour s'assurer de l'exactitude des faits présentés.
Cette vérification a réellement modifié le film. Arron Sorkin raconte, par exemple, qu’une scène faisait prononcer à un haut responsable de Facebook une insulte visant une ancienne employée. Les avocats ont exigé qu’il puisse démontrer qu’un dirigeant avait effectivement tenu de tels propos; faute de preuve, la réplique a dû disparaître.
Le film a aussi perdu deux figures essentielles de The Social Network. Jesse Eisenberg a refusé de reprendre le rôle de Mark Zuckerberg, malgré plusieurs jours de discussions avec Aaron Sorkin. Quant à David Fincher, premier choix pour réaliser cette suite, il était quant à lui indisponible, laissant Aaron Sorkin reprendre lui-même la réalisation.
Enfin, le film a connu trois jours de reshoots et des projections-tests particulièrement contrôlées, organisées devant de petits groupes d’employés de Sony afin de limiter les fuites. Aaron Sorkin assure toutefois que les scènes retournées ne résultaient pas des réactions mitigées à la bande-annonce, mais d’une volonté de peaufiner deux séquences avant la sortie. «Nous ne corrigions rien», a-t-il assuré à Vanity Fair. «On s'est dit: on aime vraiment ce film. Il est bon. Améliorons-le.»
Une chose est sûre: pour l'instant, ni Mark Zuckerberg ni son entreprise n'ont commenté ce projet. Interrogé récemment par Esquire sur la possibilité que ce dernier accuse à nouveau le film de mentir, comme il l’avait fait en son temps avec The Social Network, il a répondu en substance que le PDG était libre de dire ce qu’il voulait.
Une liberté dont Mark Zuckerberg pourrait bien faire usage à partir de la semaine prochaine, lors de sa sortie en salles. Car si Aaron Sorkin est parvenu à tenir Donald Trump et son nom à distance de ce récit explosif, il n’a pas tourné deux heures durant autour d’un sujet aussi sensible pour ménager Mark Zuckerberg.
(The Social Reckoning sort le 7 octobre 2026 en Suisse romande)
