Netflix dévoile son nouveau «Monstre» et cette fois, c’est une femme
Après Jeffrey Dahmer, les frères Menendez et Ed Gein, l’anthologie Monstre, qui dresse le portrait des meurtriers les plus emblématiques des Etats-Unis, consacre sa quatrième saison à une femme. L’une des rares, puisque l’histoire et les chiffres nous rappellent sinistrement que les auteurs d’homicides sont majoritairement des hommes (environ 90 %, si vous voulez des chiffres).
Après deux premières saisons qui nous replongeaient dans les années 1980 et une troisième qui s’inscrivait dans les années 1950, Lizzie Borden nous renvoie à une époque bien plus lointaine: en 1892, à Fall River, dans le Massachusetts. Fille d’un homme d’affaires aisé, cette jeune femme issue d’une bonne famille va se retrouver au cœur de l’un des faits divers les plus célèbres des Etats-Unis, puisqu’elle est accusée d’avoir tué son père et sa belle-mère à coups de hache.
Ryan Murphy a encore frappé
Pour les plus sériephiles d’entre vous, vous n’êtes pas sans savoir que Monster est produite par le prolifique Ryan Murphy. C'est l’homme derrière une pléthore de séries aux registres «same but different», allant du trash au glamour, mais qui ont toujours en commun un univers visuel ultra-léché, des propositions aussi audacieuses que maladroites, un goût prononcé pour la provocation et une mise en lumière récurrente des minorités ou des figures marginales. A cela s’ajoutent de nouveaux visages, mais aussi des acteurs et actrices qui reviennent régulièrement d’une œuvre à l’autre.
Pour incarner Lizzie Borden, Ryan Murphy a misé sur Ella Beatty, déjà vue en 2021 dans sa série Feud: Les Trahisons de Truman Capote. On retrouve également Charlie Hunnam, qui a accepté de rempiler dans cette série anthologique, puisqu’il incarnait déjà Ed Gein dans la saison précédente. Après être allé très loin dans l'incarnation du «Boucher de Plainsville», celui-ci passe désormais de bourreau à victime puisqu'il incarne le père de Lizzie. Rebecca Hall, qui avait déjà collaboré avec Murphy dans The Beauty en début d’année, y incarne sa belle-mère Abby, autre victime de ce meurtre sordide.
Au casting, on retrouve également Billie Lourd (American Horror Story) dans le rôle d’Emma, la sœur, ainsi que Vicky Krieps (Phantom Thread) dans le rôle de la gouvernante des Borden. Sarah Paulson, muse de Ryan Murphy, joue également une partition pour le moins surprenante: elle y incarne Aileen Wuornos, une tueuse en série née près de 70 ans après les faits.
Surnommée «La Demoiselle de la Mort», Aileen Wuornos a marqué l'histoire criminelle pour avoir tué sept hommes en Floride entre 1989 et 1990, ce qui a conduit le FBI à la qualifier (de façon erronée mais marquante pour l'époque) de «première tueuse en série d'Amérique».
Ce saut dans le temps n’est pas nouveau. Monstre : L’Histoire d’Ed Gein jouait déjà avec l’idée de montrer l’héritage d’une telle figure, que ce soit chez d’autres meurtriers ou à travers son influence sur la pop culture. Cette nouvelle saison reprend le procédé avec un pendant féminin, transformant l’affaire Borden en une réflexion sur la violence des femmes.
Ce qu’il faut savoir, c’est que l’anthologie Monstre a beau se présenter comme du true crime, elle prend de très grandes libertés avec les faits historiques et les événements réels. Elle s’inspire de faits avérés, mais les réécrit ou les modifie à des fins dramatiques et spectaculaires, ce qui lui vaut de nombreuses critiques, notamment de la part des personnes directement concernées par les affaires tragiques qu’elle dépeint.
Contrairement à d’autres œuvres qui s’arrêtent aux actes, la série de Netflix cherche avant tout à montrer que les «monstres» de la société ne naissent pas forcément ainsi, mais peuvent être façonnés par des failles systémiques. Elle se veut également une critique du voyeurisme médiatique qui entoure ces affaires.
Le paradoxe de cette saison
Dans la sordide affaire qui porte son nom, Lizzie Borden a beau avoir été accusée du double meurtre particulièrement barbare de son père et de sa belle-mère en 1892, elle fut finalement acquittée par le jury après seulement 90 minutes de délibération, laissant l’affaire officiellement irrésolue à ce jour. Cette histoire constitue ainsi l’un des plus anciens cold cases des Etats-Unis.
En effet, la défense reposait notamment sur les préjugés sexistes de l’époque victorienne: une jeune femme de bonne famille, pieuse, bien éduquée et investie dans l’église locale était alors considérée comme physiquement et moralement incapable de commettre un acte d’une telle sauvagerie.
Or, la série part du principe que c’est bien Lizzie Borden qui a assassiné son père et sa belle-mère. Le premier, dans le salon, aurait eu le crâne fendu en deux, tandis que la seconde, retrouvée dans la chambre d’amis, aurait été frappée à 19 reprises à coups de hache.
Dans les faits, plusieurs éléments ont alimenté les soupçons à l’encontre de Lizzie, notamment l’appât du gain, les relations conflictuelles qu’elle entretenait avec sa belle-mère et son père, décrit comme particulièrement avare, ainsi que son désir d’émancipation. Acquittée, Lizzie Borden a finalement hérité d’une partie de la fortune de son père et a vécu une grande partie du reste de sa vie coupée du monde, avec une femme.
De cette amitié fusionnelle avec l’actrice Nance O’Neil, qui pourrait aujourd’hui s’apparenter à une relation amoureuse, Netflix en a fait une relation ouvertement homosexuelle. Un choix artistique déjà exploré dans d’autres adaptations modernes de cette histoire médiatisée, comme le film Lizzie (2018), avec Kristen Stewart.
Selon cette théorie fictionnelle, popularisée pour la première fois par le romancier Evan Hunter en 1984, Lizzie est présentée comme entretenant une relation secrète avec Bridget Sullivan, la bonne de la maison. Les meurtres auraient été déclenchés après que la belle-mère les aurait surprises ensemble, une relation qui aurait alors constitué une véritable infamie aux yeux de la société de l’époque.
Si, historiquement, aucun élément concret ne permet d’établir qu’une relation amoureuse ait existé entre la véritable Lizzie Borden et sa servante, le choix délibéré de dramatiser cette relation permet d’aborder les thèmes de la répression et de l’émancipation féminines à l’époque victorienne. Une liberté créative qui nous rappelle que nous sommes bien chez Ryan Murphy.
