Economie
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Le boss Groupe E n'avait pas compris le principe d'une interview

Alain Sapin, patron du Groupe E, n'avait visiblement pas compris qu'une journaliste risque d'utiliser les réponses qu'on lui donne.
Alain Sapin, patron du Groupe E, n'avait visiblement pas compris qu'une journaliste risque d'utiliser les réponses qu'on lui donne.
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Ce grand patron romand n'avait pas compris le principe d'une interview

Interrogé par watson lors d'un reportage, le patron du Groupe E, Alain Sapin, s'est dit favorable à l'initiative de l'UDC «Pas de Suisse à 10 millions!» Des déclarations qui ont provoqué des remous. Dans La Liberté, la porte-parole du Groupe E et le conseiller d’Etat Olivier Curty défendent Alain Sapin en évoquant des propos tenus dans un cadre «privé». Problème: l’entretien a eu lieu lors d’un événement public, face à une journaliste clairement identifiée.
26.05.2026, 18:4426.05.2026, 19:35
«Il n’y a plus assez de place pour tout le monde. Tout m’énerve. Il y a du monde partout: sur les routes, à la montagne, dans les télécabines… Je n’ai rien contre les étrangers, mais trop, c’est trop!»

Les propos tenus par le directeur du Groupe E, Alain Sapin, au Comptoir de la Glâne dans le cadre de l’Apéritif des quatre piliers réunissant le gratin politico-économique fribourgeois ont provoqué des remous. En laissant entendre à watson qu’il serait en faveur de l'initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!» – ce qui va à rebours des intérêts de l’énergéticien –, le patron a contraint le service de communication du groupe à sortir de sa réserve pour tenter de contenir le début de l’incendie.

«Il s’agit plus d’un concours de circonstances que d’une faute», «une certaine confusion dans un cadre bruyant», se débat la porte-parole du groupe interrogée par La Liberté, assurant qu’il n’y avait pas de volonté d’Alain Sapin de positionner l’entreprise. La ligne de défense est pratique: s’arc-bouter sur la forme pour éviter soigneusement le fond. Le hic? C’est qu’elle ne correspond pas à la réalité.

Une journaliste clairement identifiée

Je me suis présentée à Alain Sapin comme journaliste. Je lui ai exposé la nature et l’angle de mon reportage. Il a accepté de répondre à mes questions. Nous participions à l’Apéritif des quatre piliers, soit précisément un événement réunissant les représentants des pouvoirs politiques et économiques du canton. Alain Sapin n’y assistait évidemment pas comme simple citoyen venu boire un verre de blanc après le travail. Il y participait comme directeur du Groupe E, l’un des acteurs centraux de ce dispositif.

Nous nous sommes mis légèrement à l’écart autour d’un mange-debout pour discuter une dizaine de minutes. J’ai pris des notes durant tout l’échange. A aucun moment, il n’a demandé du «off» ou que ses propos ne soient pas publiés.

Prétendre aujourd’hui qu’il ignorait que ses propos étaient destinés à une publication relève de la mauvaise foi.

Quand une journaliste prend des notes pendant un échange dans un événement public, ce n’est pas pour noircir les pages de son journal intime

Soyons sérieux. Alain Sapin dirige une entreprise de 2300 collaborateurs, détenue à 80% par l’Etat de Fribourg. On parle ici d’un patron rompu à l’exercice de la communication, des relations publiques, des interviews et de la communication institutionnelle. Pas d’un citoyen lambda tombé dans une embuscade médiatique tendue «à l’insu de son plein gré».

Un réflexe de caste?

Mais le plus gênant dans cette histoire reste le réflexe politique qui a suivi. Sans avoir assisté à l’échange, le conseiller d’Etat Olivier Curty (Le Centre) – qui représente le canton au conseil d’administration du Groupe E – affirme dans les colonnes de La Liberté que les propos de Monsieur Sapin ont été tenus «à titre privé» et n’étaient «à l’évidence pas destinés à être publiés.»

«A l’évidence», pour qui? Olivier Curty n’était pas présent durant l’interview. Il ne sait ni comment la discussion a débuté, ni ce qui a été dit. Et vu certaines séquences piquantes de la conversation – Alain Sapin étant connu pour ne pas avoir sa langue dans sa poche – il devrait peut-être s’en réjouir. Car à ce stade-là, il aurait fallu plus qu’un commentaire embarrassé pour éteindre l’incendie si watson avait publié l’intégralité de l’échange.

Pourtant, le conseiller d’Etat s’empresse de valider publiquement la version d’un dirigeant embarrassé en laissant entendre qu’une journaliste aurait mal fait son travail en publiant des propos qui ne devaient pas l’être. Encore une fois, on attaque la forme pour éviter soigneusement le fond, tout en jetant au passage le discrédit sur la profession.

Le problème n’est pas qu’un journaliste ait fait son travail. Le problème, c’est qu’un dirigeant n’assume plus ce qu’il raconte lorsque ses propos sont publiés. A force de vouloir noyer le poisson, c’est leur crédibilité qu’ils finissent par couler.

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source: screenshot egerkinger komitee
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