L'Iran peut déployer ces armes redoutables pour l'économie mondiale
Les mines marines sont des engins explosifs placés dans l’eau, conçus pour exploser lorsqu’un navire les touche ou s’en approche. Comme les mines terrestres, elles sont peu coûteuses à produire et peuvent rendre la traversée d’une zone si dangereuse qu’elle devient de facto impraticable. Dans le jargon militaire, on les qualifie donc d’«armes de barrage».
La charge explosive de ces dispositifs contient du TNT (trinitrotoluène), une substance insoluble dans l’eau qui peut rester active pendant des décennies. Des mines anciennes peuvent ainsi demeurer explosives très longtemps. Certaines peuvent contenir jusqu’à 1,5 tonne d’explosifs.
Selon plusieurs informations récentes, l’Iran, qui dispose d’un vaste arsenal de différents types de mines marines, en aurait posé plusieurs dans le détroit d’Ormuz, un passage maritime stratégique. Ces armes servent à bloquer des ports, interdire des zones maritimes ou, comme dans ce cas, rendre impraticables certaines routes commerciales. Elles sont réputées difficiles à détecter et à neutraliser.
Quels types de mines marines existe-t-il?
Les mines marines peuvent être classées selon leur mode de positionnement ou selon le type de détonateur qu’elles utilisent. La plupart de ces mines classiques peuvent être posées jusqu’à environ 60 mètres de profondeur.
Type de détonateur
- Détonateur à contact: ces dispositifs se déclenchent lorsque la coque d’un navire touche la mine. Le mécanisme peut être mécanique, chimique ou électrique.
- Détonateur de proximité: ils réagissent à différents signaux provoqués par le passage d’un navire, comme les variations du champ magnétique terrestre causées par les grandes coques métalliques, le bruit des hélices ou les changements de pression dans l’eau. Les mines modernes peuvent même laisser passer plusieurs navires avant d’exploser, une stratégie qui complique considérablement leur déminage.
Positionnement
Une mine marine peut être placée au niveau de la surface, flotter entre la surface et le fond marin ou reposer directement sur le fond. On distingue ainsi les mines dérivantes, les mines ancrées et les mines de fond.
- Mines dérivantes: non ancrées et équipées de détonateurs à contact, elles sont faciles à déployer. Elles dérivent librement au gré des courants et du vent, ce qui rend leurs déplacements difficiles à prévoir sur la durée. Le droit international interdit les mines dérivantes si elles ne se désactivent pas automatiquement une heure après leur mise à l’eau.
- Mines ancrées: il s’agit d’armes simples que même des pays disposant de moyens technologiques limités peuvent produire et utiliser à faible coût. Une mine ancrée se compose d’un lest ou d’une ancre qui coule jusqu’au fond de la mer, relié par un câble, appelé orin, au corps de la mine. Celui-ci flotte quelques mètres sous la surface grâce à sa flottabilité. Si un navire touche le détonateur, la mine explose. Ce système permet de bloquer précisément certaines routes maritimes. Dans des passages étroits, comme le détroit d’Ormuz, un champ de mines peut ainsi avoir un impact considérable. Dans les eaux plus profondes, les mines ancrées peuvent également être utilisées contre les sous-marins.
- Mines de fond: plus sophistiquées et plus difficiles à neutraliser que les mines ancrées, elles reposent sur le fond marin, souvent dans des eaux peu profondes. Elles ne réagissent pas au contact direct, mais détectent différents signaux émis par un navire passant à proximité, comme le champ magnétique d’une grande coque en acier, le bruit des hélices ou les variations de pression dans l’eau.
- Mines torpilles: ces mines plus récentes reposent d’abord sur le fond marin, comme les mines de fond. Lorsque leurs capteurs détectent une cible, elles lancent un projectile explosif comparable à une torpille qui se dirige automatiquement vers l’objectif.
Pourquoi utilise-t-on des mines marines?
Grâce à leur conception relativement simple et à leur faible coût, les mines marines permettent même à des Etats ne disposant pas de forces navales puissantes de bloquer des zones maritimes entières. Pour ces pays, dont l’Iran, elles constituent donc une arme particulièrement attractive.
Même un nombre limité de mines peut suffire à paralyser le trafic maritime. Dans l’économie mondiale du transport maritime, les conséquences financières dépassent souvent l’effet militaire direct. Les primes d’assurance augmentent brutalement, les ports suspendent leurs activités et les compagnies maritimes refusent d’envoyer leurs navires dans des eaux potentiellement minées tant que la zone n’a pas été sécurisée.
Pendant la «guerre des pétroliers» dans les années 1980, un épisode de la guerre Iran-Irak, l’Iran avait déjà posé des mines dans le golfe Persique. En 1988, l’une d’elles avait endommagé la frégate américaine USS Samuel B. Roberts (FFG 58), qui escortait un pétrolier koweïtien.
Combien de temps les mines marines restent-elles dangereuses?
Selon les estimations de la Bundeswehr, environ 1,6 million de tonnes de munitions conventionnelles datant des deux guerres mondiales reposent encore dans les eaux allemandes de la mer du Nord et de la mer Baltique, principalement des mines marines et des bombes aériennes qui se dégradent sous l’eau depuis des décennies. Rien qu’en mer Baltique, on estime qu’il pourrait rester jusqu’à 100 000 mines marines. Certaines sont encore capables d’exploser. Elles représentent non seulement un danger pour la navigation et pour la construction de parcs éoliens offshore, mais libèrent également des substances toxiques dans la mer, notamment du phosphore. Ces toxines s’accumulent dans la chaîne alimentaire et finissent par se retrouver dans nos assiettes.
Lorsque des mines se détachent de leurs amarres et dérivent sous l’effet des courants et des tempêtes, elles deviennent un danger incontrôlable. Au printemps 2022, plusieurs mines dérivantes ont ainsi été découvertes au large des côtes turques. Le trafic maritime dans le Bosphore a été partiellement suspendu. Des observateurs ont évoqué un lien avec la guerre en Ukraine. La mer Noire contient aujourd’hui un très grand nombre de mines marines.
Comment les mines marines sont-elles neutralisées?
Si les mines marines peuvent être déployées relativement facilement, leur élimination est beaucoup plus complexe. Il s’agit de l’une des missions les plus difficiles pour les forces navales modernes. On distingue deux approches: le dragage de mines et la chasse aux mines. Les navires chargés de ces opérations sont regroupés sous l’appellation de navires de lutte contre les mines.
Dragage de mines
Le dragage consiste à neutraliser les mines dans une zone donnée à l’aide de moyens techniques. Les méthodes varient selon le type de mine.
- Les mines ancrées sont éliminées au moyen de dispositifs de dragage tractés par des dragueurs de mines, qui coupent leurs câbles d’ancrage. Les mines remontent alors à la surface, où elles sont détruites.
- Les mines de fond peuvent être déclenchées grâce à des champs magnétiques ou à des bruits simulés. Les variations de pression ne peuvent cependant pas être reproduites artificiellement. Les mines équipées de détonateurs à pression doivent donc être neutralisées par des navires spécialement protégés qui passent au-dessus d’elles afin de provoquer leur explosion.
Chasse aux mines
La chasse aux mines consiste à utiliser des navires spécialisés et des véhicules sous-marins télécommandés pour localiser les mines une par une à l’aide de sonars à haute résolution. Une fois repérées, elles peuvent être désamorcées ou détruites de manière ciblée. Dans certains cas, des plongeurs démineurs doivent également intervenir pour les identifier et les neutraliser.
Même avec les technologies modernes, ces opérations restent longues et complexes: il peut falloir plusieurs heures pour localiser et neutraliser une seule mine. L’impact économique est également important: détruire une mine coûte bien plus cher que la fabriquer et la poser.
Dans le golfe Persique, ce sont probablement des unités de la US Navy, de la Royal Navy et d’autres forces alliées occidentales qui seront chargées des opérations de déminage. (trad. tib)
