Pourquoi la planète crypto sera bouleversée en 2026
Les cryptomonnaies ont gagné en importance dans le monde entier, y compris en Suisse. Ces dernières années, de nombreuses banques commerciales helvétiques s'y sont mises, alors que les autorités monétaires restent sceptiques. La Banque nationale suisse a, elle, opté pour la stabilité. Elle n'envisage pas d'investir ses réserves de devises dans des cryptomonnaies, à l'image de ce que fait la Fed américaine avec sa réserve stratégique pour les périodes de crise. Les fluctuations marquées des cours et la forte corrélation avec les valeurs de l'IA, devenues des objets de spéculation, constituent une source supplémentaire d'inquiétude.
Récemment, le cours de la principale cryptomonnaie, le bitcoin, a chuté de près de 35%. Les droits de douane américains et le ralentissement temporaire du secteur de l'IA entre autres expliquent cette évolution. L'instabilité de la situation mondiale a également incité les investisseurs à se tourner à nouveau vers l'or.
Mais Dominic Weibel, directeur de recherche de Bitcoin Suisse, continue d'y croire, notamment en raison de l'ancrage institutionnel du secteur dans les banques commerciales et centrales.
Dans ses perspectives annuelles, le gestionnaire de fortune numérique basé à Zoug formule des hypothèses pour l'avenir. Pour 2026, l'entreprise table sur un record historique, avec un cours qui franchirait la barre des 180 000 dollars. Il devrait dépasser les 100 000 dollars dès le début de l'année et ne connaîtra une période d'instabilité qu'au troisième trimestre, lors des élections de mi-mandat aux Etats-Unis.
A titre de comparaison, les prévisions de l'année dernière, qui tenaient compte des changements macroéconomiques, politiques et de la structure du marché des cryptomonnaies, se sont confirmées à 75%.
Presque tous les investisseurs ont moins de 40 ans
Presque tous les investisseurs en cryptomonnaies ont moins de 40 ans. Une étude de la Haute école de Lucerne (HSLU) corrobore la vision optimiste de Bitcoin Suisse. Elle estime que les actifs sous gestion dans des produits d'investissement indirects (fonds ou produits négociés en bourse) ont atteint environ quinze milliards de francs en juin 2025. Cela représente une augmentation d'environ deux tiers en douze mois. «Les assets crypto ont réussi à sortir de leur niche et s'imposent de plus en plus comme une classe d'actifs à part entière», constate Thomas Ankenbrand, expert à la HSLU.
Dominic Weibel confirme, par ailleurs, que malgré la baisse actuelle du bitcoin, l'évolution sera globalement positive en 2025.
Les fluctuations des cours devraient également s'atténuer grâce à une offre plus étoffée de stablecoins et à davantage d'options.
L'intérêt pour les actifs numériques se limite néanmoins à certaines tranches d'âge. «Alors que les générations plus âgées ont la majeure partie de la fortune, elles sont peu représentées dans le domaine des cryptomonnaies», explique Weibel.
Aux Etats-Unis, les 70 ans et plus possèdent désormais environ un tiers de la fortune classique totale. «Environ 94% des détenteurs de cryptomonnaies ont moins de 40 ans, les millenials représentant à eux seuls environ les trois quarts», détaille Weibel. Il s'appuie pour cela sur des enquêtes de la start-up américaine Fintech Stilt. Les monnaies numériques n'ont donc rien d'un phénomène intergénérationnel, et demeurent au contraire clairement ancrées parmi les jeunes générations:
Les héritages, véritable coup de pouce
En Suisse aussi, la fortune se concentre surtout dans les ménages «âgés». Les héritages y contribuent largement. Cette année, pour la première fois, on estime à 100 milliards de francs suisses la valeur des héritages sous forme de titres, de biens immobiliers, d'actions et autres actifs. Le marché des cryptomonnaies devrait également profiter de ces sommes colossales:
Il s'appuie sur des recherches menées par le cabinet de conseil Cerulli Associates. Celui-ci attire l'attention dans son rapport annuel sur l'énorme transfert de fonds entre les générations qui aura lieu dans un avenir proche.
Les actifs passeront donc en mains de ceux pour qui les cryptomonnaies sont plus familières. Ces mannes ne seront pas réinvesties de la même manière que jusqu'ici. «Il est donc plausible que la part des actifs numériques dans les patrimoines hérités en Suisse augmente de manière structurelle», conclut Weibel. Investir dans les cryptomonnaies ne signifie pas pour autant diversifier largement son portefeuille entre différents tokens, mais plutôt que le bitcoin et l'ethereum viennent compléter les portefeuilles classiques.
Traduit et adapté par Valentine Zenker
