Voici comment «améliorer ses chances de survie» lors d'un attentat
Le bilan de la tuerie de Bondi Beach (Sydney, Australie), le 14 décembre, aurait probablement été plus lourd sans l'intervention héroïque (et extrêmement risquée) d'un passant.
Cet épisode invite à s'interroger sur les recommandations officielles des autorités sur le comportement à adopter si l'on est pris dans ce type d'événements.
Une intervention altruiste et salvatrice
On constate que les conseils donnés par les responsables australiens ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux diffusés par leurs homologues états-uniens. L'étude de nombreux cas similaires survenus dans le monde donne également des indications utiles.
Les images ont fait le tour du monde: pendant l'attentat de Bondi Beach, dimanche 14 décembre à Sydney, un homme s'est précipité vers l'un des tireurs et lui a arraché son arme des mains.
Durant cet acte de bravoure extraordinaire, le civil en question, Ahmed Al-Ahmed, un vendeur de fruits âgé de 43 ans, a été blessé à la main et à l'épaule par le second tireur.
Le courage et le risque
Nous n'avons aucun moyen de savoir combien de vies ont été sauvées grâce au courage d'Al-Ahmed. Mais il est presque certain que son intervention a permis d'éviter des pertes humaines supplémentaires (le bilan s'élève à ce stade à 16 morts et 38 blessés, en plus des deux tireurs, dont l'un a été tué et l'autre se trouve dans un état critique).
Cette scène rappelle d'autres, y compris récemment toujours à Sydney: le 13 avril 2024, un passant français, Damien Guérot, était également intervenu au péril de sa vie lors de l'attaque du centre commercial de Bondi Junction pour faire face à un homme armé d'un couteau, qui avait ce jour-là poignardé six personnes à mort.
Lorsque des actes de courage comme ceux-ci se produisent, nous les saluons à juste titre. Cependant, ils soulèvent des questions importantes et souvent négligées: qu'est-ce qui motive des gens ordinaires à se conduire d'une façon aussi altruiste et risquée? L'intervention des témoins est-elle une bonne stratégie ou va-t-elle à l'encontre des conseils officiels relatifs à la conduite à tenir si l'on est pris dans un acte de violence de masse?
Les deux types d'«effet spectateur»
L'«effet spectateur» se produit lorsque la présence d'autres personnes dissuade quelqu'un d'intervenir dans une situation d'urgence, lors d'une agression ou d'un autre crime.
Mais des décennies de recherche comportementale ont remis en cause l'idée reçue selon laquelle les gens ont tendance à se figer ou à détourner le regard lorsque d'autres personnes sont présentes dans des situations dangereuses.
Une vaste méta-analyse du comportement des témoins montre que dans les situations d'urgence véritablement dangereuses et sans ambiguïté (comme celles impliquant un auteur clairement identifiable), l'effet spectateur classique (c'est-à-dire passif) est considérablement affaibli, voire dans certains cas inversé.
En d'autres termes, les attaques violentes sont précisément le type de situations où les gens sont plus enclins à agir.
L'une des raisons est que le danger clarifie les responsabilités. Lorsqu'une situation menace clairement leur vie, les gens identifient le danger plus rapidement et sont moins enclins à attendre des signaux sociaux ou des assurances de la part des autres.
On a constaté à maintes reprises que dans les situations d'urgence clairement à haut risque (en particulier celles impliquant de la violence physique), le sentiment de responsabilité individuelle s'accentue souvent au lieu de s'estomper.
Les types de réactions du public possibles
Une analyse de plus de 100 attentats-suicides effectués en Israël montre que l'intervention des témoins peut réduire considérablement le nombre total de victimes.
Dans tous ces incidents documentés, l'intervention n'a que rarement permis d'empêcher complètement l'attaque, mais elle a souvent perturbé le contrôle de l'agresseur sur le moment et le lieu de l'attaque, le poussant à agir prématurément dans des lieux moins fréquentés et sauvant ainsi des vies.
Cependant, la même analyse montre également que l'intervention des témoins a souvent eu un coût personnel direct pour les intervenants.
Mais le comportement actif des témoins peut prendre plusieurs formes et intervenir à différents stades: une personne connaissant l'auteur des faits, qui remarque et signale un comportement suspect avant l'agression; un individu qui guide les autres vers un lieu sûr ou qui partage des informations importantes au fur et à mesure que les événements se déroulent; des gens qui apportent leur aide et assurent la coordination de diverses actions immédiatement après les faits.
Il n'en reste pas moins qu'une implication personnelle pour empêcher un acte de violence semble aller à l'encontre des conseils officiels des autorités australiennes. En effet, il y a quelques semaines à peine, le Comité australo-néo-zélandais de lutte contre le terrorisme a lancé une nouvelle campagne nationale de sécurité publique.
Des consignes de sécurité divergentes selon les pays
La nouvelle campagne de sécurité publique reconnaît explicitement que l'Australie est un pays sûr, mais qu'il existe toujours un risque d'attaques à l'arme à feu dans les lieux très fréquentés, et que savoir comment réagir peut sauver des vies.
La campagne a introduit les consignes suivantes: «Fuir. Se cacher. Prévenir.», définies comme suit:
- Fuir: éloignez-vous rapidement et discrètement du danger, mais uniquement si cela ne présente aucun danger pour vous;
- Se cacher: restez hors de vue et mettez votre téléphone portable en mode silencieux;
- Prévenir: appelez la police lorsque cela ne présente aucun danger;
Escape. Hide. Tell. - A Simple Safety Message That Saves Lives
— ASIAL (@asial_au) June 17, 2025
In the event of a violent or terrorist incident, knowing how to respond quickly is critical.
NSW Police has prepared some helpful information to inform the community: https://t.co/vCcOav1Rz5#asial #security pic.twitter.com/x6penLsGNZ
L'objectif de ces conseils est d'aider les personnes à réagir dans les premiers instants critiques avant l'arrivée de la police, à prendre des décisions éclairées et à augmenter leurs chances de rester en sécurité.
Les directives officielles australiennes n'incitent à aucun moment à se confronter aux assaillants.
En revanche, les messages de sécurité publique diffusés aux Etats-Unis, tels que les consignes du FBI «Run. Hide. Fight» (Courez. Cachez-vous. Luttez), incluent une étape «luttez», mais uniquement en dernier recours, lorsque la fuite et la dissimulation sont impossibles et que la vie est en danger immédiat.
Les autorités australiennes ont choisi de ne pas inclure cette étape, mettant l'accent sur l'évitement et le signalement plutôt que sur la confrontation.
Quelques conseils pratiques
Mes précédentes recherches expérimentales ont permis d'identifier des conseils plus spécifiques susceptibles d'améliorer les chances de survie lors d'attaques violentes, en particulier dans des environnements bondés.
A l'aide de modélisations informatiques et d'expériences contrôlées menées avec de véritables foules, j'ai identifié plusieurs domaines stratégiques pour améliorer les chances de survie lors de tels événements.
- Premièrement, s'éloigner lentement du danger n'est pas idéal: il est préférable de s'éloigner de la source de la menace aussi rapidement que possible, dès lors que cela se fait en prenant les précautions nécessaires pour rester en sécurité.
- Deuxièmement, l'hésitation, qu'il s'agisse de recueillir des informations, d'inspecter ce qui se passe ou de filmer les événements, augmente le risque d'être blessé.
- Troisièmement, les gens doivent rester agiles dans leur prise de décision et leur orientation lorsqu'ils se déplacent, et être prêts à adapter leurs mouvements à mesure que la situation évolue et que les informations deviennent plus claires. Cela signifie qu'il faut continuellement observer son environnement et ajuster sa direction à mesure que de nouvelles informations apparaissent, plutôt que de s'arrêter pour réévaluer la situation.
Enfin, lorsque vous vous déplacez en famille ou entre amis, il vaut mieux se mettre en file indienne, plutôt qu'en se tenant par la main côte à côte. Cela profite à tout le monde en réduisant les bousculades et en améliorant la fluidité de la fuite des personnes.
Toujours être sur ses gardes
Les horribles événements survenus à Sydney soulignent une dure réalité: la préparation aux risques de violence dans les lieux très fréquentés doit devenir plus courante.
Les espaces très fréquentés resteront toujours vulnérables à la violence délibérée, qu'elle soit motivée par des intentions terroristes ou autres. Les messages doivent toucher un plus grand nombre de personnes, être fondés sur des preuves, nuancés et largement accessibles.
A l'approche de plusieurs événements publics majeurs et de grands rassemblements de masse (notamment le réveillon du Nouvel An), il est plus important que jamais que les gens soient conscients de ces risques et restent vigilants.
Cet article a été publié initialement sur The Conversation. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original.

