Cette start-up propose des «bébés sur-mesure»
Choisirez-vous votre bébé sur catalogue? L’entreprise américaine Nucleus Genomics propose aux parents ayant recours à une fécondation in vitro (FIV) d’utiliser un logiciel, Nucleus Embryo, qu’elle présente comme un outil de «dépistage génétique amélioré» pour analyser l’ADN de leurs embryons.
Mais sa dernière publicité semble aller un cran plus loin. Trop loin? En tout cas, sur les réseaux sociaux, les affiches font débat.
So… eugenics is profitable now? pic.twitter.com/rUz2C1FRYS
— Kath Korevec (@simpsoka) November 21, 2025
Car la campagne d’affichage spectaculaire a envahi le métro new-yorkais et les rues de Manhattan avec des slogans tels que «Have Your Best Baby» ou «These babies have great genes».
L’objectif est clair: séduire des parents en quête de génétique «optimale», en leur vendant la possibilité de choisir parmi plusieurs embryons celui ou ceux dont le profil génétique offre les «meilleures» chances.
Comment ça marche?
Concrètement, après une biopsie embryonnaire classique (dans le cadre de la FIV), les données génétiques sont uploadées sur le service de Nucleus Embryo. L’algorithme analyse alors des milliers de variants pour produire des «prévisions»: probabilité de développer certaines maladies, mais aussi des traits comme la taille, et parfois des «indicateurs cognitifs».
Ainsi, la technologie dépasse le cadre traditionnel du dépistage (qui visait jusqu’ici à éviter des maladies graves) pour basculer vers ce une forme d’eugénisme.
Pourquoi ça fait polémique
D’abord sur le plan scientifique, les prédictions reposent sur une estimation statistique fondée sur l’agrégation de milliers de variants génétiques. Ces scores peuvent donner une idée de risque ou de probabilité, mais ils ne garantissent rien. Le lien entre gènes, environnement, hasard, et développement est trop complexe pour assurer qu’un «bon» score mènera effectivement à un «bon» adulte.
Ensuite, sur le plan moral et social, sélectionner un embryon sur des critères «optimaux» de santé, taille, potentiellement intelligence revient à choisir un enfant comme on choisirait un produit dans un catalogue.
L’accès à ces technologies risque aussi d’accentuer les inégalité: seule une partie de la population, disposant de moyens financiers conséquents, peut s’offrir cette «optimisation». Alors imaginez ceci: une société où certains individus, nés dans «de bonnes familles», naissent de surcroît «génétiquement privilégiés». Dans le même temps, d’autres doivent se contenter d’être «de bêtes humains».
Un scénario qui peut faire un peu peur. Et pourtant, le succès commercial semble au rendez-vous. La start-up affirme avoir vu ses ventes bondir depuis le début de la campagne de +1700%.
L’ombre de Sydney Sweeney
La campagne a aussi ravivé une polémique impliquant Sydney Sweeney. Plus précisément une publicité pour la marque de vêtements American Eagle, dans laquelle joue l’actrice américaine, et qui joue sur un jeu de mots en anglais entre jeans et genes («Sydney Sweeney has great jeans/genes»).
Diffusée aux Etats-Unis, la campagne avait suscité un tollé sur les réseaux sociaux il y a quelques semaines, accusée de véhiculer une vision implicite de «bons gènes» associée à un idéal physique de la femme blanche, blonde, mince.
Les affiches de Nucleus Genomics ont été placardées dans le métro, mais des flyers ont aussi été collés à travers les rues de New York. De quoi susciter l’indignation chez de nombreux internautes, qui ont fait le rapprochement, quand bien même l’actrice n’a aucun lien avec la start-up.
