Xi Jinping mène une «purge stupéfiante» au sein de l'armée chinoise
Un porte-parole du ministère chinois de la Défense a confirmé, ce week-end, ce que la plupart des experts sur la Chine suspectaient déjà: Zhang Youxia, le général le plus haut gradé du pays, fait l'objet d'une enquête pour «violations graves de la discipline du Parti et de la loi». Liu Zhenli, également membre de la Commission militaire du Parti communiste, est lui aussi visé. Dans le journal officiel de l'Armée populaire de libération, rédigé dans un langage bureaucratique alambiqué, il est indiqué que Zhang Youxia a «gravement violé et sapé le système de responsabilité du président».
Les médias occidentaux présentent une tout autre version. Selon un reportage exclusif du Wall Street Journal, Zhang Youxia serait en réalité accusé d'espionnage et d'avoir divulgué des secrets nucléaires aux Etats-Unis. Parallèlement, des médias d'opposition chinois ont laissé circuler la rumeur selon laquelle la hiérarchie militaire du pays aurait tenté de renverser Xi Jinping lors d'un putsch, que le chef de l'Etat et du Parti aurait réussi à empêcher in extremis.
Exclusive: China’s senior-most general is accused of leaking information about the country’s nuclear-weapons program to the U.S. and accepting bribes for official acts https://t.co/axd3s19APs
— The Wall Street Journal (@WSJ) January 25, 2026
Ce qui est vrai dans tout cela reste difficile à établir avec précision à ce stade. Beaucoup d'experts considèrent que l'espionnage nucléaire et le putsch supposé relèvent du fantasme. Mais quelle qu'en soit la raison, il s'agit d'une vague de purge d'une ampleur sans précédent. Si Xi Jinping a déjà limogé des centaines d'officiers, destitué deux ministres de la Défense et évincé de nombreux dirigeants d'entreprises d'armement ces dernières années, ces mesures étaient souvent liées à de graves scandales de corruption et ont également visées des responsables des célèbres forces de missiles.
Xi Jinping’s so-called “self-revolution” purge has in reality dismantled the CCP military’s command and leadership structures at every level.
— Ken Cao-The China Crash Chronicle (@Ken_LoveTW) January 24, 2026
2026 will be the weakest year for the CCP’s party army. PLA is paper dragon consisting mainly of generals who got promoted through… pic.twitter.com/hkaJUxLx6Y
Mais cette fois, c'est apparemment le centre de pouvoir suprême de l'Armée populaire de libération qui a été démantelé, Xi ayant lui-même choisi et promu ses membres à ces postes clés. Sur l'ancienne Commission militaire, qui comptait sept membres, il n'en reste plus que deux, dont Xi Jinping lui-même.
L'invasion de Taïwan par la Chine impossible pour l'instant?
Dans les cercles d'analystes internationaux, les conséquences potentielles de cette vague de purges font l'objet de vifs débats. «Tant que la structure de commandement est compromise à des postes clés, je doute fortement que l'Armée populaire de libération puisse mener efficacement des opérations ambitieuses», commente l'expert militaire indépendant Alex Luck, faisant visiblement allusion à une éventuelle invasion de Taïwan.
Velina Tchakarova, fondatrice de la société de conseil géopolitique FACE basée à Vienne, abonde dans le même sens:
La logique est simple: si Xi Jinping ne maîtrise plus son armée, Taïwan et les pays voisins de la Chine n'ont pas de quoi s'inquiéter outre mesure.
Cela se confirme également par le limogeage de Zhang Youxia, dernier général chinois à avoir une réelle expérience du combat. A la fin des années 1970, un conflit frontalier bref mais sanglant opposa la République populaire de Chine au Vietnam. La jeune génération de l'armée chinoise peut certes être à la hauteur sur le plan rhétorique face à l'ennemi impérialiste américain, mais elle n'a encore participé à aucune opération militaire sur le terrain.
Selon Lyle Morris, de l'Asia Society Policy Institute et l'un des principaux experts de l'armée chinoise, de nombreux éléments suggèrent que Zhang Youxia avait accumulé trop de pouvoir. Une transgression que Xi Jinping, adepte du contrôle absolu, ne saurait tolérer.
Il convient toutefois de nuancer l'idée que cette vague massive de purges soit une bonne nouvelle pour Taïwan. Xi Jinping cherche visiblement à centraliser davantage les processus décisionnels au sein de l'armée afin d'exercer un contrôle absolu. Vu de l'extérieur, cela ressemble à quelqu'un qui, sous une pression temporelle intense, tente de réformer profondément l'Armée populaire de libération pour concrétiser son rêve de «mère patrie unifiée». A 72 ans, Xi n'a d'ailleurs plus beaucoup de temps pour y parvenir.
Traduit et adapté par Noëline Flippe
