La Mostra de Venise s'ouvre sur une polémique
La mégastar de 65 ans, désormais citoyen français, a profité de la tribune offerte par la Mostra pour s'en prendre au gouvernement américain, qualifié de «kakistocratie», soit «un pays dirigé par les personnes les moins qualifiées».
«Nous vivons une époque où les gens qui nous dirigent, les gens qui ont le plus d'argent, nous disent d'avoir peur les uns des autres», a déploré Clooney lors de la remise de son Lion d'or d'honneur. Sur sa carrière, il a mis en avant «une série d'accidents heureux» pour acquérir ce statut d'icône, lui qui a percé tardivement et d'abord à la télévision.
Côté festival, l'actrice et réalisatrice américaine Maggie Gyllenhaal aura la lourde tâche de départager les 21 films en compétition en tant que présidente du jury. Elle n'a pas hésité à critiquer le choix de la Mostra de ne programmer que deux films réalisés par des femmes – dont un co-réalisé avec un homme et ajouté tardivement à la sélection.
Absence des studios
«Je suppose qu'il est désormais clair une bonne fois pour toutes que les hommes font de meilleurs films que les femmes», a-t-elle ironisé devant le directeur artistique du festival Alberto Barbera, qui a justifié l'absence de réalisatrices par la moindre qualité des films proposés.
Autre absence remarquée, celle des gros studios américains, une tendance déjà observée à Cannes et Berlin. Cela laisse de la place pour des films indépendants comme «Ink», du cinéaste britannique Danny Boyle.
Projeté en ouverture, il revient sur l'histoire du tabloïd anglais The Sun et son propriétaire, le magnat des médias Rupert Murdoch, lequel est «très heureux» d'être incarné par Guy Pearce, a déclaré l'acteur mercredi. Robert Pattinson jouera lui un présentateur télé sans scrupule dans «Primetime», inspiré par Chris Hansen, le créateur du programme «To Catch a Predator».
Plusieurs documentaires projetés hors compétition seront aussi consacrés à des figures charismatiques comme «Musk», film de 3h45 sur la trajectoire chaotique du propriétaire de Tesla et SpaceX ou bien «Don't Look Back in Anger» sur les frères Gallagher et le groupe Oasis.
Polémique en Ukraine
Au centre des débats l'année dernière, le conflit israélo-palestinien sera à nouveau très discuté sur le Lido avec quatre films traitant de cette question, dont «NAZA», des réalisateurs israéliens oscarisés Yuval Abraham et Rachel Szor, qui dévoile «les systèmes derrière le massacre calculé de civils palestiniens à Gaza par Israël».
La Mostra a en revanche essuyé des critiques pour avoir programmé «Dau», du réalisateur Ilya Khrzhanovsky. Ce film, consacré à la vie du prix Nobel de physique Lev Landau, père de la bombe atomique soviétique, est entouré d'une aura de scandale pour ses conditions de tournage jugées dégradantes, notamment pour les actrices, entre 2008 et 2011 à Kharkiv en Ukraine.
Le ministère de la culture ukrainien a dénoncé un projet lié à des intérêts russes et des oligarques. La Mostra a défendu le film, en insistant sur le statut d'exilé de son réalisateur, un opposant politique de longue date à Vladimir Poutine qui a renoncé à sa nationalité russe.
Films français à l'honneur
En l'absence des studios américains, une place de choix a été accordée cette année au cinéma français avec quatre longs-métrages en lice. Florian Zeller («Father») est très attendu avec son thriller «Bunker» mettant en scène le couple star espagnol Javier Bardem et Penélope Cruz.
Cédric Kahn présentera lui «15/18», une plongée dans le quotidien d'une unité de soins pédopsychiatriques. Nicolas Pariser («Alice et le maire») viendra défendre «Un peu avant minuit» avec Melvil Poupaud, Chiara Mastroianni et Golshifteh Farahani, et Stéphane Brizé («La Loi du marché») proposera une nouvelle radiographie du capitalisme contemporain et de ses travers avec «Un bon petit soldat».
Cinq longs-métrages de réalisateurs italiens sont également en compétition, dont «Succederà questa notte» marquant le retour à Venise après 37 ans d'absence de Nanni Moretti, avec Louis Garrel à l'affiche. (sda/ats/afp)
